ACCUEIL 29.7.2014 Mis à jour à 03h32

«Il faudra cotiser pendant quarante-cinq ans»

Interview

Le patron de Swiss Life lance un pavé dans la mare. Bruno Pfister, 53?ans, aimerait que les Suisses cotisent cinq ans de plus pour leur 2e?pilier, touchent moins de retraite et voient leur salaire diminuer avec l’âge.

Par Propos recueillis par Sandra Jean et Victor Fingal. Mis à jour le 09.05.2012

Image: Laurent Crottet

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Bruno Pfister, le patron de Swiss Life, propose de cotiser plus longtemps au 2e pilier et de baisser les montants des retraites. Qu'en pensez-vous?





Etes-vous prêts à travailler jusqu’à 70 ans?

L'EDITO

Travailler jusqu’à 70?ans

Le directeur général de Swiss Life, un des plus grands assureurs privés du pays en matière de prévoyance, n’a peur de rien. Bruno Pfister, 53?ans, veut relancer la discussion sur notre système de retraite. Les changements prennent du temps, dit-il. N’en perdons pas davantage.

L’homme a des idées bien précises sur le sujet. Il faut dès maintenant penser à augmenter le nombre d’années de cotisation. Jusqu’à 45?ans contre à peine 40?ans aujourd’hui. Ce qui revient à dire que nous pourrions travailler jusqu’à 70?ans. Il faut aussi revoir à la hausse le montant des cotisations que versent employeurs et employés. Arrêter de rendre attractive la retraite anticipée. Et baisser le taux de conversion, ce fameux taux qui permet de calculer le montant annuel d’une rente.

Avec son catalogue de propositions, Bruno Pfister ferait presque passer l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin pour un tendre, lui qui avait provoqué un véritable séisme il y a quelques années de cela lorsqu’il avait lancé l’idée de la retraite à 67?ans.

Les propositions du patron de Swiss Life sont politiquement totalement suicidaires. Quel politicien aurait le courage (ou la folie) de soutenir des mesures forcément impopulaires comme le relèvement de l’âge de la retraite à 70?ans? Mais justement, Bruno Pfister n’est pas un politicien. En sortant du bois, il nous force à regarder la réalité en face: nous vivons toujours plus longtemps. Le nombre d’actifs n’étant pas extensible à merci, soit nous trouvons de nouvelles sources de financement, soit nous acceptons de vivre avec (nettement) moins. Et ça, c’est un choix politique qu’il faudra inéluctablement se résoudre à faire. Tôt ou tard.

Sandra Jean, Rédactrice en chef

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Bruno Pfister, le directeur général de Swiss Life, le premier assureur du pays en assurance-vie qui possède 9,1 milliards de fonds propres et dont la solvabilité était de 213%, fin 2011, aimerait mettre en place des mesures draconiennes pour assurer les rentes des générations futures.

Swiss Life présente d’excellents résultats avec 6,3 milliards de recettes de primes au premier trimestre 2012. Et pourtant, vous n’êtes pas satisfait de la situation sur le front de la prévoyance retraite!

Dans ce domaine, les changements sont extrêmement lents. Ils peuvent s’étaler sur une génération. Plus on attend avant de prendre des décisions, plus les corrections seront difficiles à apporter. Même s’il est vrai qu’avec le taux de conversion actuel de 6,9% pour des hommes qui prennent leur retraite à 65?ans, nous pouvons payer les rentes. De fait, ces rentes sont prises sur le dos des actifs. Avec l’allongement de la durée de vie, la charge payée par les actifs va ainsi en augmentant.

Quelles sont alors vos solutions pour assurer aux cotisants une rente vieillesse décente?

Parmi les modèles à envisager, il y a celui d’une obligation de cotiser pour le deuxième pilier sur une durée de 45?ans pour tous alors qu’il est au maximum de 40?ans aujourd’hui. Cela signifie pour un col blanc qui entrerait dans la vie active à l’âge de 25?ans après ses études qu’il devrait travailler jusqu’à l’âge de 70?ans. Par contre, ceux qui font des travaux plus pénibles physiquement pourraient déjà toucher leur retraite à 63?ans, s’ils ont commencé à travailler à l’âge de 18?ans.

Avec votre système, vous ne faites plus de différence entre les hommes et les femmes?

