Dimanche 26 mars 2017 | Dernière mise à jour 22:22

Tourisme «La moitié des sociétés va crever»

Pour le patron de Téléverbier, Éric A. Balet, ne pas aider les sociétés de remontées mécaniques revient à abandonner les vallées latérales. Même si ce doit être à fonds perdu.

Le secteur des remontées mécaniques a beaucoup investi en Valais ces dernières années, mais il peine à trouver la rentabilité.

Le secteur des remontées mécaniques a beaucoup investi en Valais ces dernières années, mais il peine à trouver la rentabilité. Image: Keystone

Edito

Des remontées sur une pente glissante

La volonté du Grand Conseil valaisan de verser 157 millions de francs à fonds perdu aux sociétés de remontées mécaniques suscite une grosse réaction en Valais. D’autant que cet argent irait aux sociétés d’une certaine taille qui dégagent de bonnes marges bénéficiaires (la moitié) et non aux petites qui vont mal (l’autre moitié). Perdu, peut-être, mais pas pour tout le monde.

Les patrons valaisans menacent de lancer un référendum. Sur le principe, l’État n’a pas à donner de l’argent. Chaque année, les sociétés de remontées mécaniques versent plusieurs millions de francs de dividendes à leurs actionnaires. Certes de moins en moins. Dans ce contexte, l’État devrait rester un acteur subsidiaire bienveillant, mais ne pas devenir donateur.

Depuis plusieurs années, les milieux des remontées mécaniques sont inquiets. L’attrait du ski de piste diminue. Pourtant des sommes colossales ont été investies pour conserver un parc de 500 remontées mécaniques doté d’un enneigement artificiel dense. Les pros de la branche disent qu’il leur faudrait encore un milliard de francs pour tenir ces prochaines années. Est-ce bien raisonnable quand tout cela ne fonctionne à plein régime que deux, voire trois mois par année?

Ce qu’elles pourraient gagner en argent à fonds perdu, les sociétés de remontées pourraient le perdre en termes de clairvoyance et de sympathie. Là c’est un capital qui n’a pas de prix.

Eric Felley
eric.felley@lematin.ch
@ericfelley1

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La semaine dernière, le Grand Conseil valaisan a accepté en première lecture une loi visant à subventionner à fonds perdu les sociétés de remontées mécaniques les plus grandes. Il en coûterait 157 millions de francs répartis sur dix ans. La gauche était contre et la droite divisée. Sous l’impulsion d’une bonne partie du PDC, de l’UDC et la moitié du PLR, le projet est passé. Les réactions ont été vives sur ce «cadeau» fait à ces sociétés, alors même que l’État du Valais serre la ceinture dans l’enseignement ou les primes d’assurance-maladie.

La critique la plus virulente est venue de l’Union des indépendants, association patronale d’essence libérale, qui a promis un référendum en cas d’acceptation de la loi en deuxième lecture. Sa secrétaire, Artémis Avanésiani, confirme: «Deux choses nous dérangent: la concurrence déloyale créée avec d’autres secteurs économiques et le principe même de donner de l’argent. Les citoyens n’ont pas à supporter ces coûts.»

La société Téléverbier SA, 50 millions de chiffre d’affaires et quelque 500 collaborateurs, fait partie des sociétés qui pourraient être bénéficiaires de subventions à fonds perdu. Son directeur général, Éric A. Balet, précise toutefois: «Dans la mesure où nous respectons les conditions-cadres, c’est-à-dire que nous ne distribuons pas de dividendes durant une certaine période. C’est qui s’est passé avec d’autres formes de crédit, même si les conditions ont été assouplies pour qu’il soit possible de donner un dividende raisonnable.»

Mais le patron de Téléverbier estime qu’aujourd’hui les sociétés de remontées mécaniques sont en réel danger en Valais: «Et, si vous enlevez les remontées mécaniques, vous tuez les vallées. Je peux répondre à l’Union des indépendants que s’il n’y a plus de remontées mécaniques, il n’y a plus de magasins de sport! Ne pas les aider, c’est participer à l’euthanasie de la moitié d’entre elles.»

Il constate que la situation s’est fortement dégradée avec le franc fort: «Nous sommes une industrie d’exportation. Pour nous, la politique de la BNS a été une véritable catastrophe. La saison 2008-2009 a été excellente. L’euro était à 1 fr. 65. Aujourd’hui, il est à 1 fr. 08. Cela représente plus de cinquante centimes de différence. Par rapport à la livre anglaise qui a été dévaluée, les prix ont doublé en cinq ans!»

Cependant Éric A. Balet n’est pas certain qu’une subvention à fonds perdu de 157 millions soit la bonne ou l’unique solution: «Il peut y avoir d’autres formes d’aides comme baisser les taxes pour l’électricité ou supprimer les taxes cadastrales. La RIE III nous aurait permis de les supprimer et on aurait épargné 300 000 francs… Avant même de commencer l’exploitation, Téléverbier paie déjà 1,5 million de taxes. On demande beaucoup aux remontées mécaniques!»

Est-ce que les Valaisans sont prêts à leur donner plus? Les députés valaisans trancheront en deuxième lecture. Ou le peuple, si un référendum aboutit. (Le Matin)

Créé: 21.02.2017, 08h07


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