Mardi 30 août 2016 | Dernière mise à jour 01:11

Votation C'est non! L'avion Gripen ne volera pas en Suisse

Le sort de l'avion de combat Gripen est scellé: c'est non à 53,4% à l'achat de 22 avions de combat. Bataille perdue pour le ministre de la Défense Ueli Maurer.

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Le GSsA crie victoire avant le résultat final

Alors que les projections annoncent dimanche une défaite pour le Gripen, le Groupement pour une Suisse sans Armée (GSsA) n'a pas attendu le résultat définitif pour crier victoire. Le «non» au Gripen qui se dessine montre pour la première fois une résistance du peuple aux dépenses militaires excessives, écrit le mouvement antimilitariste.

«Une majorité des votants a clairement exprimé que les 10 milliards de francs seraient mieux investis dans le civil que dans des projets de réarmement insensés», selon le GSsA. C'est un succès pour la politique de paix.

Le GSsA appelle le Conseil fédéral et le Parlement à baisser le budget de l'armée. Un chèque en blanc pour de nouvelles dépenses militaires serait en contradiction avec la volonté populaire, estime-t-il. Le fonds destiné au Gripen doit être réaffecté dans le domaine civil, insiste le mouvement.

Bien qu'il ait joué dans la retenue lors de cette campagne référendaire, le GSsA rappelle qu'il avait lancé en 2008 une initiative contre de nouveaux avions de combat. Il l'avait retirée après que le gouvernement avait décidé en 2010 de renoncer à un achat. Pour lui, il était essentiel de soumettre ce type d'achat au peuple.

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Les votations du 18 mai 2014 en images

Les votations du 18 mai 2014 en images Les Suisses ont voté ce dimanche 18 mai sur 4 objets fédéraux. Le résumé en images.

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Le Gripen reste cloué au sol. L'achat de 22 avions de combat suédois pour 3,126 milliards de francs a été rejeté dimanche par 53,4% des votants. Douze cantons ont refusé la création d'un fonds pour cette acquisition. Le «non» a surtout été fort en Suisse romande.

Les efforts menés en fin de campagne par les partisans du jet, le ministre de la Défense Ueli Maurer en tête, n'ont pas empêché l'échec prédit par les sondages. La droite n'a pas réussi à faire de ce scrutin un vote de principe sur l'armée. Ni à convaincre, au nom de la sécurité, de la nécessité de compléter la flotte de 32 FA-18 après la mise au rebut des 54 vieux Tiger.

Remous et gaffes

Seuls un peu plus de 1,344 million de votants ont déposé un «oui» dans l'urne. Les remous à répétition qui entourent cet achat depuis le début, la polémique sur le choix de l'avion suédois au détriment du Rafale et de l'Eurofighter et les gaffes d'Ueli Maurer n'ont fait qu'apporter de l'eau au moulin des opposants.

Ceux-ci ont ratissé de la gauche jusque dans les rangs bourgeois, notamment vert'libéraux. Ils n'ont eu aucun mal à faire valoir qu'il n'y avait aucun besoin de dépenser autant d'argent pour une acquisition qui n'est de loin pas prioritaire pour l'armée. Près de 1,543 millions de votants les ont suivis.

Bien moins de soutien qu'au FA-18

On est loin des 57,2% qui avaient plébiscité le FA-18 en 1993. La liste des cantons où une majorité s'est dégagée contre les avions de combat s'est nettement allongée. Ils n'étaient que cinq (BS,BL,TI,GE,JU) il y a 21 ans. Sept autres sont venus s'ajouter ce dimanche. La Suisse romande a voté cette fois en bloc.

La palme du refus revient une nouvelle fois au Jura, avec 74,3% des voix. Suivent Neuchâtel (69,1%), Genève (67,8%) et Bâle-Ville (67,7%). Le rejet atteint 59,4% à Fribourg, 65% dans le canton de Vaud et 61,9% en Valais.

