Lundi 24 juillet 2017 | Dernière mise à jour 10:31

Formule 1 Sebastian Vettel: «On s'ennuie souvent»

Le quadruple champion du monde espère mener Ferrari au titre mondial. Entretien avec un homme farouchement simple, en partenariat avec la chaîne RTL.

Image: Keystone

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Après dix grands prix, vous menez le championnat du monde avec un point d’avance sur Lewis Hamilton. Ferrari attend le titre depuis dix ans. Sera-ce pour cette fois?

On fait tout pour y arriver! Cette saison, la bataille est particulièrement intense avec Lewis. Je me régale, j’aime ces saisons très disputées. La bonne nouvelle, c’est que notre voiture semble compétitive sur tous les types de circuits, c’est un gros avantage par rapport à nos concurrents. Gagner le titre cette année serait fantastique.

Votre duel avec Hamilton a même été «physique» à Bakou, quand vous avez heurté la Mercedes de votre rival. Cet incident est-il révélateur de votre véritable caractère?

Je ne crois pas. Vous savez, dans la voiture, la tension est très élevée. À Bakou, j’ai mal interprété le comportement de Lewis. Sur le moment, j’ai cru qu’il avait freiné devant moi, et ça m’a mis en colère. J’ai voulu le lui montrer, mais sans lui faire de mal. J’étais énervé, j’ai réagi avec excès. Je n’en suis pas fier, mais je ne peux pas revenir en arrière. Ce n’est qu’après la course que je me suis rendu compte que j’avais commis une erreur, et je m’en suis excusé.

Vous travaillez énormément. On vous croise souvent très tard dans le paddock. Mais vous semblez en même temps tout prendre avec légèreté et humour.

J’ai toujours été comme ça. Enfant, je faisais beaucoup de blagues. Quand je suis arrivé chez Red Bull en 2009, j’ai beaucoup aimé l’humour un peu cru des mécaniciens anglais. Je suis fan de cet humour pas toujours très correct. Pendant les conférences de presse, j’essaie souvent de plaisanter, mais je ne suis pas certain que les autres pilotes apprécient… J’essaie juste de détendre l’atmosphère. On s’ennuie souvent beaucoup sur les circuits!

On a beau chercher, vous n’avez pas de compte officiel sur les réseaux sociaux. Pourquoi une telle discrétion?

Pour être franc, je ne comprends pas cette mode qui consiste à se mettre en scène en permanence. Je suis probablement issu de la «vieille école». Bien sûr, dans ma classe, il y en avait toujours un ou deux pour faire les malins, mais, à l’époque, parler de soi était perçu comme de l’arrogance. Aujourd’hui, c’est le contraire, les gens sont heureux de se montrer partout. Je ne reproche rien à personne, bien sûr, chacun fait ce qu’il veut. Mais plus jeune, quand je croisais des gens dans la rue, ils voulaient échanger quelques phrases avec moi. Après, ils rentraient chez eux et ils avaient quelque chose à raconter. Aujourd’hui, tout ce qu’ils veulent, c’est un selfie puis s’en aller. Parfois, je leur demande ce qu’ils vont faire de ces photos, et ils répondent qu’ils n’en savent rien! C’est un comportement qui me semble vraiment très étrange.

Mais tous les autres pilotes cultivent leur image à travers leurs comptes Facebook, Twitter ou Instagram.

Pas moi. Vous savez, je suis un homme normal. J’ai sans doute un talent particulier pour le pilotage, mais, pour le reste, je vais au cinéma, au restaurant et je vais acheter mon pain comme tout le monde. Quand on me reconnaît, parfait. Une photo? Pas de problème. Mais, quand je suis en train de manger et qu’on me dérange, je ne me gêne pas pour le dire aux gens. Après tout, j’ai aussi le droit de mener une vie normale.

Quels amis avez-vous dans le paddock?

Aucun. Nous n’avons pas le temps de bâtir la moindre amitié dans ce milieu. C’est comme ça. Je pense qu’on se construit son cercle d’amis au cours de son enfance. Les miens sont très importants, ils m’ont toujours soutenu. Bien sûr, quand je change d’écurie, je rencontre de nouvelles personnes, j’ai le contact facile. Mais ce ne sont pas de vrais amis. Ici, dans le paddock, il est difficile d’aller plus loin que de simples relations de travail.

Vous avez souvent raconté que Michael Schumacher était votre idole d’enfance. Vous avez déjà remporté quatre titres mondiaux. Visez-vous son record de sept?

Pas du tout, je n’y pense pas une seconde. Ce que Michael a accompli semble tellement énorme. Pour l’instant, je me contente d’essayer de ramener le titre mondial à Ferrari. Pendant mes années Red Bull, Michael est revenu à la F1 chez Mercedes (ndlr: de 2010 à 2012). C’est là que je l’ai mieux connu. J’ai beaucoup apprécié sa compagnie.

Quelles sont les qualités humaines que vous jugez les plus importantes?

L’honnêteté. On fait diverses expériences dans la vie, de bonnes et de moins bonnes. On se dit qu’il y a des choses qu’on aurait pu faire mieux, ou différemment. Je pense qu’il faut toujours être direct avec les gens, ça rend la vie plus facile. Je ne joue pas de rôle, je suis toujours moi-même. Cette honnêteté me vient de mes parents, elle est très importante, et je leur suis très reconnaissant de l’éducation que j’ai reçue.

C’est votre onzième saison en F1. Quelle est la motivation qui vous pousse à travailler toujours autant?

Ma seule vraie motivation est de m’amuser, d’avoir du plaisir. C’est ce qui me pousse à me lever chaque matin. C’est ce qui pousse les membres de l’écurie à ne dormir que trois heures par jour. Ils ont tous la même passion. Quand je monte sur un podium et que je les vois si heureux, là, en bas, je me dis que j’ai pu leur rendre un peu de leurs efforts. Ce sont des moments de grande joie.

On dit que vous êtes superstitieux. N’est-ce pas un peu décalé par rapport à la haute technologie de la F1?

Je le suis beaucoup moins qu’avant… Une fois, à cause d’un chat noir qui a traversé la route devant moi, j’ai fait un détour et j’ai failli rater mon avion. Je me suis dit que je devais arrêter d’être aussi superstitieux. Mais il est vrai que je conserve une pièce de monnaie que m’a donnée ma grand-mère, que je glisse dans ma chaussure et qui prend soin de moi. Et je monte toujours dans ma voiture par la gauche. Je ne pense pas qu’il m’arriverait quelque chose si je montais par la droite mais… je préfère ne pas essayer!

On sait que vous ne parlez jamais de votre famille (ndlr: il vit dans le canton de Thurgovie avec sa femme, Hanna, et leurs deux filles, Emilie et Mathilde). Mais, pour vous, qu’est-ce que le bonheur?

J’ai la chance de beaucoup voyager. J’ai appris à connaître plein de gens et de cultures différentes. Ma vie n’est jamais ennuyeuse. J’adore escalader les montagnes ou faire du vélo. Chacun doit comprendre ce qui le rend heureux. Pour moi, le bonheur est constitué de petits plaisirs, et il y a beaucoup de choses qui peuvent m’en procurer. Par exemple m’acheter une nouvelle voiture, disons une Ferrari… J’ai toujours rêvé de ça quand j’étais gamin. Ou alors manger un carré de chocolat au lait, j’adore ça. Mais ce qui est important, c’est de ne pas perdre de vue ce qu’est la vie. D’avoir du recul sur soi-même. De toujours garder les pieds sur terre (Le Matin)

Créé: 17.07.2017, 15h00