Genève et ses voyous sans pays
Délinquance
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La question
Les accords de réadmission doivent-ils être une priorité pour Berne?
L'EDITO
La Suisse, paradis des petites frappes
Par Sandra Jean, rédactrice en chef
La Suisse, c’est trop bien. On peut voler, molester, taper, truander, terroriser, racketter en toute tranquillité. Ou presque. Les voleurs et autres petites frappes d’ici et d’ailleurs n’ont pas trop de souci à se faire. Non seulement la police est un peu partout en sous-effectifs, mais en plus le nouveau Code de procédure pénale est totalement laxiste.
Pour peu que les agresseurs se fassent appréhender,ils sont quasiment aussitôt relâchés. Merci les jours-amendes. Bonjour le sentiment d’impunité. Bienvenue au pays des pigeons dociles.
Résultats: les malfrats de tout poil prennent leurs aises. Ils agressent dorénavant en tout temps, en tout lieu, et de plus en plus violemment. Les gens ont peur. Les policiers sont découragés. Les partis populistes crient à la fermeture des frontières. La gauche se frotte le menton et nous explique que tout cela est très compliqué. Au centre, on ne dit pas grand-chose.
Et pendant ce temps, devant cette inertie coupable, face à ce silence assourdissant, des dames de 79 ans continuent de se faire tabasser chez elles. Et pendant ce temps, des sales types sont encore et toujours relâchés dans la nature. Et pendant ce temps, des braves fonctionnaires sont en train de penser à l’éventualité d’envisager la possibilité d’agir. Il serait peut-être bienvenu de commencer à considérer qu’il y a urgence.
Négociations enlisées à Alger
Berne tente en vain jusqu’ici de négocier des accords de réadmission avec différents pays arabes. Le cas de l’Algérie est spécialement difficile. Les négociations sont en fait enlisées depuis 2006. «La Suisse est prête à signer, mais pas l’Algérie», confirme Michael Glauser, porte-parole de l’Office fédéral des migrations.
Il existe bien un accord sur la libre circulation des personnes avec Alger, mais son «protocole d’application» n’est toujours pas avalisé. «Alger refuse d’aider la Suisse à renvoyer ses ressortissants au prétexte qu’elle abrite des fondamentalistes hostiles au régime en place», confie une source diplomatique. Pour l’heure, les renvois doivent se négocier au cas par cas et n’aboutissent souvent pas.
Ludovic Rocchi
L’agression de la femme de 79 ans à son domicile de Chêne-Bourg dimanche soir, dans le canton de Genève, a suscité la colère dans toute la Suisse romande. La victime, retrouvée ligotée dans sa baignoire, de l’ouate dans la bouche, les deux yeux au beurre noir et portant des traces de coups sur tout le corps, se trouve toujours à l’Hôpital cantonal. L’arrestation des deux agresseurs – des ressortissants d’Afrique du Nord selon le Ministère public genevois – a braqué les projecteurs sur un noyau de près de 400 personnes qui empoisonnent la vie des Genevois, commettant des délits allant du vol de sac à main à l’agression et au brigandage en passant par le deal. Le phénomène n’est pas nouveau à Genève, pays de cocagne pour les malfrats. Mais il est en augmentation. Face à ces délinquants sans papiers, que faire? Réponses.
Qui sont ces délinquants? Leur moyenne d’âge se situe entre 20 et 35 ans. Les deux individus de 22 et 25 ans interpellés quelques heures après l’agression de Chêne-Bourg sont bien connus des services de police avec, à leur actif, plus de 20 inscriptions au casier judiciaire depuis 2005. Parmi ce noyau de 380 personnes recensées par la police comme les auteurs de la criminalité de rue, certains se prétendent Algériens mais sont probablement Marocains. «C’est courant. Cette population qui, lorsqu’elle est arrêtée est bien entendu dépourvue de papiers d’identité, ne donne pas souvent sa véritable nationalité, constate Jean Sanchez, chef de la police adjoint. La plupart sont Algériens mais se prétendent Irakiens, Palestiniens ou Libyens. Ils ne sont donc pas expulsables parce ces pays sont en guerre. Ils peuvent aussi être d’autres nationalités et se dire Algériens car les accords de réadmission avec ce pays ne sont pas respectés.» Cette population criminogène vit dans des squats, des abris de protection civile, parfois des petites pensions.
Leurs forfaits? Cela va du vol à la tire au cambriolage, en passant par le vol à l’arraché, le trafic de haschisch et les brigandages. Une première vague est arrivée dans les années 1990. En 2006, la police genevoise a recensé de nouveaux arrivants, plus violents, certains sous l’emprise de médicaments, de drogue et/ou d’alcool. «Ces personnes rigolent des peines qui leur sont infligées, ajoute Jean Sanchez. Ils n’hésitent pas à menacer les policiers qui les arrêtent, de même que leurs victimes.»
Que peut faire la police? Et la justice? Les arrêter évidemment, quand ils commettent un délit. Problème: lorsqu’ils ont purgé leur peine, ils sont «remis à la rue», faute de pouvoir être refoulés dans leur pays. L’introduction des jours-amendes et du nouveau Code de procédure pénale en janvier 2011 n’a rien arrangé puisque, sur des délits mineurs, ils ne sont pas mis en détention immédiate, quand bien même la procédure se poursuit. «On a désarmé la justice depuis 2007, notamment en supprimant les expulsions judiciaires prononcées par les autorités pénales», constate le procureur général, Daniel Zappelli.
Que peut faire Genève? Déjà appliquer la loi sur les mesures de contrainte votées en 2005 par la Suisse, mais qui ne sont pas appliquées dans la Cité de Calvin (ndlr: Genève avait voté contre la loi). Le canton ne s’est jusqu’ici pas donné les moyens de construire des places de détention administrative en suffisance.
Que peut faire Berne? Et la Suisse? Revoir le nouveau Code pénal et, du coup, ordonner des peines qui ne font plus «sourire les malfrats», pour reprendre les termes d’un policier. Ensuite, réactiver les démarches pour faire appliquer les accords de réadmission, notamment avec l’Algérie.
Le Printemps arabe a-t-il eu une influence? Depuis environ un an, on recense à Genève une cinquantaine de Tunisiens délinquants. Mais attention à ne pas faire d’amalgames! Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, remarque que le phénomène n’est pas nouveau. «Les raisons de la délinquance sont à chercher ailleurs, dans la crise économique, le manque de débouchés. Ces délinquants ne sont pas des réfugiés politiques mais économiques!» Hafid Ouardiri, directeur de la Fondation L’Entre-Connaissance, se montre pour sa part dégoûté: «Ces personnes qui ont attaqué la dame âgée sont des barbares. Ce que je déplore, c’est la récupération qui en est faite en Suisse par certains partis politiques. Le comportement de ces jeunes voyous rejaillit de fait sur notre communauté qui est bien intégrée et, cela, je le déplore.» (Le Matin)
Créé: 23.02.2012, 08h39








