Jeudi 8 décembre 2016 | Dernière mise à jour 20:54

Religions «La Confédération devrait se préoccuper de Dieu»

Les Suisses pratiquent de moins en moins, mais la religion fait des vagues en politique, selon une étude (PNR 58). Le chercheur René Pahud de Mortanges appelle Berne à ne plus ignorer la question.

La religion s’invite de plus en plus dans l’agenda politique.

La religion s’invite de plus en plus dans l’agenda politique. Image: Corbis

Religion en baisse

Alternatives orientales. Les Suisses s'éloignent de la religion. 64% d'entre eux n'ont plus de pratique religieuse, selon le projet national de recherches PNR58, qui a coordonné 28 études sur le sujet depuis 2007. De plus, 10% de la population suisse se définit comme opposée à la religion et 9% dit s’être tourné vers des pratiques alternatives, souvent orientales.

Visibilité médiatique. Mais la religion est plus présente qu'avant dans les médias et dans la politique, concluent les chercheurs, qui évoquent une «sécularisation» et une diversité croissante du paysage religieux.

Chute.Le nombre de catholiques et d’évangélistes dégringole depuis la fin des années 1960. Une majorité de personnes se distancient des enseignements religieux officiels et des collectivités, ceci dans toutes les confessions.

Durcissement. Des groupes libéraux et conservateurs s’opposent au sein du christianisme, du judaïsme et de l’islam. La sécularisation va de pair avec une montée des fondamentalismes mais aussi, notamment, avec un durcissement des relations entre les individus très religieux et ceux qui ne le sont pas.

L'Etat. «A court terme, il convient à l’Etat de trouver des solutions pragmatiques, comme dans le cas de l’enseignement de la religion à l’école et des jours fériés concernant des fêtes sacrées», dit René Pahud de Mortanges.

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Voile islamique, crucifix, minarets… La religion s’invite de plus en plus dans l’agenda politique. C’est l’un des constats qu’ont dressé aujourd’hui les chercheurs du Programme national de recherche PNR 58. Pourtant la religion n’a pas droit de cité à Berne. Hormis l’invocation divine au début de la Constitution, Dieu est le grand ignoré des lois fédérales. Chaque canton est souverain pour gérer les problèmes religieux, avec des pratiques différentes. René Pahud de Mortanges, professeur de droit et de droit canon à Fribourg estime qu’il faut corriger la pratique.

Après cinq ans de recherches sur le thème des religions en Suisse, vous recommandez aux autorités fédérales de se doter d’une politique dans ce domaine. Pourquoi?

René Pahud de Mortanges: Dans notre système fédéraliste, la religion est surtout l’affaire des cantons. Officiellement, la Confédération ne s’en occupe pas. Mais en pratique ce n’est pas tout à fait le cas. D’abord parce qu’elle collabore ponctuellement avec les Eglises, notamment dans le domaine de l’asile ou de l’aumônerie militaire. Ensuite on constate une évolution marquée depuis quelques années: l’autorité fédérale doit prendre de plus en plus position sur des conflits souvent très médiatiques, liés par exemple aux symboles religieux dans l’espace public.

Faut-il inscrire l’existence des religions dans la Constitution?

Ce n'est pas nécessaire. Le crois plutôt que l’administration fédérale devrait formuler sa politique religieuse. On pourrait dire par exemple qu'au niveau fédéral la Suisse reconnaît une séparation entre État et religions. Et que valeurs fondamentales de la Constitution sont la garantie de la liberté religieuse, la neutralité et des efforts d’intégration de l’ensemble des citoyens. Ceci pourrait servir comme directive et guider la Confédération dans son travail.

La votation sur les minarets, fin 2009, est-elle à la base de votre réflexion?

Non. Notre travail d’investigation a été commencé bien avant, mais cette votation a renforcé ma conviction qu’il y a une lacune. Notre système de démocratie directe fait que les initiatives ou les motions se multiplient pour tenter de régler des conflits qui ne sont pas religieux, mais liés aux migrations.

Est-ce que cela ne crée pas des débats publics sains sur les sujets religieux?

Non, ce genre de sujets entraînent des batailles très médiatiques. Avec les débats sur les minarets, les voiles, les crucifix, on ne fait souvent pas avancer les choses, on ne parle que des symboles.

En somme, vous n’appelez pas la Confédération à prendre parti?

Nos recherches montrent que les communautés religieuses sont davantage des facteurs d’intégration que de conflits. En définissant une politique à leur égard, la Confédération pourrait obtenir une stratégie plus cohérente à leur égard. En plus, parmi les milliers de fonctionnaires de l’administration fédérale, personne n’est directement responsable des questions religieuses et du contact avec les communautés religieuses. C’est un manque.

(nxp)

(Créé: 03.07.2012, 16h55)

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