Vendredi 9 décembre 2016 | Dernière mise à jour 02:18

Sécurité routière Le Conseil national a les radars dans le collimateur

La chambre du peuple veut obtenir une réduction de moitié des radars sur les grands axes. Coup de frein bienvenu ou manœuvre politique dangereuse pour les usagers de la route? Tour d'horizon en Suisse romande.

Les radars automatiques bien visibles sur le bord des routes et sur la berme centrale des autoroutes ont clairement un effet dissuasif. Genève et Vaud comptent à eux seuls près de 80 boîtiers.

Les radars automatiques bien visibles sur le bord des routes et sur la berme centrale des autoroutes ont clairement un effet dissuasif. Genève et Vaud comptent à eux seuls près de 80 boîtiers. Image: Keystone

Prévention, vraiment?

Il n'y a aucune discussion à avoir sur les installations placées dans les localités. En revanche, on peut légitimement se demander si tous les radars placés sur les autoroutes et grands axes ont la prévention pour seule préoccupation, relève Stefan Ingold, secrétaire général du Conseil suisse de la sécurité routière.

«On peut parfois en douter, au vu par exemple de l'installation placée depuis juillet 2008 sur l'A12, entre Guin et Fribourg». Placée en bas d'une pente, sur une rectiligne, elle est régulièrement à l'honneur dans les médias, parce qu'un automobiliste étranger l'a déclenchée pied au plancher. «Pareille installation ne serait-elle pas plus indiquée quelques kilomètres plus loin, là où l'autoroute fait des lacets, entre les sorties de Fribourg Nord et Fribourg Sud», s'interroge Stefan Imgold. Idem «entre Lausanne et Genève où les habitants connaissent les emplacements de mesure et mettent les gaz entre deux». Pour le spécialiste bernois, le nouveau système de mesure par tronçon, que veut éviter le Conseil national, serait en fait le plus efficace à cet endroit.

L'une des installations radar contestée, sur l'autoroute A12, entre Guin et Fribourg. (Image: Police cantonale de Fribourg)

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Le Conseil national nous y a habitué. A intervalles réguliers, un député monte au créneau pour dénoncer les contrôles radar sur les routes suisses.

Nul besoin de remonter aux heures de gloire du Parti des Automobilistes. En la matière, l'UDC se fait la porte-parole, depuis plusieurs années, de l'automobiliste brimé qui, potentiellement, se cache en chaque citoyen.

En 2006, l'Uranais Alexander Baumann (UDC, donc) s'en était pris aux «radars camouflés». En 2009, l'agrarienne saint-galloise Jasmin Hutter-Hutter a voulu réintroduire les annonces de radars à la radio. Ces motions ont fini par être classées.

En 2010, l'Argovien Ulrich Giezendanner, encore un UDC, est revenu à la charge pour demander l'interdiction des contrôles radar par tronçon, actuellement en test. Surprise, bien que le Conseil fédéral ait recommandé de la rejeter, cette dernière motion vient d'être acceptée par le Conseil national, à une majorité de 103 voix contre 76.

Un radar fixe sur deux

La motion demande de n'effectuer «que des contrôles ponctuels» sur les seuls tronçons dangereux. Ce qu'elle ne dit pas, c'est que sa réalisation conduirait de facto à une réduction de moitié du nombre des radars fixes.

Ulrich Giezendanner l'a lui même déclaré devant ses pairs: il veut mettre fin à «l'arnaque moderne» que constituent les radars automatiques. En clair: 50% des «Blechpolizisten» (des policiers de tôle) doivent disparaître, a lancé l'Argovien.

Sur le moment, personne dans la Chambre du peuple n'a su dire combien de radars automatiques bordent au juste les autoroutes et grands axes suisses. Les députés ont estimé finalement qu'il y en avait «certainement moins de cent», selon le Tages-Anzeiger. Cette incertitude n'a pas empêché l'adoption de la motion.

77 «Boîtes» pour Genève et Vaud

Invité par Le Matin à s'exprimer sur cette décision, l'Office fédéral des routes (OFROU), chargé du dossier «Via sicura», oppose un «no comment». «Ce n'est pas à nous de commenter les travaux du législateur», explique son porte-parole. Même réaction des polices qui, en substance, sont «là pour faire appliquer les lois, non pour donner un avis», rappelle-t-on du côté de Fribourg.

Les données relatives aux installations radar permettent toutefois de mettre la situation en relief. Ainsi, les seuls cantons de Genève et Vaud comptent 77 boîtiers de radar fixes, dont 50 uniquement pour le premier.

Pour la dissuasion

Il faut distinguer, explique Jean-Philippe Brandt, porte-parole de la Police cantonale: «Genève compte peu d'autoroute. Les installations se situent pour l'essentiel dans les localités.» S'ajoute à cela que «chaque boîtier n'est pas doté d'un système de mesure».

Il en va de même dans le canton de Vaud qui, depuis cette année, compte 27 points de contrôle, quatre de plus qu'en 2011, révèle Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la Police cantonale. Ici aussi, les boîtiers sont vides dans leur majorité: six systèmes de mesure sont à disposition, qui passent d'une installation à l'autre.

«Cela prouve que les radars fixes ont un but dissuasif et n'ont pas pour objet de remplir les caisses de l'Etat», note le porte-parole. Pour cette même raison, «les mâts sont clairement identifiables et bien visibles sur la berme centrale et non pas camouflés comme il serait techniquement possible de le faire».

La crainte de l'amende

Et l'impact est démontré. Les statistiques du canton romand le plus parcouru d'autoroutes montrent que seuls 0,13% des automobilistes qui passent devant les mâts de contrôle sont amendés. On est bien en dessous de la moyenne de 3,5% pour les contrôles effectués avec les radars mobiles.

Le but est donc atteint, surtout que ces radars automatiques sont placés dans des endroits réputés dangereux. «Prenez le Viaduc de Chillon, actuellement en travaux et où des mâts ont été installés pour protéger les ouvriers. Depuis avril seuls 32 permis ont été retirés alors que 486'000 véhicules ont emprunté le tronçon», poursuit Jean-Christophe Sauterel.

A Neuchâtel, le capitaine Alain Saudan, est affirmatif. Même si le canton ne compte qu'un unique radar fixe sur ses tronçons d'autoroute, celui-ci est efficace. Installé en juillet 2011 à la hauteur du Pont Noir, entre La Chaux-de-Fonds et Valangin, il a permis de réduire de 30% le nombre d'accidents, jusqu'alors élevé à cet endroit. (nxp)

(Créé: 15.06.2012, 15h53)

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