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Physicien condamné: «Je redémarre de zéro»

Exclusif

Condamné en mai pour terrorisme, Adlène Hicheur, ex-physicien du CERN et de l’EPFL, est désormais libre et tente de rebondir. Nous l’avons rencontré hier à Genève.

Par Laurent Grabet. Mis à jour le 12.07.2012
Adlène Hicheur, croqué ici lors de son procès, refuse d’être photographié: «Je suis encore fragile et la médiatisation m’a déjà fait beaucoup de mal ainsi qu’à ma famille.»

Adlène Hicheur, croqué ici lors de son procès, refuse d’être photographié: «Je suis encore fragile et la médiatisation m’a déjà fait beaucoup de mal ainsi qu’à ma famille.»
Image: AFP

Une bavure de l'antiterrorisme français?

Vous clamez votre innocence: alors pourquoi ne pas avoir fait appel de votre condamnation?

J’aurais dû rester encore des mois en prison en attendant un nouveau procès. Après dix jours de réflexion, j’ai choisi un peu à contrecœur de sauver les meubles. Ma famille était vraiment usée, et ma santé physique et psychique aussi. Et puis il n’y a pas lieu de demander justice à une institution qui n’avait cessé de se décrédibiliser dans cette affaire.

Certains des e-mails qu’on vous reproche contenaient des opinions problématiques. Les regrettez-vous?

(Il hésite). Non, car la violence que j’ai subie en retour est sans commune mesure avec ce qui n’était que des propos. Qui plus est soigneusement sélectionnés au milieu de centaines d’autres pour faire un tout cohérent collant au scénario du loup solitaire terroriste. Dans les conversations privées de tout un chacun, on peut parfois trouver des excès. S’ils deviennent condamnables, il va falloir mettre du monde en prison!

Les enquêteurs se seraient acharnés sur vous sans raison?

Côté français, il n’y a eu qu’une volonté de broyer un individu, d’en faire une victime expiatoire dans un contexte politique qui le demandait. Le ministre de l’Intérieur de l’époque avait même osé faire une sortie médiatique m’étant défavorable en pleine garde à vue. Les Suisses, qui de leur côté avaient mené leur enquête, ont été carrés. Ils ont rassemblé les pièces, m’ont écouté et finalement blanchi. C’était une véritable quête de vérité.?

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«Aujourd’hui, je veux transcender mon amertume pour me reconstruire.» Le 4 mai, Adlène Hicheur était condamné à 5?ans de prison pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, après avoir échangé des e-mails jugés prodjihadistes avec un internaute présenté comme un membre d’Al-Qaida au Maghreb islamique (ndlr: ce qui n'a jamais pu être prouvé). Hier, par le jeu des remises de peine, nous avons pourtant rencontré le physicien franco-algérien, en homme libre, à Genève.

Toujours sur écoute

«Le matin du 15 mai, on m’a dit que je sortirais très prochainement, explique-t-il. Le soir même, ma sœur venait me chercher devant la prison. Je n’ai pas eu le temps de saluer mes camarades de détention. En un sens, ça a été aussi violent que mon arrestation deux ans et demi plus tôt.» Depuis, Adlène Hicheur est revenu deux fois en Suisse. Hier, il s’y trouvait de nouveau. «Pour reprendre contact avec des ex-collègues, les remercier de leur soutien et relancer, à leur contact, l’émulation intellectuelle qui a toujours été mon moteur et qui s’était ralentie en prison», explique-t-il.

Au cours de notre entrevue, plusieurs scientifiques le saluent. Tous sont heureux de voir le surdoué de 35?ans réintégrer leurs rangs. Mais, malgré les apparences, c’est encore loin d’être le cas. «Je redémarre de zéro. Rebondir dans la physique des particules sera difficile. L’ampleur du défi m’effraie parfois, mais je refuse de sortir brisé de cette affaire. Si je ne retrouve pas de poste dans mon domaine, je réussirai dans d’autres.»

En retrouvant la liberté, le physicien a réalisé l’étendue des dégâts engendrés par son arrestation. «Ma famille a dû se réorganiser autour de moi, et notamment ma mère, dont la santé a décliné suite à tout ça. Aujourd’hui, je n’ai plus ni logement, ni boulot, ni source de revenu. J’ai droit à des indemnités en tant qu’ancien détenu, mais je les refuse par principe et je préfère loger chez mes parents, même si le téléphone y est encore sur écoute.» Le scientifique repousse la dépression qui guette et l’amertume qui s’est abattue sur lui. «Je veux la transcender. Ma foi m’y aide comme en prison, mais c’est dur.»

Soutenu par un indépendantiste

Au moment de son arrestation, les longues années d’études et de sacrifices commençaient à payer. La récente découverte du boson de Higgs aurait dû être un peu la sienne aussi puisqu’il y avait travaillé. «Cette annonce m’a réjoui, tout en me donnant un pincement au cœur. J’avais pas mal de projets scientifiques en cours quand tout a basculé. Une collaboration avec un institut du Moyen-Orient, que j’avais initiée, commençait à prendre forme. J’avais réussi à allier enseignement et recherches. Et, là, il faut repartir de zéro.»

A Fresnes, l’une des prisons les plus dures de France «conçue pour casser», dans sa cellule de 9?m2, voisine de celle de l’indépendantiste corse Yvan Colonna (condamné pour l’assassinat du préfet Erignac), Adlène Hicheur a appris l’espagnol et énormément lu pour ne pas se laisser distancer par la science qui avançait sans lui. Là-bas, il a beaucoup appris sur la psychologie et la nature humaine. Derrière les murs, les conventions sociales tombent et les susceptibilités sont exacerbées. «On est en mode survie comme dans certaines émissions de télé-réalité. Mais il y a aussi de la camaraderie. Plusieurs détenus étaient dégoûtés pour moi. Ils me disaient: «T’as étudié et travaillé toute ta vie pour rien. Nous, on est là pour quelque chose et c’est dur. Alors, pour toi, ça doit être horrible.»

Serein devant Dieu

Si Adlène Hicheur a tenu le coup, c’est notamment grâce aux soutiens qui se sont rapidement manifestés. Le sociologue genevois Jean Ziegler et le Prix Nobel de physique Jack Steinberger en faisaient partie. «Mais il y a surtout eu ma famille, de nombreux collègues, dont Jean-Pierre Lees, mon directeur de thèse, insiste le physicien. Et puis, tout simplement, ces gens qui, eux aussi, m’ont écrit et ont su dépasser la manipulation sécuritaire qu’on voulait leur faire avaler. Comme mes amis d’enfance, mon kiné ou même mon facteur.»

Adlène Hicheur sourit. Il est amaigri, affaibli mais semble serein malgré tout. «Devant Dieu, je suis clair, assène-t-il. En me condamnant coûte que coûte sur de simples opinions et un dossier monté de toutes pièces, les juges ont voulu me briser. Je ne me laisserai pas faire.» (Le Matin)

Créé: 12.07.2012, 09h21

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