Samedi 3 décembre 2016 | Dernière mise à jour 20:00

Entreprises Les écarts salariaux se sont réduits en 2011

Travail.Suisse a constaté l'an passé une réduction des écarts salariaux entre la rémunération moyenne au sein de la direction et le salaire le plus bas. Mais au cours des dix dernières années la différence s'est creusée.

Les baisses les plus marquées reviennent aux deux grandes banques UBS et Credit Suisse, a indiqué Travail.Suisse.

Les baisses les plus marquées reviennent aux deux grandes banques UBS et Credit Suisse, a indiqué Travail.Suisse. Image: Keystone

Le cartel des très hauts salaires se maintient

Pour Travail.Suisse, il s’agit d’un clan de 41 dirigeants d’entreprises helvétiques gagnant plus de 100 fois plus que leurs employés les moins bien pourvus en termes de rémunérations.

La tête de liste de ce classement revient au directeur général de Novartis, l’Américain Joseph Jimenez, l’homme qui a voulu fermer le site du géant pharmaceutique bâlois à Nyon (VD).

Avec 15,7 millions de francs en 2011, il a perçu 266 fois plus que le salaire le plus bas du groupe, soit 59’000 francs, a indiqué lundi Travail.Suisse.

Novartis figure aussi à la 3e place avec son président Daniel Vasella (13,5 millions et un écart de 1 à 229), un habitué du cartel. La 2e marche revient à Ernst Tanner, patron et président des chocolats Lindt & Sprüngli.

Ses 10,7 millions lui assurent un traitement 230 fois plus important que ses collaborateurs de base.

Un jour pour un an

Avec un rapport supérieur à 1:200, on trouve le directeur général du groupe alimentaire Nestlé, le Belge Paul Bulcke (11,2 millions de salaire en 2011 et 1:215), celui du groupe pharmaceutique Roche, l’Autrichien Severin Schwan (12,6 millions et 1:213) et celui de l’industriel ABB, l’Américain Joe Hogan (9,4 millions et 1:208).

A plus de 200, l’écart entre plus haut et plus bas salaires signifie en gros qu’un de ces directeurs généraux peut en théorie se contenter de travailler un jour pour gagner ce que l’employé de base perçoit pendant un an de labeur. On compte en effet que le nombre de jours de travail se situe à 240 par an.

Les excès relevés dans les années 2006 à 2009, soit celles d'avant la crise financière, paraissent toutefois, pour l'heure du moins, bien éloignés.

En 2009 par exemple, le patron du Credit Suisse, l’Américain Brady Dougan, avait engrangé un salaire 1812 plus élevé que le plus bas niveau de rémunération de la banque.

Loin du raisonnable

La même année, Daniel Vasella, en arborant encore la double casquette de directeur général et de président, avait encaissé 1752 fois plus que son collaborateur le moins bien payé.

En 2006-2007, Marcel Ospel (UBS), Franz Humer (Roche) et Peter Brabeck (Nestlé) affichaient des écarts respectifs de 1:554, 1:400 et 1:416.

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«Nous avons observé une certaine stabilisation», a relevé lundi à Berne Martin Flügel, président de la centrale syndicale. Mais l’écart salarial demeure «démesuré», sachant que parfois l’employé de base devrait travailler plus de 200 ans pour percevoir l’équivalent du salaire d’un directeur général (CEO).

Travail.Suisse a constaté une diminution de l’écart salarial dans 18 des 27 entreprises analysées, selon les résultats 2011 de son étude sur les salaires des managers que le syndicat menait pour la huitième fois. Les baisses les plus marquées sur un an reviennent aux deux grandes banques UBS et Credit Suisse.

Le cas Lindt

Le recul s’explique par le fait que les deux géants bancaires ont dégagé des bénéfices en forte contraction (-44% pour UBS et -62% pour Credit Suisse). L’ Autorité de surveillance des marchés financiers (FINMA) a aussi joué un rôle, estime Travail.Suisse, grâce à l’exigence de rééquilibrage des rémunérations variables.

Dans les cas de l’opérateur télécoms public Swisscom, du fabricant de machines pour l’emballage Bobst, du groupe alimentaire Nestlé et de l’assureur Bâloise, l’évolution de la performance s’est «légitimement» répercutée sur les salaires des directions générales, décrit Travail.Suisse.

Le chocolatier Lindt & Sprüngli ainsi que les industriels Ascom et Oerlikon entrent aussi dans la catégorie. Le cas du premier apparaît toutefois particulier: d’un côté son patron et président Ernst Tanner «pousse avec obstination» sa rémunération avec plus de 10,7 millions de francs, soit 230 fois le salaire le plus bas.

De l’autre, l’inclusion du traitement des quatre membres de la direction élargie du groupe zurichois, bien moins payés, fait diminuer le salaire moyen. Chez Ascom, le seul départ du directeur général Riet Cadonau a entraîné une réduction substantielle du salaire moyen au sein de la direction de l’entreprise bernoise.

Sept mauvais élèves

A l’inverse, Travail.Suisse pointe du doigt sept mauvais élèves pour avoir accru leur écart salarial de référence. Il s’agit de l’horloger Swatch Group, du géant pharmaceutique Novartis, du voyagiste Kuoni, des assureurs Swiss Life et Helvetia ainsi que des grands distributeurs Migros et Coop.

La centrale syndicale, qui compte 170’000 membres, s’inquiète au passage de la dérive de ces «entreprises normales» qui se sont visiblement lancées dans une course poursuite. Les écarts salariaux y ont explosé. Chez Implenia (construction), l’écart a bondi de 225% depuis 2002 pour afficher désormais un rapport de 1 à 24.

Kuoni (+180% pour un rapport de 1 à 36), la pharma Lonza (165%, 1 à 24) et Bâloise (+126%, 1 à 31) ne sont pas les moins actifs au rattrapage. Pour le surplus, l’évolution de la médiane prouve une tendance que Travail.Suisse voit comme un virus contagieux, avec une valeur moyenne passée de 1:18 à 1:36 depuis 2002.

Au cours des dix dernières années, il apparaît que les salaires des membres de direction de groupe ont augmenté en moyenne de 56%. En comparaison, sur la base de l’indice des salaires, les rémunérations réelles de l’ensemble des travailleurs n’ont, elles, progressé que de 5% sur la même période.

Des mesures

L’occasion pour Travail.Suisse de condamner un phénomène à même de «mettre en danger les vertus reconnues des salariés en Suisse comme le sérieux, la modestie, la déférence et la loyauté». Martin Flügel a appelé à l’instauration de mesures pour corriger des chiffres qui à ses yeux demeurent pour le moins excessifs.

Le président de Travail.Suisse a évoqué trois priorités: le vote par les actionnaires des rémunérations des dirigeants des grandes entreprises, la représentation du personnel dans les conseils d’administration et la protection des salaires dits normaux (ceux des employés).

(ats/nxp)

(Créé: 25.06.2012, 09h58)

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