Vendredi 30 septembre 2016 | Dernière mise à jour 10:16

Coup de gueule des hôpitaux universitaires «Le financement hospitalier actuel est inadmissible!»

Pour le directeur financier du CHUV, Oliver Peters, le système de forfait par cas introduit un désavantage concurrentiel entre les petits hôpitaux et les centre de soins universitaires. Interview.

Urs Birchler (à gauche), directeur des finances de l'Inselspital de Berne, en discussion avec Oliver Peters, son homologue du CHUV

Urs Birchler (à gauche), directeur des finances de l'Inselspital de Berne, en discussion avec Oliver Peters, son homologue du CHUV Image: Keystone

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Les Hôpitaux universitaires de Genève, Lausanne, Bâle, Berne et Zurich tirent la sonnette d’alarme. La structure tarifaire du nouveau financement hospitalier couvre insuffisamment les cas complexes et les coûts de la formation médicale. Il faut trouver des solutions et vite.

Selon leurs estimations, présentées jeudi à Berne, il va leur manquer 350 millions de francs. Car le système de forfait par cas (SwissDRG) ne reconnaît que 60% des différences induites par la sévérité des cas et des coûts. Or, les cas complexes et onéreux se concentrent justement dans les hôpitaux universitaires. Des hôpitaux de «derniers recours».

Les coûts de formation des médecins assistants sont aussi contestés par les assureurs. Là encore 150 millions vont manquer constatent les Hôpitaux universitaires de Genève, Lausanne, Bâle, Berne et Zurich.

Aussi, les hôpitaux universitaires demandent aux directeurs cantonaux de la santé, aux assureurs, mais aussi à l'Office fédéral de la santé et au nouveau ministre Alain Berset de permettre au plus vite l'application provisoire d'un prix de base séparé qui prenne en considération les exigences spéciales pesant sur la médecine universitaire. Décryptage d’Oliver Peters, directeur administratif et financier du CHUV à Lausanne.

C’est un véritable coup de gueule que poussent les hôpitaux universitaires?

Oliver Peters. Ce n’est pas encore un coup de gueule, c’est un bilan intermédiaire après quatre mois. Nous avons constaté que malheureusement parmi les assureurs et le monde politique la compréhension ne correspond pas à la réalité du système mis en place.

Aussi cette tarification permet à certaines cliniques de faire des bénéfices en pratiquant des spécialisations moins difficiles. A l’inverse, les hôpitaux universitaires prennent en charge les cas insuffisamment payés. Comment en est-on arrivé là?

OP.: La structure tarifaire provoque un déséquilibre parce qu’elle ne reconnaît pas suffisamment les cas lourds. Nous avons une structure des tarifs trop plate. On donne fatalement trop à ceux qui font des choses relativement simples. Et pas assez à ceux qui font des choses très compliquées.

Le report de cas lourds, et donc chers, sur les hôpitaux est à ce point important?

OP.: La statistique le démontre: les gens qui arrivent chez nous transférés d’un autre hôpital, dans le cadre d’un RDG (ndlr: cas réglé au forfait), ont une chance beaucoup plus grande d’être admis en urgence et de séjourner aux soins intensifs. Cela a un impact massif sur les coûts.

Nous avons des déficits de 40% sur la prise en charge des cas lourds dans les hôpitaux universitaires. Et des déficits moyens de 20% sur tous les cas médicaux. De l’autre côté, des marges de profit qui vont jusqu’à 15% ou 20% pour de la chirurgie élective (ndlr: interventions non urgentes et programmées) dans de petits hôpitaux. Ceci pour nous est inadmissible. Voilà la situation!

Ces 350 millions où va-t-on les chercher?

OP.: Jusqu’à maintenant ces 350 millions étaient payés par des tarifs différenciés selon la catégorie de l’hôpital. La seule chose que l’on demande est que l’on soit suffisamment intelligent pour continuer avec ce système différencié jusqu’à ce que le système soit en mesure de reconnaître la différence de lourdeurs des cas. (nxp)

(Créé: 26.04.2012, 13h52)

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