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Le non à l'EEE a «aliéné les deux parties du pays»

Adhésion à l'Europe

Le 6 décembre 1992, les Suisses alémaniques ont envoyé aux oubliettes l'adhésion de la Suisse à l'Espace économique européen (EEE). Entretien 20 ans après avec le journaliste et pro-européen Jacques Pilet.

Mis à jour le 29.07.2012 7 Commentaires
Le journaliste Jacques Pilet.

Le journaliste Jacques Pilet.
Image: Keystone

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Un cri a résonné à travers la Suisse romande après la votation: «EEE: la déchirure», titrait 24 heures. «Dimanche noir», écrivait L'Hebdo, tandis que La Liberté s'exclamait: «La Suisse s'est brisée ce 6 décembre».

Deux jours après le vote, dans un éditorial, Jacques Pilet adoptait des tonalités plus conciliantes: «Il est illogique de revendiquer dans les discours les atouts d'un pays pluriculturel et d'attendre de toutes les communautés un comportement homogène. N'allons pas culpabiliser quand nous divergeons», écrivait-il dans Le Nouveau Quotidien.

Aujourd'hui, dans un entretien, il se souvient: «En Suisse romande, à l'époque, les réactions ont été très émotionnelles». Les chiffres montrent clairement pourquoi: alors que plus de 70% des Romands ont voté oui, une majorité alémanique était contre, pour un résultat final de 50,3% de non.

Pas la Belgique

Deux cultures ont alors émergé, «celle du repli nostalgique, de la peur xénophobe, de l'utopie hyperpatriotique», et celle des gens «qui connaissent déjà la réalité européenne d'aujourd'hui, dure dans la compétition mais porteuse aussi d'espoirs et de solidarités», comme l'écrivait Jacques Pilet dans son éditorial.

La frontière entre ces deux conceptions ne suit pas celle du röstigraben, soulignait le journaliste, mais une attitude différente est perceptible aujourd'hui encore entre les deux régions linguistiques, selon lui.

«La raison en est le statut de minorité des Romands», note-t-il. «Avec l'adhésion à l'EEE, les Alémaniques pouvaient craindre une certaine perte de pouvoir. Nous pas. Nous sommes habitués à nous accorder à l'amiable avec autrui».

Déçu par le non, l'europhile a malgré tout plaidé pour le dialogue dans Le Nouveau Quotidien: «N'allons pas commencer un interminable et stérile psychodrame à la manière belge ou canadienne». Les choses n'étaient pas aussi graves, mais le non à l'EEE a néanmoins aliéné les deux parties du pays, dit il aujourd'hui.

Suisse romande renforcée

En même temps, le oui exprimé en commun par les Romands les a renforcés. Depuis, un sentiment d'appartenance s'est développé, estime Jacques Pilet, qui cite comme exemple l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, perçue comme une haute école romande.

A l'époque, le journaliste espérait encore un renversement d'opinion de l'autre côté du röstigraben. Si l'on concentrait les forces sur quelques cantons, une majorité pourrait être créée: «Pour quel objectif? Cessons de tourner autour du pot. Il n'y en a qu'un: l'adhésion», écrivait-il. Aujourd'hui, Jacques Pilet en rit: «Là, j'étais un peu optimiste».

En effet, avec le temps, les Romands ont adopté la voie euro-sceptique des Alémaniques, notamment en raison de la progression de l'UDC en Suisse romande. Le changement s'est manifesté clairement en 2001 lors de la votation sur l'initiative «Oui à l'Europe», rejetée par les 26 cantons.

Ensuite, la voie bilatérale s'est imposée, et lors de tous les votes sur celle-ci, le soutien était plus élevé en Suisse romande qu' outre-Sarine. Cette voie a fait ses preuves, reconnaît l'homme de presse: «La Suisse a pu en récolter les fruits au cours de la décennie écoulée. Mais maintenant elle est devenue un fétiche et se trouve dans une impasse», estime-t-il.

Une cicatrice qui démange

La Suisse doit être consciente que dans la nouvelle Union européenne (UE), cette voie est épuisée. «Il y a un déni de réalité», selon lui. A long terme, Jacques Pilet ne voit qu'une issue: l'adhésion à l'UE. La Suisse ne doit pas rester un pays satellite muet, elle doit pouvoir participer aux décisions.

Dans son éditorial du 8 décembre 1992, il disait craindre que si les Romands ne parvenaient pas à faire changer les Alémaniques d'opinion, la cicatrice du 6 décembre ne cicatrise jamais. Et aujourd'hui, est-elle cicatrisée? «Oui», répond Jacque Pilet, «mais parfois elle démange encore».

(ats/Newsnet)

Créé: 29.07.2012, 09h27

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7 Commentaires

yann Gindroz

29.07.2012, 10:12 Heures
Signaler un abus 10 Recommandation 0

Mais rien compris le gars, autant en 92 nous en voulions peut-être au toto mais là c'est plutôt à nous de les remercier de nous avoir empêcher de finir de la future UE. Avec le temps et les coms que je vois sur ce site je suis sur que si nous devions la revoter tlm voterait non. Avec le recul je le redis mais les romands n'en veulent pas au suisse-allemand et je dirais même merci pour une fois. Répondre


Georges Alexandre

29.07.2012, 11:09 Heures
Signaler un abus 5 Recommandation 0

L'UDC s'est installée sur le non à l'EEE comme dans un coffre.fort dont elle tente toujours d'exploiter indument les dividendes. Pourtant, le stade actuel des accords bilatéraux n'est pas loin de ressembler à l'EEE, mais il a fallu des années de négociations qui ont coûté très cher. Et surtout, on se retrouvant seule, sans le soutien de l'UE,la Suisse a été en butte aux attaques de tous ceux qui lui envient son rôle financier. Répondre



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