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Le lion fait encore rugir

Polémique

Le soutien de Franz Weber à l’initiative d’Ecopop suscite colère, surprise et embarras dans le monde politique. Face à la croissance économique, la croissance démographique s’invite dans la campagne.

Par Albertine Bourget. Mis à jour le 11.08.2012 69 Commentaires
Pour beaucoup, l’initiative soutenue par Franz Weber est «totalement floue et a des relents xénophobes». Ils pensent aussi qu’avec «les moyens colossaux dont dispose sa fondation Helvetia Nostra, l’initiative n’aura pas de peine à aboutir».

Pour beaucoup, l’initiative soutenue par Franz Weber est «totalement floue et a des relents xénophobes». Ils pensent aussi qu’avec «les moyens colossaux dont dispose sa fondation Helvetia Nostra, l’initiative n’aura pas de peine à aboutir».
Image: Florian Cella

«Moi, je m'en prends aux spéculateurs, pas aux étrangers»

Pourquoi apportez-vous soudain votre soutien à cette initiative?

C’est un soutien relatif. Tout simplement parce qu’on me l’a demandé, et c’est venu de tous côtés.

Qui plus exactement?

Oh, je ne me rappelle plus. C’était au téléphone. Et j’ai dit que je trouvais que c’était une bonne idée.

Qu’est-ce qui fait que c’est une bonne idée?

Il faut préserver la Suisse du bétonnage et de la surpopulation.

Pourquoi la surpopulation vous pose-t-elle problème?

Elle est un danger. Car elle menace la beauté de la Suisse, son tourisme, ses terrains cultivables et sa qualité de vie. Après la guerre, on était quatre millions d’habitants en Suisse et on disait déjà qu’on ne pourrait pas aller au-delà. Aujourd’hui, on est huit millions.

Pour cette initiative, le problème de la surpopulation est surtout lié à la présence d’étrangers sur le sol suisse. Vous cautionnez ça?

Je dois reconnaître que je ne connais pas l’initiative dans ses détails. Mais je n’ai rien contre les étrangers.

Pourtant, l’initiative est claire. Votre image d’écolo au grand cœur risque d’en prendre un coup, non?

Je n’ai jamais été de ma vie contre les étrangers, pas un quart d’heure! Par contre, je n’accepte pas ceux qui viennent pour spéculer et casser la beauté de la Suisse. C’est la vision d’un homme sensé. Il faut demander au Parlement et à la Confédération d’arrêter le massacre, c’est urgent!

Ne trouvez-vous pas que les propositions d’Ecopop
ont des relents xénophobes?


L’initiative dont vous parlez n’est pas mon combat. Mais je soutiens tout ce qui concerne la lutte contre le bétonnage complet de la Suisse. Je crois que cette initiative pose avant tout le problème de la surpopulation et c’est ça qui est important. Je m’en prends aux spéculateurs, pas aux étrangers. Il faut trouver des solutions.

Si ce n’est pas en empoignant le problème de l’immigration, comment? L’initiative parle aussi de limiter les naissances. Est-ce vraiment votre rôle de pénétrer dans l’intimité des familles?

Mais il ne s’agit pas de ça! Tout être sensé doit être pour un planning familial, que ce soit en Suisse ou n’importe où dans le monde. Je ne suis absolument pas pour l’avortement. Par contre, on peut toujours proposer une limitation des naissances en demandant aux gens de se contenir. Il faut faire preuve de sagesse avant tout. C’est grâce à elle que la Suisse peut être sauvée!

Et intégrer un parti pour mener ce combat, ça vous tente?

Absolument pas! J’ai toujours crié haut et fort que je ne serai d’aucun parti.

Brigitte Bardot, votre amie, a bien mélangé son combat écologiste et son goût pour le Front national…

Brigitte Bardot fait ce qu’elle veut. C’est effectivement une amie avec qui j’ai lutté pour sauver les phoques. Mais c’est tout, je ne me mêle pas de ses convictions politiques, je m’occupe uniquement de mes causes.

Avez-vous conscience du poids électoral que votre soutien donne à cette initiative?

