ACCUEIL 21.10.2014 Mis à jour à 16h46

Simonetta Sommaruga défend sa vision de l’asile

Interview

La socialiste est dans la tourmente après les nouveaux tours de vis dans le droit d’asile décidés par le Conseil national. Elle ne baisse pas les bras.

Interview: Magalie Goumaz. Mis à jour le 24.06.2012
Simonetta
Sommaruga estime
que lorsque l’on
débat sur l’asile,
il ne faut jamais
oublier que l’on
parle d’êtres
humains.

Simonetta Sommaruga estime que lorsque l’on débat sur l’asile, il ne faut jamais oublier que l’on parle d’êtres humains.
Image: Keystone

Partager & Commenter

Le Conseil national a décidé il y a dix jours de supprimer l’aide sociale aux requérants. Vous qui êtes une ministre socialiste, qu’est-ce que ça vous fait d’imaginer que les livres d’histoire pourraient retenir que c’est vous qui avez dû appliquer cette mesure?
Cette décision va à l’encontre de notre tradition humanitaire. C’est une punition collective. C’est inacceptable. Je crois que comme conseillère fédérale, on ne doit pas critiquer le Parlement, et je ne le fais en principe pas. Mais ça, je le dis très clairement. Maintenant, la lutte continue. Ceux qui me connaissent savent que je ne baisse pas facilement les bras.

Et qu’est-ce que vous allez faire?
La suppression de l’aide sociale est contre-productive parce qu’elle risque encore de rallonger les procédures d’asile. Les cantons sont en train d’examiner de très près les effets concrets que ça aurait pour eux. Le Conseil des Etats, qui doit maintenant se prononcer, aura ainsila possibilité de s’en rendre compte. Et moi aussi, je continuerai à marteler ce message pour éviter ça.

Tout le débat au Parlement a été très dur. Comment l’avez-vous vécu?
C’était une semaine très mouvementée. Je me suis d’abord rendue en Tunisie où j’aivisité un camp de réfugiés, rencontré des ministres dont la plupart ont fait de la prison, et signé un accord migratoire. Puis, en rentrant en Suisse, il y a eu ces deux journées au Parlement consacrées à l’asile. J’ai beaucoup d’expérience politique, mais ces discussions ne me laissent pas indifférente. On parle d’êtres humains. Il ne faut jamais l’oublier.

Vous avez l’impression d’avoir perdu la guerre ou une bataille? Lorsqu’on est conseillère fédérale, on ne réfléchit pas en termes de victoire ou d’échec. Il s’agit d’exposer très clairement la situation et de formuler des objectifs. C’est ce que j’ai fait. Pour mener une politique d’asile crédible, il faut protéger ceux qui en ont besoin, raccourcir les procédures, et lutter contre les abus. Je pense que certaines des mesures décidées vont dans la bonne direction, notamment pour raccourcir les procédures d’asile et renforcer la protection juridique des requérants. J’ai aussi rangé les propositions émises par le Parlement dans trois catégories. Il y a celles qui sont utiles et que je soutiens. Et puis celles qui vont à l’encontre de notre tradition humanitaire, du droit international et de notre Constitution. Et enfin des mesures qui n’apportent rien, qui sont uniquement symboliques et minent notre crédibilité, alors que la population attend de nous des solutions. Nous en sommes à la dixième révision de la loi sur l’asile et je constate une chose: au moment de mon entrée en fonction, les procédures étaient plus longues que jamais.

Vous l’avez dit durant le débat, mais ça n’a servi à rien. Ne faut-il pas changer de discours?
Je fais de la politique depuis longtemps et les gens qui me connaissent savent que mon style est de rester factuelle.

Mais pouvez-vous rester factuelle lorsque la droite dure n’hésite pas à jouer sur les émotions?
J’ai aussi beaucoup d’émotions. Et je peux m’énerver quand les gens disent des choses fausses en sachant qu’elles le sont. Mais il faut se baser sur des faits, proposer des solutions constructives et poser des limites. C’est justement ce que je peux apporter dans ce débat très difficile.

La semaine dernière, on ne vous a pourtant pas vu vous énerver.
Ce n’est pas parce qu’on ne le voit pas que je ne m’énerve pas. En restant calme, on peut dire les choses très clairement. Et je crois que la population suisse a très bien compris mon langage. Les réactions que j’ai reçues depuis me laissent penser que j’ai dit ce qu’il fallait dire.

Votre parti semblait, lui, désespéré. Il y a de la tension dans l’air?
Nos rôles sont différents. Je suis membre d’un gouvernement. Jouer chacun sa partition est le meilleur moyen de défendre nos valeurs communes.

Le PS n’est pas prêt à aller aussi loin que vous, notamment sur les centres pour les récalcitrants Pourquoi défendez-vous ça?
J’étais résolument opposée à l’idée de centres fermés et heureusement que le Conseil national ne l’a pas acceptée. Par contre, il est vrai que des demandeurs d’asile posent des problè- mes dans les centres d’hébergement. Ils sont très peu, mais il faut les mettre à l’écart. Pas seulement pour la population suisse mais aussi pour les autres requérants et le personnel.

Etre récalcitrant, ça veut dire quoi?
La vie dans les centres est difficile. Il y a parfois du racisme et j’ai connaissance de cas de harcèlement sexuel dont ont été victimes des requérantes. C’est inacceptable, même si ces comportements ne sont souvent pas punissables pénalement. Il faut trouver une solution, éloigner ces personnes et limiter leur liberté de dé- placement, pour la sécurité des autres.

Néanmoins, l’UDC menace de lancer une initiative pour imposer son idée de véritables camps d’internement. Ça vous fait peur?
Le Conseil fédéral et le Conseil national ont déjà clairement dit non à cette idée.

