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«Pas de tests génétiques pour créer des bébés sauveurs!»

Diagnostic préimplantatoire

Débat vif et émotionnel en vue. Le Conseil fédéral entrouvre la porte au diagnostic préimplantatoire (DPI). Cette possibilité restrictive proposée par le Conseil fédéral est équilibrée, affirme Alain Berset. Interview.

Par Xavier Alonso. Mis à jour le 28.06.2012

"J’ai beaucoup de respect et une certaine retenue face à ce débat", glisse Alain Berset.
Image: Keystone

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Le diagnostic préimplantatoire (DPI) devrait être autorisé pour les couples qui risquent de transmettre une maladie héréditaire grave à leur futur enfant. Le Conseil fédéral veut entrouvrir cette possibilité. D'ici au printemps prochain, le Département fédéral de l'intérieur (DFI) est chargé d'élaborer un projet de loi. «La réglementation telle que nous la prévoyons ne concernera pas plus de 100 cas par année», a précisé Alain Berset qui s’attend à un vif débat.

Mais le ministre de la Santé entend dépassionner le débat et surtout précise que les autorisations seront inscrites dans un cadre strict, limité à des cas de maladie génétique où le danger est très élevé pour les enfants à naître, comme la mucoviscidose ou l'amyotrophie spinale. Comme ce changement de loi nécessite aussi une modification de la Constitution fédérale, une votation populaire est hautement probable.

Pourquoi légiférer aujourd’hui sur le diagnostic préimplantatoire?

Alain Berset: Le diagnostic préimplantatoire est aujourd’hui complètement interdit. Cette technique existe et permet, dans des cas ou des maladies très graves peuvent être envisagées, qu’on puisse les détecter avant que l’embryon soit en développement dans le corps de la mère. Et c’est la raison pour laquelle le Conseil fédéral souhaite ouvrir cette possibilité. Mais avec des conditions très strictes, parce que très vite, la question de l’eugénisme se pose. Le pas est important. Mais il sera très bien encadré de manière à ce qu’il y ait des majorités qui puissent accepter ce pas.

Vous craignez des dérives?

Il se peut toujours que certaines personnes souhaitent recourir à ces techniques pour des raisons de confort. En aucun cas, le Conseil fédéral souhaite qu’il soit, par exemple, possible de faire des tests génétiques préimplantatoires avec l’objectif de la création de bébés sauveurs ou d’autres types de développements eugéniques.

Des maladies génétiques comme la trisomie 21 ne sont explicitement pas prises en compte dans votre projet. Pour quelles raisons?

L’idée est de permettre aux couples qui ont des maladies génétiques graves d’avoir accès au diagnostic préimplantatoire. Cela peut éviter la naissance d’enfants porteurs de maladies tellement graves que leur capacité de survie est très réduite ou alors que les souffrances endurées seraient insupportables. Mais cette possibilité est liée évidemment au fait qu’il y a des indices qui permettent d’imaginer qu’il y a des maladies très graves. Dans le cas de la trisomie 21, dans la plupart des cas, il n’y a pas d’indice. Et l’idée n’est certainement pas d’ouvrir largement à tous les couples la possibilité de faire des tests de ce type-là. De manière justement à éviter toute dérive eugénique.

Vous insistez sur le côté pragmatique. Pourtant, les oppositions des milieux religieux, et de certains partis dont le PDC, sont fortes. Le débat s’annonce vif?

C’est un débat devant lequel j’ai beaucoup de respect. Il touche à des choses sensibles, en lien avec des convictions personnelles comme avec des questions médicales, éthiques. Ce débat, par nature, va être émotionnel. J’ai donc beaucoup de respect et une certaine retenue, au moment de développer de proposition. Une retenue car nous sommes en présence d’avis très différents. Cela dit une très large majorité des organisations consultées sont favorables à ce pas. Même certains auraient voulu que le Conseil fédéral aille nettement plus loin. Le Conseil fédéral n’a pas souhaité le faire.

Qui et sur quels critères allez-vous déterminer les maladies génétiques qui pourront être détectées?

Il va y avoir évidemment dans les prochains mois, avec la préparation du message, l’élaboration de critères par l’Office fédéral de la santé publique. Ils seront ensuite avalisés par le Conseil fédéral et un débat au parlement. Le vrai problème auquel on est confronté est celui de la délimitation. Pourquoi est-ce qu’on tiendrait compte de telle maladie et pas de telle autre? C’est très délicat. On ne peut pas tout autoriser.

Il y aura votation populaire puisque il y aura modification de la Constitution. Comment imaginez-vous dépassionner le débat?

Il faudra expliquer qu’il est possible de faire. Et expliquer pour quelles raisons ce pas est nécessaire aujourd’hui. Je crois qu’il y a de très forts arguments qui vont vers une ouverture au diagnostic préimplantatoire. Mais il y a aussi de très bons arguments qui plaident pour l’ouverture restrictive. Exactement la position du Conseil fédéral.

La question religieuse va jouer un rôle fondamental. Mme Sommaruga, femme de gauche grandie dans un milieu très croyant, s’était ainsi abstenue par le passé sur ces questions. Vous-même, Fribourgeois sans doute empreint de cette culture catholique, intégrez-vous cette composante dans votre réflexion?

Il y a beaucoup d’éléments qui jouent un rôle dans ma réflexion. Des éléments de nature éthique, sociale et j’ai aussi connaissance des éléments de nature religieuse. Toutes jouent un rôle. Ensuite, il y a une pesée des intérêts à faire et un équilibre à trouver. La décision du Conseil fédéral propose un équilibre dont je suis très heureux. Je crois qu’avec notre proposition, nous pouvons envisager des majorités qui intègrent l’ensemble des paramètres, y compris les religieux. (Newsnet)

Créé: 28.06.2012, 12h41

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