Le modèle encore en vigueur en Suisse est basé sur le fait que les épouses sont en majorité plus jeunes que leurs maris. Ainsi, elles peuvent prendre leur retraite plus ou moins en même temps que leur époux. D’autre part, il faut tenir compte du fait que l’espérance de vie des femmes est aujourd’hui encore plus élevée que celle des hommes. Tout compte fait, je pense que les femmes devraient cotiser pendant le même nombre d’années que les hommes.

L’augmentation de la durée du temps de travail serait donc le remède absolu?

Il ne faut pas se concentrer uniquement sur la durée des cotisations. Il faut en fait tout un train de mesures pour atteindre les objectifs. Par exemple, il faut cesser d’inciter les employés à prendre une retraite anticipée.

Que de changements en perspective! Le nouveau conseiller fédéral Alain Berset a pourtant déclaré que le financement de la prévoyance retraite était assuré pour l’heure et qu’il n’y avait pas d’urgence…

Il y a la tentation pour les politiciens de rester impunément les bras croisés dans l’espoir que d’autres devraient s’en occuper plus tard. Ce sont des sujets impopulaires que les politiciens n’aiment pas aborder parce qu’ils ne leur ramènent pas des voix. Je crois qu’il faut avant tout s’engager dans un débat politique. Même si, comme c’est le cas très souvent en Suisse, nous nous mettons finalement d’accord sur un compromis.

Il n’empêche, même l’OCDE estime que la Suisse est le mieux loti des pays européens en matière de prévoyance vieillesse!

Si les autres pays sont aveugles, il ne faut pas croire pour autant qu’un borgne est en bonne santé. Ce n’est pas parce que notre système de prévoyance vieillesse est mieux financé que les systèmes étrangers qu’il faut s’en contenter. De plus, notre système de financement n’est pas à l’abri de tout soupçon: le taux de couverture des caisses publiques et des caisses privées montre déjà que le système n’est plus équilibré. Les caisses publiques sont déjà en sous-couverture et les caisses privées oscillent entre la sous-couverture et la couverture. Mais pour assumer les risques d’investissement nécessaires dans le deuxième pilier, il faudrait que toutes les caisses soient en nette surcouverture.

Oui, mais Swiss Life a fait 606 millions de bénéfices en 2011. Votre salaire personnel était de 4,16 millions l’an passé. Comment voulez-vous faire accepter au peuple un rallongement du temps de travail et une baisse des rentes?

Ma réponse serait: de toute façon nous n’allons pas y échapper. Selon le mécanisme actuel, les actifs paient pour des rentes exagérées et cela entraîne la diminution du capital épargné. Le peuple a cru en refusant en 2010 la diminution du taux de conversion qu’il était ainsi à l’abri à l’avenir d’une diminution des rentes, or ce n’est en effet pas le cas. C’est une question de justice, de stabilité et de responsabilité.

Le système actuel est-il encore valable pour un jeune qui arrive aujourd’hui sur le marché du travail?

Je suis persuadé que le mécanisme actuel basé sur les 3?piliers assurera encore dans le futur des revenus suffisants lors de la retraite de ceux qui ont 20?ans aujourd’hui, et contribuera ainsi à la stabilité sociale en Suisse. Le caractère obligatoire du 2e?pilier permettra encore, comme c’est le cas aujourd’hui, d’accumuler des fonds importants assurant aux retraités une fin de vie plus ou moins confortable. Dans notre système de financement basé sur la diversité, nous disposons encore de marges de manœuvre.

Vous avez cité récemment une étude qui affirme que les performances professionnelles d’un individu diminuent après 55?ans. Quelles devraient en être les conséquences?

Le salaire doit être le reflet de la performance. Dans le système actuel, un individu atteint le sommet de son salaire au moment de la retraite. L’évolution de notre société pourrait bien aboutir à une courbe de salaire qui atteint le sommet entre 50 et 55?ans et diminue ensuite légèrement.

Et vous, comment envisagez-vous la fin de votre carrière?

Bien que j’aime travailler, je ne sais pas si je vais poursuivre mes activités à plein-temps jusqu’à 70?ans. Je crois que je m’aménagerai plus de temps libre pour mes vieux jours. (Le Matin)

Créé: 09.05.2012, 22h55

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