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Saab doit contrôler lui-même ce que vaut son Gripen

Avions

Les données des essais en vol des 3 et 4 mai n’ont toujours pas été transmises en Suisse. Les résultats seraient décevants. Peu importe: les spécialistes helvétiques ont été mis au placard et c’est le constructeur suédois qui a été chargé lui-même de cette analyse.

Par Titus Plattner. Mis à jour le 23.09.2012 8 Commentaires
Saab peut analyser lui-même si son avion répond aux exigences helvétiques.

Saab peut analyser lui-même si son avion répond aux exigences helvétiques.
Image: Keystone

Les concurrents sont prêts pour un plan B

Dans une lettre adressée au Conseil fédéral le 17 septembre dont «Le Matin Dimanche» a obtenu une copie, l’avionneur français propose différente variantes pour son Rafale. «Pour 22 avions, écrit Dassault, nous serions en mesure de proposer une solution pertinente dans un budget proche de 3,126 milliards de francs.» Une autre variante, à 18 avions, coûterait 2,9 milliards et inclurait tous les éléments demandés par la Suisse. Pour 2,7 milliards de francs, Dassault propose le même nombre d’avions, mais sans la capacité air-sol, la reconnaissance et les simulateurs, qui pourraient être acquis plus tard. Pour 2,2 milliards de francs, le groupe français propose 12  Rafale, avec toutes les capacités ainsi que le simulateur, «avec une efficacité opérationnelle comparable à celle de 22 Gripen».

Ces variantes avaient toutes été discutées lors du processus de sélection. Mais elles avaient été écartées dans le dernier appel d’offres, pour ne garder que la variante à 22 avions. Selon la sous-commission, cela a privilégié l’avion le moins cher, le Gripen. En conclusion de ce courrier de trois pages, le groupe français souhaite «avoir la possibilité de soumettre officiellement une nouvelle offre dans le cadre d’une réouverture du processus de sélection». Cette requête avait déjà été formulée au mois de juin par l’autre avionneur en lice, EADS. Pour 2,2 milliards, ce dernier propose 16 avions neufs ou 22 avions d’occasion. Et 33 jets d’occasion pour 3,2 milliards.

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La Confédération a demandé au groupe suédois Saab d’analyser les données des vols d’essais menés par des Suisses sur le futur Gripen. Les 3 et 4 mai à Linköping, les pilotes suisses avaient pu tester pour la première fois le démonstrateur du Gripen E, avec le nouveau réacteur. Mais l’équipe helvétique n’a pas pu emporter les disques durs contenant toutes les mesures faites durant ces deux jours. Et cinq mois plus tard, celles-ci ne sont toujours pas arrivées en Suisse, a appris «Le Matin Dimanche».

Dans une prise de position écrite, le Département de la défense (DDPS) s’explique: «Les données de vol étaient transmises via télémétrie aux ingénieurs au sol. Sur la base de ces informations, les vols ont pu être qualifiés de succès. Saab a été mandaté pour effectuer une analyse détaillée des données brutes.» Celle-ci sera présentée fin septembre à l’équipe d’essai suisse, ajoute le DDPS. La date exacte n’est pas encore fixée.

En clair, le constructeur suédois qui veut vendre son avion pour 3,1 milliards de francs à la Suisse peut analyser lui-même si son avion répond aux exigences helvétiques.

Cette manière de faire étonne beaucoup Thomas Hurter (UDC/SH), le président de la sous-commission chargée d’évaluer le processus d’acquisition des avions: «J’entends ça pour la première fois. Si c’est exact, cela contredit toutes les règles de corporate governance. Un constructeur ne peut pas contrôler lui-même les progrès de son futur avion.» Son collègue Yvan Perrin (UDC/NE) a carrément des doutes sur la fiabilité d’une telle autoanalyse. «Je peux m’imaginer que le constructeur soit tenté de cacher d’éventuelles faiblesses de l’avion», estime-t-il. Mais cela n’inquiète pas vraiment le DDPS. Selon lui, «seul Saab dispose des compétences et des moyens techniques pour ce genre d’analyse». Egalement membre de la sous-commission, Pierre-Alain Fridez (PS/JU), n’y croit pas. Il s’étonne que ces données n’aient pas été confiées aux Forces aériennes suisses, qui disposent d’une équipe d’ingénieurs pour cela: «Curieux que ceux qui ont commencé le travail en 2008 pour les trois avions ne continuent pas.»

