ACCUEIL 29.7.2014 Mis à jour à 23h52

Patty Schnyder a disparu comme ses millions

Ses biens vendus aux enchères

On estime que la Bâloise a amassé près de 10 millions de francs. Un an après son départ à la retraite, il ne lui resterait plus rien, tandis qu’elle et son mari sont introuvables. C’est l’histoire d’une fille pas très heureuse dans ses choix personnels.

Par Jean-Claude Schertenleib. Mis à jour le 12.05.2012
Patty Schnyder voulait s’occuper d’animaux. Une rumeur la dit en Allemagne, une autre en Australie.

Patty Schnyder voulait s’occuper d’animaux. Une rumeur la dit en Allemagne, une autre en Australie.
Image: Maurice Haas/13photo

Maux couverts

Par Christian Despont
Rédacteur en chef adjoint


Il y a toujours eu dans sa voix une part d’insondable. Un éraillement. Une hésitation. Un sanglot parfois. Comme une émotion qui tentait de s’engouffrer, mais qu’un blocage gardait prisonnière, asservie.

Car à la fin, Patty Schnyder ne parlait plus beaucoup. Elle traînait un défaitisme pathologique, raquette en bout de main, dans des errances solitaires, à fuir le jacassement et la hargne de ses rivales post-pubères. Parmi la blondeur éclatante, elle était une face sombre, ombrageuse; un visage éteint parmi l’ardeur incandescente.

A la fin encore, elle entretenait son mari et de secrets espoirs avec un bonheur inégal, triste Patty, funeste apathie, enchaînée au lit conjugal par les liens sacrés du mariage, cramponnée à l’idéal plan-plan de l’embourgeoisement jubilatoire, jusqu’à rêver d’«un samedi à Ikea».

Elle avait du talent, et même un talent singulier, mais elle n’avait pas l’air au courant. Gauchère adroite, farouchement anachronique, portée par une condition physique irréprochable mais qui, à force de mal tourner, est partie en vrille.
Après plus de mille matches et autant d’interviews, subsiste le mystère d‘une fille normale, issue d’une banlieue fleurie pour finir si mal, Heidi des faubourgs, avec les Poursuites aux fesses. On cherche pourquoi, forcément. Pourquoi Patty Schnyder s’est abandonnée à semblable détestation, pourquoi elle ne parle plus à ses parents depuis quinze ans, pourquoi elle recule devant les solutions pour céder aux avances des hommes à problèmes. Pourquoi elle finit si pâle, si seule, si démunie; pourquoi elle a toujours autant manqué de confiance en elle, ou de méfiance envers autrui, ou les deux.

La réponse, peut-être, était contenue dans cette voix chétive que nous n’avons pas su écouter. Ou alors les maux sont-ils bien plus obscurs, trop profonds, de toute façon, pour que quiconque puisse les entendre.

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Une table ronde en bois, un ventilateur. Un panier à chat, trois raquettes de tennis. Une plante en plastique, une paire de souliers de ski. Un tapis, deux chaises de jardin. Huit cartons, un palmier décoratif. Une couverture de lit, des balles de tennis. Cet inventaire à la Prévert est tout ce qui reste d’une vie, tout ce que les fonctionnaires de l’Office des poursuites Höfe, à Schindellegi (Schwyz), ont retrouvé dans un garde-meubles après le départ précipité d’un couple qui était domicilié à Bäch. Scène de la faillite ordinaire, scène de la vie.

A un détail d’importance près: cette déconfiture est celle d’une jeune femme de 31?ans qui a accumulé durant sa carrière sportive - seize ans de professionnalisme - très exactement 8?419?111 dollars de gains en tournois. Ajoutez les différents contrats publicitaires: cette jeune femme-là vaut au bas mot 10 millions de francs. Valait.

Du désordre dans sa tête Cette jeune femme? C’est Patty Schnyder, plus de 500 victoires, treize?ans d’appartenance au top 50 mondial, 16 tournois WTA à son actif (onze en simple, cinq en double). Une gauchère redoutable sur les courts, une gestionnaire plutôt gauche dans la vie.