Le Jura bernois dit «non» à 66,2%, beaucoup plus clairement que l'ensemble du canton (50,9%). Parmi les opposants, on retrouve aussi Schaffhouse, Bâle-Campagne et Zurich. Ils ont contribué à faire pencher la balance.

La grande majorité des cantons alémaniques se retrouvent en effet dans le camp du «oui». Le soutien le plus fort au jet suédois est venu de Suisse centrale. Nidwald, canton des usines Pilatus, a accepté l'achat par 68,2%, Obwald par 63,8%, Uri par 62,4% et Schwyz par 61,5%. Le oui est en revanche très timide à Soleure, en Appenzell Rhodes-extérieures, à Saint-Gall et dans les Grisons.

Opposants aux anges

Sans surprise, les opposants à l'achat des avions Gripen affichaient un sourire éclatant ce dimancheaprès-midi. «Le peuple a compris les enjeux de la votation», a réagi Pierre-Alain Fridez, membre du comité Non au Gripen.

Selon le conseiller national socialiste, ce rejet ne constitue pas un référendum contre l'armée elle-même. «Des scrutins antérieurs ont montré que les Suisses y tiennent.» Par contre, les Helvètes n'ont pas voulu «d'un achat inutile». Le Jurassien estime aussi qu'une partie des votants ont voulu marquer par leur refus «leur défiance envers Ueli Maurer, ainsi que contre cette campagne semée de couacs».

Si le comité exprime une «grande satisfaction» à l'issue du vote, il n'en oublie pas moins de penser à son «prochain combat», à savoir l'assignation des 3,126 milliards du fonds d'acquisition - qui ne verra pas le jour - à des «fins utiles». Par «fins utiles», le parlementaire fait notamment référence à la formation, à l'économie ou encore au social. Or, «il y aura sans doute de nombreuses voix prônant une attribution de cet argent à l'armée».

Interrogé sur l'avenir des avions de combat en Suisse, le socialiste a répondu que «la question va bien évidemment revenir sur le tapis, mais pas tout de suite». Selon lui, un bilan n'est pas nécessaire avant huit ans.

Les meilleurs tweets sur le Gripen

Image négative impossible à corriger

La campagne pour l'achat du Gripen a mal commencé dès le début. Le jet a souffert d'une image négative qu'il a été impossible de corriger, déplore Hugues Hiltpold (PLR/GE), vice-président du comité interpartis «Oui au Gripen». Désormais, il s'agit de mener une réflexion de fond sur le développement de l'armée.

La campagne a été mauvaise, plombée par toutes sortes d'éléments négatifs, tels les propos du chef du DDPS Ueli Mauer sur les femmes, les doutes qui ont entouré l'avion ou l'ingérence de la diplomatie suédoise, estime le conseiller national genevois.

«La question à trancher est maintenant de savoir si le peuple a dit «non» à l'avion suédois ou «non» plus largement à un nouvel avion de combat», souligne le député. Il faut ouvrir la réflexion dans le cadre de la réforme «développement de l'armée» (DEVA).

Plusieurs options s'ouvrent désormais au Parlement: lancer un nouveau processus d'acquisition qui prend en gros dix ans, profiter du renouvellement des FA-18 qui interviendra en 2025 pour faire d'une pierre deux coups avec un achat global, louer dans l'intervalle des avions. Cette dernière piste reviendrait à contourner la volonté populaire, relève Hugues Hiltpold.

Le Fonds dépendra des choix

Quant à savoir ce qu'il adviendra du fonds dédié au Gripen, qui aurait dû être alimenté par 300 millions de francs par an ponctionnés sur le budget de l'armée (5 milliards de francs), tout dépendra de ce que l'on choisira pour les Forces aériennes suisses.

Idem de la proposition de libérer 30 millions pour former des pilotes et du personnel au sol pour un service de surveillance 24 heures sur 24, estime le conseiller national. Pour lui, la discussion au Parlement sur l'avenir doit prendre de six mois à une année. (atsnxp)

(Créé: 18.05.2014, 13h36)

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