Selon nos informations, l’équipe d’essai et d’évaluation opérationnelle (OT & E) basée à Payerne devait effectivement procéder à cet examen à l’origine. Mais depuis la publication des rapports confidentiels des Forces aériennes, qui soulignaient les insuffisances du Gripen E, et depuis les déclarations cinglantes de leur ingénieur en chef devant la sous-commission («Le Gripen est comme un couteau qui ne coupe pas bien»), les membres du groupe OT & E ont été mis au placard. Avant la présentation du message du Conseil fédéral sur le remplacement des F-5 Tiger dans un mois, on n’aura aucune certitude sur le gain ou non de performance du futur avion.

Cette question est pourtant cruciale, car le nouveau réacteur consomme davantage, ce qui exige d’emporter plus de fuel… ce qui alourdit l’appareil. Au final, il n’est pas certain que le jeu en vaille la chandelle. Selon plusieurs sources suisses forcées de conserver l’anonymat, le rapport poids/poussée ne serait pas meilleur pour une même autonomie en vol.

Pièces d’occasion à l’intérieur

Nous avons obtenu une copie du Message du Conseil fédéral, qui circule à l’état de projet. On y apprend que les coûts d’exploitation des 22 Gripen E sont de 102 millions de francs par an. Pour la phase transitoire de 2016 à 2020, où la Suisse compte louer 8 Gripen C et 3 Gripen D pour 44 millions par an, il faudra donc rajouter environ 50 millions de coûts d’exploitation par année. Si le risque financier est jugé «faible», les risques techniques et celui du délai de livraison sont «moyens». C’est inhabituel pour une acquisition de plus de 3,1 milliards de francs. Selon le document, cela veut dire «qu’il n’est pas exclu que, durant le développement, on apprenne que certains paramètres de performance ou certaines fonctionnalités ne peuvent être atteints à 100% ou ne peuvent être réalisés du tout.»

Ce risque est encore accentué par l’annonce faite vendredi par les Suédois qu’ils utiliseront des pièces de vieux Gripen C désossés pour fabriquer leurs 40 à 60 Gripen E. «Pour chaque nouvel avion, il faudra un Gripen C/D», a expliqué au «Matin Dimanche» Johan Elmberg, le porte-parole du Ministère suédois de la défense. «Nous faisons cela pour des raisons économiques et écologiques. Mais les Suisses, rassure-t-il, auront des appareils entièrement neufs.» En clair, il y aura deux Gripen E légèrement différents. Hier, le DDPS n’était pas en mesure de dire ce que cela signifierait pour l’acquisition. (Le Matin)

Créé: 23.09.2012, 10h13

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8 Commentaires

Marcel Grosjean

23.09.2012, 11:17 Heures
Signaler un abus 17 Recommandation 0

Il est surprenant de voir que le pays producteur de l'avion doute de la qualité de son oeuvre ,et, que notre conseiller fédéral Ueli Maurer soit si convaincu du bien fondé de son acquisition .Monsieur Maurer devrait s'occuper d'agriculture ou simplement de paysanerie ,cela rapporte moins , mais c'est un domaine qu'il connait ,il y serait plus à l'aise. Répondre


Claude Dard

23.09.2012, 10:44 Heures
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Ca s'appelle de la politique des petits copains. Certains cadres de l'armée doivent avoir un intérêt (pécunier?) à pratiquer de cette manière... Peut-être des petits arrangements entre amis ? Une petite visite guidée de Stockholm ? Une blonde suédoise dans le lit ? L'enquête le dira Répondre



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