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Ils dénoncent une «Eglise de nanas»

Religion

Trop de femmes au sein des paroisses protestantes rendraient les cultes mous et inintéressants pour les hommes, s’insurgent certains dirigeants de l’Eglise réformée.

Par Raphaël Pomey. Mis à jour le 07.01.2015 27 Commentaires
Deux paroisses réformées sur dix sont dirigées par des femmes. Assez pour agacer certains messieurs.

Deux paroisses réformées sur dix sont dirigées par des femmes. Assez pour agacer certains messieurs.
Image: Keystone

Les Eglises ont besoin de plus de conviction, pas de testostérone

Gentillets, mièvres, les cultes n’attirent plus ces messieurs.Depuis un mois, ce constat iconoclaste du président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse agite les esprits sous les clochers. Qu’on la juge outrancière ou courageuse, cette prise de position exprime un malaise réel.

On comprend ceux que le discours des Eglises laisse insensibles. Quiconque a mis les pieds dans un lieu de culte protestant (ou catholique), ces derniers mois, ne peut qu’être stupéfait par la déconnexion du monde réel qui s’y laisse observer.

Des coreligionnaires se font massacrer à l’autre bout du monde? Qu’importe! L’urgence, semble-t-il, est d’apprendre à «découvrir Dieu dans les petites choses» ou d’inviter les fidèles à voter comme il faut, si possible à la manière des femmes socialistes.

Les femmes, justement. C’est à leur nombre croissant à la tête des paroisses, au sein de l’Eglise protestante, que d’aucuns attribuent la responsabilité de la perte de «niaque» des cultes. La faute disent certains, au manque de «virilité intellectuelle» de ces dames en robe pastorale.

C’est oublier que l’Eglise protestante reste dominée par les mâles. Seules deux paroisses sur dix sont dirigées par des ministres du beau sexe. On peine à croire que cette minorité puisse être responsable de tous les maux.

Nous ne sommes pas face à un manque de testostérone. Nous sommes face à un manque de conviction. Hommes ou femmes, le jour où les chrétiens oseront à nouveau défendre ce qu’ils sont, avec ce que cela suppose de contradiction avec l’air du temps, alors les célébrations retrouveront peut-être la vigueur que beaucoup regrettent. - Raphaël Pomey

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A l’église, on ne parle pas assez de pouvoir, de business et de tout ce qui, grosso modo, serait susceptible d’intéresser les hommes. Ce constat sans appel, c’est un pasteur de Dübendorf (ZH), Herbert Pachmann, qui vient de le dresser dans le journal Reformierte Presse. Accès de mauvaise humeur d’un macho isolé? Pas sûr. Cette prise de position fait écho à une sortie du président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, Gottfried Locher, qui n’avait pas hésité à déclarer que le nombre croissant de femmes pasteures contribuait à la baisse de fréquentation des offices religieux.

Une «dévirilisation» de l’Eglise

Cette accusation, forcément, suscite une polémique qui n’en finit plus. Mais pour le théologien et écrivain vaudois Shafique Keshavjee, ces propos ne tombent pas non plus du ciel: «Je déplore une dévirilisation de l’Eglise dans la mesure où le courage nous manque désormais d’aborder les sujets qui fâchent», commente l’auteur de «La reine, le moine et le glouton. La grande fissure des fondations» (Seuil, 2014). Il cite la sexualité, l’argent, ou encore le rapport à la vérité parmi ces thèmes: «Mais attention, il y a des dames qui ont cette virilité intellectuelle et spirituelle, et il ne s’agit pas de les enfermer dans des stéréotypes traditionnellement accolés aux femmes comme la douceur ou l’accueil.» Il ajoute voir dans la féminisation de l’Eglise, trop longtemps dominée par les seuls hommes, «une richesse».

Cette incapacité à montrer les muscles, l’ancienne conseillère nationale libérale vaudoise Suzette Sandoz la déplore aussi: «Mais cela dépasse le cadre religieux au sens strict: en témoignent ces situations où l’on n’ose plus mettre de crèches dans l’espace public ou enseigner des chants de Noël à l’école.» Membre du synode de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, elle refuse toute explication sexiste à ce sujet: «Il y a des femmes debout comme il y a des hommes couchés.»

Reste un mouvement de fond, auquel les esprits chagrins devront s’adapter. Si seules deux paroisses sur dix sont dirigées par une femme, ce chiffre risque d’augmenter: la moyenne d’âge des pasteures est en effet plus basse que celle de leurs collègues hommes, précise le sociologue Christophe Monnot: «De nombreux responsables protestants voient dans cette féminisation un des effets de la sécularisation, d’où malaise… On remarque alors des réactions machistes, ou des regrets que l’on théologise toujours chez les réformés: on va parler de sermons trop féminins…» (Le Matin)

Créé: 07.01.2015, 10h25

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27 Commentaires

Claude Ebener

07.01.2015, 11:35 Heures

Le début de la fin. Les cultes se vident de jour en jour et ils arrivent encore à se tirer dans les pattes. Quel beau spectacle. Répondre


Hans Boub

07.01.2015, 13:35 Heures

Le problème de fond des églises réformées protestantes est plus profond que cela... A vouloir aller où le vent souffle, elle se prépare un destin de feuille morte. Répondre



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