On a l’impression que l’asile devient un problème de centres. Il y a les centres d’enregistrement, les centres pour les récalcitrants mais aussi les centres d’accueil qu’on ouvre à la montagne, sur des bateaux. Vous êtes la ministre des centres?
Il ne faut pas tout mélanger. Des requérants arrivent et il faut les loger. En décembre dernier, nous n’avions plus assez de place. En plein hiver, on devait dire aux gens qu’il n’y avait pas de lit pour eux. Car c’est très difficile de trouver de nouveaux lieux. Héberger des requérants d’asile dans des endroits éloignés est ainsi devenu une nécessité car la population ne veut pas de ce voisinage. Elle fait de la ré- sistance, s’organise. Pourtant, ouvrir un centre temporaire à la montagne est la solution la plus chère. Cela dé- montre toute la contradiction de la situation: d’un côté, on nous dit que l’asile coûte cher à la Suisse, mais de l’autre, on est obligé de prendre des mesures coûteuses.

Ouvrir un centre à la montagne, ça coûte combien?
Tout dépend de sa taille. Impossible donc de donner un chiffre. Par contre, l’an dernier, la Confédération a dé- pensé deux fois plus que les années précédentes pour les frais de sécurité dans les centres: 21 millions à la place de 10 millions. Et c’est sans tenir compte des frais des cantons.

Cet impératif de sécurité va avec le climat de méfiance qui s’instaure. Ça vous inquiète?
Ce n’est pas nouveau. Les requérants représentent souvent l’inconnu et il faut admettre que la criminalité est une réalité. Des délits ont été commis. Cela dit, je trouve injuste qu’on ne parle que des abus et des communes qui refusent d’accueillir des demandeurs d’asile. Ne soyons pas si négatifs. Il y a aussi des communes ouvertes. La solidarité existe toujours en Suisse et il faut en parler.

On parle trop de ce qui ne va pas?
J’ai cette impression. On parle toujours de la petite minorité des requé- rants quipose problème et ne veut pas partir. On oublie ceux qui partent volontairement après une décision né- gative et surtout tous ceux quiont besoin de notre protection. Ceux qui obtiennent l’asile ou une admission provisoire représentent tout de même le tiers des requérants!

La Suisse se replie sur elle-même?
Elle ne doit en tout cas pas oublier que la grande partie des réfugiés est dans les pays les plus pauvres du monde. 500 000 réfugiés sont arrivés en Tunisie l’an dernier. Au Kenya, on trouve un camp avec 400 000 personnes. Il ne faut jamais l’oublier.

Quelles images retenez-vous du camp visité en Tunisie?
Dans ce camp, j’ai rencontré une famille somalienne avec deux petites filles. Les Etats-Unis l’ont acceptée comme réfugiée et elle était prête à partir. J’ai vu sa joie. Mais j’ai aussi rencontré des requérants déboutés qui doivent rentrer au Tchad, au Nigeria. Ils étaient désespérés, fâchés. Ces deux images sont très fortes. Je me suis également rendue sur la plage d’où des milliers de gens sont partis pour l’Europe, sur des petits bateaux. L’an dernier, près de 2000 personnes ne sont pas arrivées à destination. J’y étais la nuit. C’était très impressionnant d’imaginer comment ces embarcations prennent la mer de nuit, en s’enfonçant dans le noir. Avec le trafic de drogues et d’armes, le trafic d’êtres humains est devenu une des branches économiques les plus lucratives du monde. Il faut que ça s’arrête.

Que dites-vous à ces gens qui veulent venir en Europe?
J’ai beaucoup voyagé en Afrique car j’ai été présidente de Swissaid qui y avait des projets. Il y a des situations dramatiques et ça me touche quand on voit qu’il s’agit de personnes qui veulent s’en sortir. Mais il ne faut pas se laisser dominer par l’émotion que suscite ce désespoir. L’émotion est là, mais ça me motive surtout à agir. Et surtout agir ensemble.

Ensemble?
Le partenariat migratoire que nous avons signé avec la Tunisie est un exemple. Il est né sur l’idée de chercher ensemble des solutions, d’égal à égal. Ce n’est pas la Suisse qui dit à la Tunisie ce qu’elle doit faire.

Est-ce vraiment exemplaire lorsqu’on voit que la Suisse doit aussi être toujours plus généreuse pour signer ce type d’accord?
J’aimerais dire très clairement que la Suisse n’a fait aucun cadeau à la Tunisie. Nous étions un des premiers pays à bloquer les fonds de Ben Ali et de son clan. Nous avons également été pré- sents très vite pour soutenir ce pays dans son processus de démocratisation et de développement économique. C’est ça qui a ouvert les portes en Tunisie.

Quand vous avez repris ce département, vous vous attendiez à ce que ce soit aussi difficile?
J’exerce ma fonction avec passion car il s’agit d’êtres humains. Si on arrive, dansundomaineaussisensible, àtrouver une entente ne serait-ce que sur un seul point, c’est déjà une satisfaction. Et ça a été le cas la semaine dernière au Parlement. On n’a parlé que des durcissements, mais il y a d’autres aspects positifs qui ont trouvé de confortables majorités, comme les mesures pour raccourcir les procédures. C’est ce qui me motive à continuer. (Le Matin)

Créé: 24.06.2012, 07h07

Sondage

Faites vous confiance au Mouvement Scout de Suisse pour encadrer les randonnées de vos enfants?





Biens immobiliers

Marché
Recherche immobilière

Liens Immobiliers
Déménager
Comparer hypothèques
Habiter
Publier une annonce
Saisir votre annonce