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Tourisme Le boom des canons à neige

En treize ans, le recours à la neige artificielle a été multiplié par huit dans les stations de ski. Un succès et une stratégie qui font polémique.

Image: Edipresse

Etes-vous pour l'utilisation des canons à neige?

C’est indispensable!

ANDREAS KELLER, porte-parole des Remontées mécaniques suisses.

«Les fêtes de Noël sont une période très importante pour les stations. Elles doivent garantir à leurs clients de pouvoir skier. Dans le cas contraire, les touristes iront ailleurs, en Autriche ou en Italie, où 70% des surfaces sont recouvertes de neige artificielle. La Suisse doit poursuivre ses investissements pour satisfaire une clientèle devenue exigeante. Les canons à neige sont indispensables dans un environnement concurrentiel international. Ils permettent de mieux planifier le début et la fin de la saison, ainsi que le pont entre les périodes pauvres en neige. Ce ne sont pas seulement les Remontées mécaniques suisses qui profitent de ces installations, mais tout le système économique des régions de montagne. E n ce qui concerne l’impact sur l’environnement, nous disposons d’une troisième génération de canons à neige moins gourmande en énergie. Quant à l’eau, elle provient soit d’une rivière de la région, soit d’un bassin de rétention. Et elle retourne dans le cycle naturel après la fonte des neiges. Et il est faux de dire que nous ne réfléchissons pas à l’avenir: nous renforçons le business d’été, avec des installations comme des tyroliennes, des toboggans. Cependant, aujourd’hui, 80% des revenus des remontées mécaniques sont créés l’hiver.»

C’est une fuite en avant!

NICOLAS WÜTHRICH, porte-parole de Pro Natura

«Nous sommes très inquiets de cette montée en puissance des canons à neige. Il s’agit d’une véritable fuite en avant de la part des stations. Elles veulent de plus en plus garantir l’enneigement à leurs visiteurs, alors que cette position est de plus en plus difficile à tenir. Toutes les prévisions le disent: sous l’effet du réchauffement climatique, à moyen et long terme, il faudra aller de plus en plus haut pour trouver de la neige. Pourtant, le ski alpin reste la raison d’attractivité numéro un des stations qui ne réfléchissent pas suffisamment à une reconversion et à des alternatives. Il faut concevoir autrement le tourisme dans les Alpes. On se demande s’ils’agit vraiment d’une demande des touristes. Personnellement, skier sur une bande blanche au milieu de l’herbe ne m’intéresse pas. Les conséquences de l’utilisation des canons sur l’environnement sont aussi dramatiques. Ils consomment entre 600 000 et 1,5 million de litres d’eau par hectare de piste. Sans compter les 5000 à 27 000 kWh d’électricité également nécessaires. Au total, l’énergie utilisée en Suisse pour l’enneigement artificiel représente la consommation de milliers de ménages. En outre, un kilomètre d’installation d’enneigement technique exige des investissements d’un million, financés en grande partie par les impôts. Notre société ne peut pas se permettre de tels coûts.»

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Le recours aux canons à neige est de plus en plus massif dans les stations de sports d’hiver suisses. Alors que la surface recouverte de neige artificielle n’était que de 5% en 2000, elle représente aujourd’hui 39% du total des pistes. Soit près de 86 km2 selon Remontées mécaniques suisses, l’association de la branche. Au cours de la saison 2010-2011, ce ne sont pas moins de 45 millions de francs qui ont été investis dans des installations d’enneigement technique. Des chiffres qui devraient continuer à augmenter ces prochaines années.

«L’enneigement mécanique est une assurance-vie», estime Eric Balet, directeur de Téléverbier (VS), qui a commencé à s’équiper dès le début des années 1980 et qui investit encore. La station de Moléson (FR) va, elle aussi, franchir le pas. Elle cherche à se doter de canons à neige à l’horizon 2015. Pour Antoine Micheloud, directeur de l’office du tourisme, cet investissement de plus de 3 millions pour deux kilomètres de pistes se justifie par les écarts radicaux de températures rencontrés ces dernières années. Autre motif: les exigences de la clientèle.

«Auparavant, les gens étaient plus tolérants vis-à-vis des aléas de l’enneigement. Aujourd’hui, quand une station n’a pas les équipements nécessaires, c’est un frein à la réservation.» Eric Balet met en avant d’autres avantages: la protection des sols et la sécurité des skieurs. «Si des cailloux sortent, cela peut être dangereux.»

Thomas Egger, directeur du Groupement suisse pour les régions de montagne, se montre sceptique quant à la stratégie majoritairement choisie par les stations. «Le changement climatique est une réalité. Les canons ne peuvent être qu’une solution à court terme qui sert, au final, à nier le problème.» Pour lui, communes et stations doivent sérieusement réfléchir à l’avenir. Sinon elles risquent d’aller droit dans le mur. «Il faut aujourd’hui essayer de découvrir le marché de demain.

Et le trend de l’avenir, ce n’est pas la neige, excepté pour les stations de haute montagne. Il faut faire preuve de créativité, créer de nouvelles offres dans le tourisme hivernal, se diversifier.» Moléson entend ces arguments et ne compte pas se lancer dans une fuite en avant. La station a misé ces dernières années sur des activités d’été qui représentent aujourd’hui 50% de son chiffre d’affaires. En revanche, pour des stations comme Verbier, le tourisme d’été reste négligeable. «De mai à octobre, notre chiffre d’affaires est inférieur à un seul samedi de février. Les activités estivales ne sont qu’illusion!» s’exclame Eric Balet.

Créé: 18.12.2013, 07h06


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