Extrait de son registre des poursuites? Un autre inventaire, qui fait froid dans le dos, où l’on retrouve des banques, des sociétés d’encaissement, une caisse de pension, les impôts fédéraux et même Billag, la société chargée d’encaisser les redevances de la SSR. Montant total dû: près de 400?000 francs.

Quand l’affaire éclate, il y a un peu plus de douze mois, Patty Schnyder est encore joueuse de tennis professionnelle pour quelques semaines. Sur le déclin. Cela fait des années, maintenant, qu’elle se mure dans un environnement particulier, incapable de mettre de l’ordre dans ses idées. Capable, en revanche, de coups de foudre soudains. Lorsqu’elle annonce sa retraite en plein Roland-Garros, l’an dernier, son ancien coach, le Néerlandais Eric van Harpen, l’homme qui l’a mené vers le sommet, confie ses états d’âme dans Sonntags Blick: «J’ai parfois l’impression qu’elle perd tout sens logique. Elle est très chaleureuse, une vraie bonne personne, mais elle a une douloureuse propension, celle de ne jamais prendre la bonne décision. Il y a des gens qui, sur dix choix importants, feront dix fois le bon; elle, c’est le contraire.»

N’a-t-elle jamais digéré le sevrage d’avec l’entourage familial? Des parents trop présents lui ont-ils volé sa personnalité? «La faute des parents? Laissez-moi rire», poursuit Eric Van Harpen dans cette même interview: «Elle avait énormément de liberté. Son petit ami de l’époque avait le droit de passer la nuit à la maison; eh bien moi, je n’autorise pas cela à ma fille, qui a 16?ans aujourd’hui. Son père faisait tout pour elle. Il m’a engagé, et même si je n’étais pas le plus cher entraîneur de l’époque, c’était déjà un sérieux investissement. A ce que j’ai vu, tout ce qu’ont fait les parents de Patty était juste.»

Une satire sociale Mais Patty Schnyder a besoin de respirer. Elle se croit assez forte pour couper le cordon ombilical et elle va alors se précipiter dans une succession de choix qui ferait un joli scénario pour une satire sociale. Elle a tout juste 20?ans, elle entend prendre ses décisions elle-même et la voici qui commence à travailler avec Rainer Harnecker. C’est la rencontre entre une jeune fille fragile et une sorte de gourou au passé trouble. Il se dit thérapeute naturel, on connaît ses liens avec l’église de la scientologie. Il promet à la jeune fille un physique de rêve, à condition qu’elle suive un régime à base de jus d’orange - 3?litres par jour! Elle est fascinée, envoûtée estiment certains de ses proches: «Au début, j’étais sceptique, mais quand j’ai essayé, j’ai compris que c’était la solution», lance-t-elle à l’époque. On lui conseille la prudence, elle répond: «Mais pourquoi devrais-je me séparer d’un homme qui ne m’a rien fait de mal, qui ne me veut que du bien, qui ne veut que m’aider? Je suis persuadée qu’il est la meilleure chose qui m’ait été donnée, la meilleure solution pour mon tennis. C’est tout simple.»

L’entraîneur gourou est aussi rapidement devenu l’amant. Mais il continue de butiner à droite et à gauche, comme l’affirme la joueuse autrichienne Sylvia Plischke, que Monsieur Jus-d’Orange aurait embrassée avec un peu trop de fougue: «Je ne la crois pas», répond Patty. La toile d’araignée dressée autour d’elle l’éloigne toujours plus de ses parents: «Je voulais qu’ils écoutent ce que Rainer disait, ils refusaient.»

L’ex petit ami de Patty doute de plus en plus de la nature des liens qui se sont noués entre son ancien amour et le gourou: «Souvent, elle paraissait absente, comme si elle était hypnotisée.» Willy Schnyder, le père, corrobore cette impression: «Elle n’est plus elle-même. Je suis persuadé à 100% qu’elle est totalement envoûtée, elle est amoureuse contre son gré. Ce n’est plus ma Patty.»

