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L'UDC s'attaque aux sciences humaines

Controverse

Adrian Amstutz, conseiller national UDC, veut diviser par deux le nombre d’étudiants en sciences sociales. Selon lui, ils ne trouvent pas de travail. Vives réactions.

Par Anne-Florence Pasquier. Mis à jour le 13.03.2015 153 Commentaires
Il n’est pas utile de limiter les étudiants en sciences sociales, car ils sont plus flexibles sur le marché de travail.

Il n’est pas utile de limiter les étudiants en sciences sociales, car ils sont plus flexibles sur le marché de travail.
Image: UNIL

Etudiants: l’UDC a-t-elle raison?

LE CHIFFRE

45 000
Le nombre d’étudiants en sciences humaines en 2013.

2,8%
La proportion d’étudiants en sciences humaines qui n’ont pas trouvé de travail après leur master, contre 3,8% pour les étudiants en sciences naturelles.

L'EDITO

Un remède de cheval très vache

L’UDC s’est trouvé un nouveau mouton noir. Après les requérants d’asile, les candidats à la naturalisation et les juges étrangers, voilà que le plus grand parti de Suisse s’apprête à ferrailler contre les étudiants en sciences humaines et en sciences sociales. Un ennemi insolite et bien commode, que ne protège aucun lobby.

Le nombre d’historiens, de psychologues et d’autres experts en esthétique du cinéma devrait donc être divisé par deux de toute urgence, estime le vice-président du parti, Adrian Amstutz. Car c’est bien connu, ces universitaires-là sont des glandeurs, quand ils ne sont pas carrément des gauchistes. Il est vrai qu’à force d’être la cible d’attaques populistes on les comprendrait presque. Mais il y a pire. Ces étudiants sont des chômeurs en puissance, qui, s’ils trouvent un travail, iront probablement grossir le rang des fonctionnaires ou des intellectuels subventionnés. N’en jetez plus, monsieur Amstutz.

Comme quoi, l’UDC ne réserve pas qu’aux étrangers ses gros clichés. Les Suisses qui ne rentrent pas dans le cadre en font aussi les frais. Qui seront les prochains sur la liste? Les Romands? Le parti conservateur va-t-il exiger par voie de motion la diminution de 50% du nombre de Valaisans? Après tout, c’est le canton romand qui touche le plus d’argent de la péréquation financière. Absurde.

La volonté de faire des économies est légitime. Entre le franc fort et les conséquences encore incertaines du vote du 9 février 2014, la Suisse navigue à vue. Et il n’y a pas de raison que l’Université ne soit pas associée à l’effort budgétaire collectif. Mais exiger une baisse arbitraire du nombre d’étudiants jugés improductifs, voilà une proposition qui choque autant par sa brutalité que par son manque de sérieux. Un remède de cheval très vache. Et surtout complètement bœuf.

Simon Koch, Rédacteur en chef adjoint

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«Nous avons bien trop de sociologues, de psychologues, d'historiens et d’étudiants en sciences sociales. Il faut que ça change. Ma proposition est d’avoir la possibilité de limiter de moitié leur admission dans les universités», affirme Adrian Amstutz. Pour le conseiller national UDC bernois, «les jeunes feraient mieux de suivre un apprentissage ou une filière où ils pourront trouver un travail. Qu’il y ait un vrai retour sur investissement», ajoute-t-il. Face à sa proposition, relayée par Blick, les réactions vives ne se sont pas fait attendre. A commencer par les milieux universitaires et de la formation.

Les moins chers

«La Suisse est un pays libre. On connaît des dictatures où les gens reçoivent des consignes pour leur choix d’étude, affirme Martin Fischer, porte-parole du Secrétariat d’Etat à la formation. Ce serait un vrai gaspillage d’orienter les gens et les obliger à étudier autre chose. Surtout, les étudiants en sciences humaines ne coûtent pas cher.» Un argument que partage Adriano Loprieno, le président de la Conférence suisse des recteurs, qui ajoute que «l’UDC fait une erreur de fond: penser que l’on doit travailler dans le secteur de la discipline étudiée. Au contraire, le profil de ces étudiants apporte une grande innovation, surtout ils sont ensuite bien plus flexibles sur le marché du travail». Car, selon les chiffres de l’OFS, le chômage guette davantage les étudiants en sciences exactes et naturelles à la fin de leur master. Dans les rangs des UDC lettreux, qu’en pense-t-on? Christophe Mörgeli, diplômé d’histoire et sciences politiques a refusé de répondre à nos questions. Quant à Oskar Freysinger, diplômé de littérature, il affiche clairement son désaccord. «C’est une connerie. Il est inutile de faire ce tri à l’université. C’est la qualité de l’enseignement au degré secondaire qui doit être nivelé par le haut. D’ailleurs, la Suisse connaît un taux de maturité de seulement 20%.» Avec ses 142 170 étudiants universitaires en 2013, la Suisse ne compte qu’une faible population estudiantine en comparaison européenne. (Le Matin)

Créé: 13.03.2015, 06h41

153

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153 Commentaires

Raphael Prongue

13.03.2015, 06:58 Heures

Ben Oui l'UDC a sa logique moins d'étudiants suisse = plus d'élites étrangères en Suisse = plus de mécontent d'avoir un chef européen = plus d'électeurs ... d'ailleurs 80% des électeurs UDC n'ont pas fait d'études Répondre


Francine Kobel

13.03.2015, 07:14 Heures

L'UDC s'attaque à la vie humaine, aux êtres humains, inutile, le mot "science", c'est des cerveaux qui étudient la science, pour ça il faut aller à l'université, et comme Blocher a dit lors de son discours de la nouvelle année, "Arrêtons avec ces universités et ces étudiants, c'est des bras qu'il faut à la Suisse...... Répondre



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