Je ne sais pas. Je crois qu’on me surestime beaucoup. Je dis simplement une chose: il faut respecter la nature, dans l’intérêt de notre survie. Et freiner la surpopulation est un moyen pour y arriver. Si c’est vraiment le but de cette initiative, je ne peux pas être contre.

A 85 ans, n’est-ce pas votre combat de trop?

Non, je continue car j’ai encore tellement de choses à faire. Il faut trouver des issues à la spéculation. Il faut protéger l’avenir de nos enfants et l’image de la Suisse. Il faut protéger le tourisme et ses emplois, qui peuvent exister grâce à la beauté de la Suisse. L’âme de notre pays, c’est sa beauté! Enfin, ce qu’il en reste.

Propos recueillis par Stéphane Berney

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Il y a encore quelques jours, l’initiative «Stop à la surpopulation, pour la garantie des conditions de vie naturelles» ne disait pas grand-chose à grand monde. Cela, c’était avant que Franz Weber ne vienne lui apporter son soutien, d’abord exprimé dans le journal Der Sonntag fin juillet. Un sacré coup de projecteur pour ce texte qui, lancé il y a plus d’un an, peine à récolter les 100?000 paraphes nécessaires. Le soulagement est grand chez Ecopop, l’association derrière l’initiative. «Cela fait un moment que nous avions contacté Monsieur Weber, mais, pris par sa propre initiative (sur les résidences secondaires, ndlr), il ne nous avait pas répondu et nous en avions été très déçus. Il est encore trop tôt pour le constater, mais je suis persuadée que son appui va avoir une influence énorme, veut croire Anita Messere, responsable de la campagne en Suisse romande. Il a une telle aura! Surtout, c’est quelqu’un d’entier, pas un écologiste de façade!»

«Le combat de trop»

Voilà une campagne relancée grâce à un soutien qui provoque railleries… et tremblements. «M. Weber a bien sûr fait de bonnes choses, comme le Grandhôtel de Giessbach et la protection du Lavaux. Mais il n’a pas non plus gagné toutes les causes qu’il a défendues. On dit que l’appétit vient en mangeant, mais là, c’est clairement le combat de trop», lâche Christian Lüscher, vice-président du PLR. L’exaspération de Christophe Darbellay est palpable. «Quand je vois les moyens colossaux dont sa fondation Helvetia Nostra dispose, je n’ai en effet pas de peine à croire que cette initiative va aboutir. Le peuple tranchera», tempête le Valaisan. Pour le président du PDC, «dopé par son initiative, Franz Weber a rejoint les milieux les plus extrêmes, qui rassemblent tant la gauche de la gauche que la droite la plus dure. Cette initiative est totalement floue et a des relents xénophobes.» Le texte d’Ecopop, association d’intellectuels alémaniques, vise notamment à «limiter l’immigration nette en Suisse». Sur le papier, elle veut limiter la croissance démographique, et vu le faible taux de natalité en Suisse, c’est l’immigration qui est visée, en revenant notamment sur les accords bilatéraux. Au-delà des frontières, Ecopop demande à ce qu’au moins 10% des fonds de l’aide au développement soient consacrés à la planification familiale volontaire, afin de réduire les taux de natalité.

