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Rosset: «L’émotion sera forte, incomparable»

Londres 2012

Vingt ans après, le champion olympique Marc Rosset parle du finaliste Federer. Le Bâlois retrouve Andy Murray, cet après-midi, dans le temple de Wimbledon.

Par Christian Despont. Mis à jour le 05.08.2012 1 Commentaire
Marc Rosset et Roger Federer, associés en double face à la France lors de la Coupe Davis en avril 2003.

Marc Rosset et Roger Federer, associés en double face à la France lors de la Coupe Davis en avril 2003.
Image: EQ Images

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«J’ai suivi la demi-finale sur mon téléphone portable. D’abord sur un live score, point par point. Puis j’ai trouvé du WiFi et des images. J’ai passé quatre heures le nez collé à mon portable.

»Roger a retrouvé un niveau exceptionnel, une fois encore. Je suis content car les gens l’avaient enterré. Pas moi… Tout le monde disait qu’il ne remporterait jamais plus de Grand Chelem. Quelle sotte idée! Comment peut-on porter des jugements aussi hâtifs, aussi définitifs? Sur quelle base? «Jamais» est un mot qui, en sport, n’a aucun sens.

»Je le vois, c’est net, Roger n’éprouve pas les mêmes émotions que dans un Grand Chelem. Ce qu’il vit aux Jeux est beaucoup plus fort. Contre Del Potro, jeudi, ses émotions l’ont trahi. Roger a réussi le break après dix tentatives et, juste derrière, au moment de conclure, il a perdu son service blanc! Ce sont des signes inhabituels. Des signes d’une émotivité extrême.»

La pression est plus grande

«Aux Jeux, tout est différent. On joue pour son pays, on embarque des milliers de gens avec soi. La pression est bien plus grande que sur le circuit où, bien sûr, il y a des spectateurs, des supporters, mais où la compétition reste une démarche personnelle. Cette pression que ressent Roger est proportionnelle à l’attente, aux attentes en général. Les JO n’ont lieu que tous les quatre ans.

»Quand le tennis a intégré le giron olympique, certaines personnes ont prétendu que des millionnaires du sport n’y avaient pas leur place, qu’ils ne seraient pas impliqués. Usain Bolt, lui aussi, gagne des millions, et il est très motivé. Teddy Riner, champion du monde de judo, place les Jeux au-dessus de tout le reste. Quand depuis des mois, je lis des interviews de Djokovic, Murray, ou Federer, je constate qu’une médaille est leur Graal, leur quête ultime. Tu es champion olympique, tu imagines? C’est le rêve de tout enfant. C’est l’amour du sport que tu portes en toi. Et puis, il y a l’hymne. Tu représentes la Suisse, tu touches une population entière. Cet hymne te fout des frissons dans tout le corps. Tu ne ressens ces émotions dans aucune autre compétition, même quand tu t’appelles Roger Federer.

»Dans la vie, je suis comme tout le monde, je ne prête pas attention à la Super League de football mais je ne rate pas un match de l’équipe nationale. Je ne regarde pas forcément Milan – San Remo à la télévision mais, aux Jeux, je vibre pour le cyclisme. J’aime le sport. J’aime mon pays. Aux Jeux, forcément, je ressens cette fibre patriotique. Et Roger la ressent aussi très fort.

»Je ne crois pas qu’il sera nerveux, ou conscient de la ferveur qui l’entoure. En plein tournoi, dans l’obsession de tout maîtriser, le contexte reste abstrait. D’autant plus à mon époque où il n’y avait ni téléphone portable ni internet. En fait, je n’ai réalisé qu’après coup, en lisant la presse et en revoyant les gens.»

C’est sa dernière chance

«Pour d’autres raisons, la pression sera énorme. Peut-être sans précédent. Roger parle de ces Jeux depuis deux ou trois ans. Il en a fait le grand objectif de sa carrière. Je crois que son heure est venue, et personne ne sait si elle reviendra. Dans quatre ans, Roger en aura 35. Probablement que le tournoi olympique de Rio aura lieu sur terre battue. C’est un peu le moment ou jamais. Rien ne sera facile pour Murray non plus, malgré l’avantage de jouer à domicile, car cette attention extraordinaire peut se retourner contre lui. La gestion des émotions sera déterminante. Plus encore qu’à la dernière finale de Wimbledon

»Ces émotions ne viendront pas de l’enjeu, mais de la fibre patriotique, de la portée symbolique. Au plan sportif, Roger a déjà réussi ses Jeux. Champion olympique ou médaillé olympique, dans l’inconscient populaire, ce n’est pas une différence énorme. Tout le monde sera d’accord avec ce constat. Moi, quand j’ai pris mon sac le matin pour aller disputer la finale de Barcelone, je n’ai eu aucune envie de devenir un médaillé olympique…

»Je crois qu’une victoire aux Jeux, comme aucune autre, reste dans les mémoires. Les gens que je rencontre ont un souvenir très précis de l’endroit où ils étaient, du temps qu’il faisait, au moment où je suis devenu champion olympique. C’est une sensation assez étrange. Je suis fier d’avoir rendu une journée mémorable, et de partager un souvenir avec autant de gens.»

Je ne le vois pas arrêter

«Du moment que Roger a annoncé son programme pour 2013, je le vois mal prendre sa retraite sur un titre olympique. Voilà deux ans qu’il lutte contre le pessimisme de la terre entière. Aujourd’hui, il règne à nouveau. Il savoure comme jamais. Ce n’est pas le bon moment pour décompresser, ni pour arrêter le tennis.

»A l’époque où il gagnait tout, où il mettait des 6-0 à Hewitt en finale, la victoire ne dépendait que de lui. Avec l’arrivée de Djokovic, Nadal, Murray, sa vie sur le circuit a changé. Tout n’est plus de son ressort. Je serais complètement idiot, à mon tour, de penser que Roger ne gagnera plus de Grand Chelem. Mais il lui faudra un peu de chance, des concours de circonstances.

»Je le trouve différent. J’ai l’impression qu’il joue de manière beaucoup plus instinctive. Ses coups ne vont pas toujours dans le sens du jeu, mais ils suivent leur propre logique. A l’évidence, Roger est plus agressif et entreprenant. Annacone a-t-il réveillé sa spontanéité? Avant, Roger se posait trop de questions, et n’écoutait plus ses intuitions. Il ajustait son jeu à celui de l’adversaire.

»Je ne lui donnerai aucun conseil. Jeudi, je lui ai envoyé un message alors que la balle de match n’avait pas fini de rebondir… Je veux vraiment, vraiment, que Roger devienne champion olympique. Où que je sois, je ne raterai pas une seconde.» (Le Matin)

Créé: 05.08.2012, 10h29

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1 Commentaire

Franck Drebin

05.08.2012, 13:34 Heures
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Attacher un exploit à la nationalité et non au sportif, démontre pourquoi le nationalisme et, la religion, sont les 2 causes principales des guerres depuis le début de l'ère humaine. Roger est autant Suisse que Sud-Africain, non? Les valeurs, alors? Est-ce qu'être humble, honnête, courtois, etc..Sont des valeurs rattachées qu'à la CH? Roger, l'homme, mérite sa médaille d'or. Suisse ou Africain... Répondre



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