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«Il nous faut le profil ADN de tous les requérants»

Requérants d'asile

Le commandant de la police jurassienne Olivier Guéniat, docteur en Sciences forensiques, propose d’utiliser l’ADN pour lutter contre les requérants d’asile criminels.

Par Titus Plattner. Mis à jour le 18.08.2012 89 Commentaires

Image: S. Linder / T. Plattner

Le nombre de requérants d’asile appréhendés a augmenté de 77%

L’arrivée de nombreux réfugiés du Maghreb a entraîné en 2012 une augmentation spectaculaire de la criminalité dans bon nombre de cantons. «Le Matin Dimanche» a pu consulter les statistiques policières de huit cantons représentant plus de la moitié de la population du pays. Durant le premier semestre de l’année, le nombre de requérants d’asile appréhendés a explosé de plus de 77% en moyenne par rapport à l’année précédente, alors que le nombre de personnes en procédure d’asile n’a augmenté que de 11% ces douze derniers mois.

Jusqu’à fin juin 2012, Neuchâtel et Berne ont recensé respectivement 178 et 528 prévenus dans le domaine de l’asile. C’est pratiquement autant que durant toute l’année 2011. Dans les statistiques, les prévenus ne font pas tous l’objet d’un jugement définitif, si bien qu’une comparaison de l’ensemble de 2012 avec l’année précédente dans toute la Suisse pourrait donner des résultats légèrement divergents. Mais une enquête auprès des commandants de police des vingt-six cantons montre que la situation s’est dramatiquement aggravée cette année. «La criminalité a explosé. C’est un réel problème, il ne faut pas le nier», constate le commissaire Pierre-Louis Rochaix, porte-parole de la police cantonale neuchâteloise.

Même inquiétude à Berne, à Zurich et dans le Jura.
Pierre-Louis Rochaix précise que, en comparaison avec l’ensemble de la criminalité en Suisse, les délits commis par des requérants d’asile forment encore une petite proportion. Et ce sont avant tout les petits délits contre le patrimoine qui ont augmenté cette année. Le nombre de lésions corporelles simples dont sont accusés des requérants d’asile n’a que peu augmenté et les viols sont restés stables. En revanche, les vols avec effraction et les vols à la tire ont plus que doublé, le vol à l’étalage a été multiplié par cinq et les effractions de véhicules sont seize fois plus nombreuses. Dans le canton de Vaud, qui, par ailleurs, ne livre pas ses chiffres, la police lausannoise recense 15 à 20 effractions de véhicules chaque jour.

Les quelques centaines de prévenus sont souvent des multirécidivistes qui totalisent des milliers de délits. Près de la moitié des prévenus sont originaires de Tunisie, d’Algérie et du Maroc, alors que ces nationalités ne représentent que 6% des requérants d’asile.
Pour accélérer les procédures, le commandant de la police cantonale jurassienne, Olivier Guéniat, par ailleurs criminologue, plaide pour que soient effectués sur tous les requérants d’asile des prélèvements d’ADN systématiques, exploitables lors des enquêtes (lire interview). Charles Juillard, conseiller d’Etat jurassien PDC chargé de la Justice et de la Police, appuie la proposition: «Dans la mesure où il est juridiquement cadré, je me fais volontiers porteur de ce dossier. Au fond, l’ADN est simplement un moyen plus moderne que les empreintes digitales. Je veillerai à ce que ce point soit abordé lors de la prochaine Conférence latine des chefs de justice et police, dans un mois et demi.»

Face à la proposition jurassienne, les réactions sont partagées. Mario Fehr (PS, ZH), directeur de la Sécurité, juge la mesure disproportionnée. En revanche, pour sa collègue lucernoise Yvonne Schärli, «des profils ADN procureraient à la police des avantages pour confondre les coupables. Mais il faut d’abord établir si cette mesure est proportionnée et compatible avec le droit en vigueur.» Le conseiller d’Etat radical bernois Hans-Jürg Käser est lui aussi prêt à entrer en matière.

