Jeudi 29 septembre 2016 | Dernière mise à jour 08:22

Filature Une journée à l'école des détectives

Localiser et suivre une cible, la photographier et rendre un rapport fourni et esthétique à un client, cela s’apprend. «Le Matin» a suivi une formation express à Genève.

Il faut apprendre à cacher sa caméra sur une table de bistrot.

Il faut apprendre à cacher sa caméra sur une table de bistrot. Image: Christian Bonzon

Ce qu'en dit l'expert

Christian Sideris, fondateur de l’institut Eyesberg, à Genève, explique qu'il n’existait pas de formation sérieuse en Suisse romande.



Pourquoi créer une école?
Au cours de ces dernières années, des affaires comme celle du détective de Giroud ont défrayé la chronique. Il était nécessaire de remettre l’église au milieu du village, de montrer que le métier de détective est pointu et exigeant. Or, contrairement à la plupart des pays européens il n’existe pas, en Suisse, de formation sérieuse si ce n’est des cours par correspondance dans deux cantons romands.


N’importe qui peut être détective?
Il faut avoir un casier judiciaire vierge, pas de poursuites, avoir terminé sa scolarité obligatoire… On se retrouve sur un marché d’électrons libres livrés à eux-mêmes qui exercent en tout amateurisme un métier qui requiert une grande expérience et une formation sérieuse. Le résultat est souvent catastrophique.

Et avec votre école, ce sera mieux?
Nous avons créé des modules spécifiques qui répondent exactement aux demandes du marché actuel, pour des assurances, des régies, des avocats et des particuliers. Cela fait vingt ans que je suis dans la branche, j’ai enquêté aux quatre coins de la planète. Cela me permet d’avoir une certaine expérience, tout comme les autres professeurs, d’anciens cadres de la police genevoise et belge. Notre but n’est pas forcément de gagner de l’argent, mais de ne pas en perdre et d’assurer une certaine relève dans la profession.?

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C’est comme tout, c’est un métier et cela s’apprend. On ne s’improvise pas du jour au lendemain spécialiste de la «filoche», comprenez «la filature». Pour «Le Matin», Philippe, détective genevois, ancien membre de la brigade antiterroriste de la police fédérale belge et futur professeur de l’institut Eyesberg qui ouvre ses portes à Genève début avril, a joué notre coach l’espace d’une journée. Il nous a montré l’importance de la théorie, rappelé des règles élémentaires de droit que les films et les séries télévisées occultent. «Les clients pensent que tout est permis. L’un d’eux souhaitait que nous truffions de micros un bouquet de fleurs, indique Philippe. Nous lui avons expliqué que c’était illégal et nous avons trouvé une solution parfaitement compatible avec le droit.» Philippe, 50 ans, ne porte pas d’imperméable comme les détectives des vieilles séries, mais un jeans et une veste passe-partout. Il ne possède certes pas le matériel de James Bond, mais a toujours dans les mains une petite caméra. «C’est le prolongement de mon bras», sourit-il. En nous racontant d’incroyables affaires dont on comprend que certaines ont fait les gros titres de la presse, il nous dévoile cette clef de voiture qui n’est autre qu’un téléphone miniature.

Pour cette journée de formation express, Philippe nous livre un exercice tiré de la réalité. Le scénario? Il doit prouver que deux hommes faisant semblant de ne pas se connaître devant un tribunal, sont en réalité très proches. C’est Daniel, un ancien policier genevois, qui joue le rôle de la cible. Nous le prenons en filoche à la sortie d’un restaurant de Satigny. Auparavant, à table, il a fallu prendre discrètement des photos. Plus facile à dire qu’à faire… Visiblement, nous avons encore beaucoup de progrès à faire pour cacher la caméra! Daniel roule au volant de sa voiture noire. Direction: le centre-ville. Nous le suivons. De loin. Mais pas trop loin pour ne pas le perdre évidemment. Une voiture s’est glissée entre celle de la cible et la nôtre. On appelle cela «un écran». Et ce n’est pas grave. C’est même plutôt bien pour ne pas se faire repérer. Notre cible se rend au centre commercial de Balexert, où il continue à jouer son rôle, censé aller acheter des billets de spectacle, pour lui et l’homme qu’il ne connaît soi-disant pas… Philippe est extrêmement professionnel et discret. Beaucoup plus que la journaliste et le photographe du «Matin», rapidement repérés par un agent de sécurité du centre commercial. La fin de l’histoire? Elle nous est racontée par Philippe. Dans la vraie histoire, les détectives ont pu prouver, photos à l’appui, que les deux hommes s’étaient rendus, ensemble, à un concert.

Notre formation express est désormais terminée. Philippe nous débriefera quelques minutes plus tard. Il y a visiblement beaucoup à dire… Suivre des gens, c’est un vrai métier qui ne s’apprend pas en une journée!

(Le Matin)

(Créé: 02.03.2016, 16h06)

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