En proposant de limiter l’immigration, le texte fait forcément penser à l’initiative de l’UDC «contre l’immigration de masse» (voir notre chronique en page 15). Déposée en février dernier, elle a déjà recueilli ses 100?000 suffrages. Chez les Verts «de façade», l’embarras le dispute à la stupeur. Sur le plan médiatique, Franz Weber a un peu plus de poids que les obscurs Verts et autres chercheurs alémaniques qui constituent Ecopop. Cette semaine, Antonio Hodgers a raillé «l’écolo-nationalisme» de Franz Weber. La vice-présidente Adèle Thorens s’avoue «surprise et déçue» par la prise de position d’un homme dont elle admire nombre de combats. «Si Franz Weber met en place sa machine de guerre, il est fort possible que son soutien s’avère décisif, admet la conseillère nationale vaudoise. Je le regrette d’autant plus que cette initiative en conforte beaucoup dans l’idée que quand on a un problème, ce sont les migrants qui doivent porter le chapeau. Cela amène de l’eau au moulin de l’UDC.» Même son de cloche chez la socialiste Ada Marra. «Le danger, c’est que cette initiative soit désormais vue comme angélique, alors qu’elle renforce l’image négative de l’apport des étrangers qui font pourtant croître le PIB du pays.» Visionnaire ou réactionnaire, Franz Weber est en tout cas pour Oskar Freysinger, «le premier écolo cohérent» qu’il ait rencontré. Le vice-président de l’UDC a déjà soutenu la fondation, et c’est la fille de Franz Weber, Vera, qui a préfacé son dernier ouvrage paru en allemand. Anita Messere rejette, elle, tout penchant xénophobe. «Mon problème, c’est ce que sont devenus Andermatt, Verbier ou Gstaad! Non mais regardez la station d’Aminona! Je vous parle de qualité de vie, de protéger le territoire!» proteste-t-elle.

Croissance contre croissance

Les Vert’libéraux n’ont pas encore pris position sur l’initiative. Mais si Isabelle Chevalley se dit en désaccord avec le côté «jusqu’au boutiste» de Franz Weber, elle estime que l’initiative a «le mérite d’exister». «Les Valaisans poussent les hauts cris quand on touche à leurs résidences secondaires, mais quand on sera 10 ou 12 millions, il n’y aura plus de place du tout en Suisse!» L’annonce toute récente que le pays avait officiellement franchi le cap des 8 millions d’habitants a réveillé le spectre d’une Suisse au bord de l’étouffement, source de fantasmes et de craintes. Et chacun de mêler les questions de croissance, y compris démographique, à ses propres combats. «Sans croissance, il n’y a simplement pas de prospérité», lance Christian Lüscher. Taclé il y a quelques années pour avoir lié croissance démographique et pressions environnementales, le Vert zurichois Bastien Girod se distancie de l’initiative Ecopop qu’il juge «trop radicale», mais dénonce «la schizophrénie des partis bourgeois et notamment de l’UDC, qui veut lutter contre l’immigration mais en accélère les causes et rejette les mesures d’accompagnement». Lui estime qu’il faut «arrêter d’attirer toutes les entreprises étrangères en Suisse, comme c’est le cas à Fribourg et ses cadeaux fiscaux». De la même manière, si les «vieilles rengaines à la Schwarzenbach» laissent Roger Nordmann indifférent, le socialiste vaudois embraie avec appétit sur le dumping fiscal et l’attrait économique de la Suisse. De quoi faire s’arracher les cheveux à Christophe Darbellay. «Quand un pays surmonte la crise comme nul autre, on peut lui inventer des problèmes tant qu’on veut.» Pour beaucoup, l’initiative soutenue par Franz Weber est «totalement floue et a des relents xénophobes». Ils pensent aussi qu’avec «les moyens colossaux dont dispose sa fondation Helvetia Nostra, l’initiative n’aura pas de peine à aboutir». (Le Matin)

Créé: 11.08.2012, 23h00

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69 Commentaires

Alain Merly

12.08.2012, 01:19 Heures
Signaler un abus 89 Recommandation 0

Nous sommes déjà victime de la surpopulation. Jamais entendu parler de la crise du logement ? Bravo à Franz Weber de voir et de parler plus clair que les verts de façade et tant pis pour les politicards inactifs qui profitent de la pénurie actuelle de logement (Lüscher et ses immeubles) et qui critiquent ceux qui agissent pour améliorer les choses. Répondre


John Mac John

12.08.2012, 09:43 Heures
Signaler un abus 73 Recommandation 0

L'excuse de la xenophobieest d'une hypocrisie totale car la surpopulation fait bien plus de dégat que la pseudo xenophobie en suisse. Ce n'est pas la Suisse qui absorbe les étrangers, ce sont les étrangers qui absorbe la Suisse et il n'est juste pas possible de mettre le reste du monde en SUisse. Vouloir vivre moins nombreux mais mieux n'a rien à voir avec de la xenophobie, c'est juste humain. Répondre



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