C’est bientôt la fin du premier acte. Le deuxième dure jusqu’à aujourd’hui. Car un père aimant veut toujours savoir la vérité. Il met donc le prix pour cela en engageant un détective privé qui est aussi garde du corps. Il est lui aussi allemand, il se prénomme également Rainer, c’est Rainer Hofmann. Qui va bientôt assumer ses fonctions de garde du corps au sens propre, comme au figuré.

Fin 2003, le couple se marie; suivront cinq années durant lesquelles Patty Schnyder assure sa place dans le top 20 mondial. Cinq ans de gains importants, dont on ne sait pas avec précision ce qu’ils sont devenus. Eric van Harpen, encore: «Il y a énormément de personnes qui font de mauvais mariages. Et toujours les copains qui disent, après: mais pourquoi as-tu choisi ce conjoint, il n’est pas pour toi? Quand, finalement, la personne trahie décide de se séparer, est-ce pour immédiatement refaire les mêmes erreurs, tomber sur un deuxième cas particulier? Normalement non. Eh bien, c’est exactement cela qui s’est passé avec Patty. Je me rappelle toujours de la première fois que nous avions vu Harnecker, c’était en Australie; il faisait des manières dans la piscine. Nous avons passé devant lui et Patty m’a dit: «Mais quel idiot, ce type!» Trois jours plus tard, ils étaient ensemble.»

Patty Schnyder est désormais Madame Hofmann, épouse de Rainer. Signe particulier du nouveau prince charmant: en 2002, il est condamné en Allemagne à une période probatoire de trois ans pour fraude, détournements et faux dans les titres.

Des parents «talibans» Hofmann a rempli sa mission vis-à-vis de la famille Schnyder - Rainer Harnecker a été évincé -, il lance maintenant des pics acerbes en direction de sa belle-famille: «Mes parents? Ils étaient comme des talibans durant ma jeunesse», déclare la joueuse. La séparation est cette fois définitive, le fossé trop important. Les règlements de comptes familiaux s’étant faits par médias interposés, les partenaires potentiels revoient bientôt leurs engagements, de peur de salir leur image. «J’ai l’impression que, la plupart du temps, Patty nous considérait comme ses ennemis, confie un journaliste zurichois. Elle n’a jamais compris qu’on l’a aussi aidée durant sa carrière et qu’elle aurait eu une bien meilleure image publique si elle avait mieux géré sa présence médiatique.» Le 28 mai 2011, en plein Roland-Garros, elle met un terme à sa carrière: «Le tennis restera toujours le plus grand amour de ma vie.»

Un mandat d’amener Son autre amour, Rainer Hofmann, figure désormais lui aussi dans les dossiers de l’Office des poursuites schwyzois, qui s’est même adressé à la police pour un mandat d’amener à son nom. Le couple est introuvable. L’appartement qu’il habitait - et dont les traites n’étaient plus payées - a été vidé. Certains éléments laissés dans le fameux garde-meubles: un sac de sport avec des vidéos, une table de jardin, une paire de bâtons de skis. Aujourd’hui, Patty Schnyder et Rainer Hofmann, son mari, vivraient chez les parents de Monsieur, dans le nord de l’Allemagne.

En septembre dernier, le couple a porté plainte contre l’éditeur Ringier, pour des propos erronés (selon les plaignants), violation de domicile, menaces et violation de la sphère privée (une équipe de Sonntags Blick s’était rendue à Wesendorf, où se trouvait alors le couple, pour tenter d’entrer en contact avec lui). Le ministère public zurichois a estimé que ces accusations n’étaient pas justifiées et a renoncé à ouvrir une enquête. Ce ne sont pas les médias qui paieront les dettes. Un lecteur de CD, un banc en bois, quatre tabourets de bar, une sculpture de serpent en couleur. Et deux sommiers.

(Le Matin)

Créé: 12.05.2012, 22h51

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