Banquier menacé pour un livre
Pression
—Par Laurent Grabet. Mis à jour le 20.02.2012 32 Commentaires
«Ce que tu fais est extrêmement grave, chien de chrétien», «Honte à toi, tu iras en enfer», «Reviens aux Emirats, tu auras un procès équitable»… Voilà le genre de messages que reçoit depuis plusieurs jours Nabil Malek. Le seul tort de ce banquier lausannois, expatrié quinze ans aux Emirats arabes unis dans le cadre de son travail à l’Union Bancaire Privée, est un livre. Publié en janvier dernier à compte d’auteur, il s’agit d’un recueil d’une trentaine de nouvelles intitulé «Dubaï, la rançon du succès».
L’un des nouvelles décrit par exemple les gigantesques bordels où des femmes souvent très jeunes et pas toujours consentantes vendent leurs charmes aux Emiriens. En fustigeant sur 440 pages «l’hypocrisie religieuse, le mépris total des droits de l’homme et l’ultralibéralisme en vogue dans ce régime totalitaire», Nabil Malek s’attendait à quelques réactions.
Mais leur ampleur l’a désagréablement surpris. «Mes comptes bancaires à Dubaï ont été bloqués, le forfait téléphonique que je possédais encore là-bas résilié, et mes mandats de consultant révoqués», déplore le nouvelliste de 61 ans. L’un des internautes furieux l’accuse même d’apostasie et – sourates ad hoc à l’appui – lui rappelle que ce crime mérite la mort.
Il fuit à Londres
Nabil Malek, qui est en réalité copte d’origine égyptienne, et ne peut donc renier un Dieu qui n’est pas le sien, s’en étonne.
En début de semaine, le sexagénaire a reçu à son domicile de Béthusy un coran miniature accompagné d’une lettre de menaces. Résultat: lui et son épouse viennent de quitter Lausanne pour se mettre au vert quelques jours à Londres. Dubaï? Il n’y remettra sans doute plus jamais les pieds. «Mon avocat me le déconseille totalement. A moins de vouloir finir en prison! Au fond, Dubaï n’est qu’une grande entreprise, et en écorner l’image est très mal vu.»
Du côté du consulat des Emirats arabes unis à Genève, on dit ne pas avoir entendu parler de cet ouvrage, publié à seulement 1100 exemplaires. Il est d’ailleurs introuvable à Dubaï. A Culture & Co., la seule librairie francophone émirienne, la gêne est plus palpable lorsqu’on aborde le sujet. «On ne peut pas vendre ce livre ici», explique une vendeuse jointe par téléphone sans vouloir en dire plus. Même en Suisse, l’ouvrage fait des vagues. «Il y a pas mal d’agitation autour de ce livre. On a notamment reçu un appel menaçant disant que nous ne devrions pas vendre quelque chose d’aussi critique envers l’islam», explique Pascal Vandenberghe, directeur de Payot. L’ouvrage n’a pourtant été écoulé qu’à 16 exemplaires par le libraire suisse depuis sa sortie il y a deux mois. «Nous ne sommes pas une officine de censure, ajoute-t-il. Ce livre restera sans ostentation au rayon littérature francophone comme avant.»
A la Librairie de l’Olivier, où une conférence dédicace de Nabil Malek est agendée à la mi-mars, Alain Bittar n’est pas inquiet non plus. «Tout juste s’attend-on à quelques sautes d’humeur comme nous en avons déjà subies par le passé lorsque nous proposions à la vente d’autres ouvrages polémiques.» (Le Matin)
Créé: 20.02.2012, 23h12
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32 Commentaires
Il y a une responsabilité morale quelque soit notre religion ou notre athéisme de dénoncer l'exploitation, le meurtre et le viol quoiqu'il nous en coûte. C'est ça l'honneur d'un homme ou d'une femme, ne pas fermer les yeux ou ne pas faire comme si on ne savait pas. Répondre
Pour rappel, une partie du monde arabo-musulman n'a jamais réellement aboli l'esclavage (Le Yemen et l'Arabie Saoudite ont déclaré l'esclavage illégal en 1962 seulement, le Qatar en 1952, la Mauritanie qui contiendrait encore plus de 100'000 esclave en 1980, etc.). Le Coran reconnait également l'esclavage comme un droit... donc OUI, il faut des livres pour dénoncer ces vérités!!! Répondre


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