T. Plattner, J. Schmidli,
P. Tischhauser et O. Zihlmann

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Olivier Guéniat, constatez-vous une augmentation de certains délits dans le canton du Jura? Comme partout ailleurs en Suisse, on peut même parler d’explosion. Notamment pour les vols à la tire, les vols dans les appartements et les vols dans les véhicules. Ce sont ces derniers qui me préoccupent le plus pour l’instant: alors qu’avant l’été 2011 nous en avions moins de 10 par mois, nous en sommes à une moyenne de 60, avec des pics à plus de 70 certains mois. C’est beaucoup pour un petit canton comme le Jura. Soit le véhicule est ouvert, soit ils cassent la vitre. Pour un téléphone, un sac ou parfois juste pour voir s’il y a quelque chose dedans.

Comment expliquer ces délits?

Ils sont incontestablement liés à la suractivité de certains requérants d’asile, notamment les Tunisiens, mais aussi, plus marginalement, les Algériens et les Marocains. Pour nous, le Printemps arabe a engendré une très forte augmentation de la criminalité.

Pourquoi ces nationalités?

Ce n’est pas une question de nationalité. Dans les années 1990, on a eu des vagues de réfugiés venus à cause de la guerre en Bosnie et en Croatie, puis au Kosovo. C’étaient beaucoup des familles qui migraient. Les familles du Printemps arabe, je ne les ai pas vues. On a des hommes seuls, qui sont âgés entre 18 et 30?ans, et qui n’ont aucune chance d’obtenir un statut en Suisse. Il est juste impossible de les sociabiliser.

Pourquoi?

Ils n’ont aucun espoir de rester. Partant de là, on comprend bien qu’aucune règle ne peut s’appliquer. Et ils commettent des délits sériels sans aucune retenue, tous les jours. Il suffit d’un petit groupe d’individus pour déstabiliser tout le système. En plus, le nouveau Code de procédure pénale et le Code pénal – avec ses jours-amendes avec sursis – cela les fait doucement rigoler. Ils sont complètement imperméables à ce type de mesures.

Quelle proportion de ces requérants s’avère être des délinquants?

Cette année, les requérants tunisiens présents actuellement dans notre canton ont tous été identifiés comme auteurs d’infractions. Ensemble, on leur reproche avec des preuves solides 30% de toutes les infractions commises par des requérants d’asile. Pour cinq de ces requérants, nous avons, par exemple, pu prouver en tout 10?vols dans des véhicules. En réalité, ils en ont vraisemblablement commis des dizaines et des dizaines chacun. Très souvent, la police scientifique ne se déplace pas pour un vol, parce que le propriétaire a déjà tout touché et qu’il n’y a plus de traces.

Alors comment identifiez-vous les auteurs?

Lorsqu’on les arrête, ils nient tout, même l’évidence. Ils se moquent de la police. Nous les confondons donc soit grâce aux empreintes digitales, soit grâce à l’ADN. Nous avons de plus en plus de «hits» ADN. Malheureusement, nous n’avons pas l’ADN de tous les requérants.

Comment ça?

Selon moi, il faudrait récolter systématiquement le profil ADN de tous les requérants d’asile. Ou au moins celui des hommes seuls et sans papiers dont personne ne connaît la véritable identité. Cela nous aiderait énormément. J’espère que cette idée fera partie du catalogue de mesures qui sera discuté à la Conférence latine des chefs de justice et police. Les commandants des polices romandes et du Tessin sont en train de rédiger un rapport sur la forte augmentation des infractions au patrimoine en Suisse romande.

Des prélèvements d’ADN chez tous les requérants d’asile? Vous êtes sérieux? Cette mesure serait d’une dureté inédite.

Il n’y a rien de dur et je suis très sérieux. C’est même une mesure, dans une perspective de sécurité, que j’estime nécessaire. Il faut démystifier et dépolitiser le profil ADN. Ce n’est qu’une série de chiffres dans une base de données quelque part à Zurich, qui ne sont même pas reliés directement à une identité. Ce n’est qu’une fois qu’un délit est commis que la machine se met en marche, lorsqu’une correspondance existe avec une trace. En plus, on prélève bien les empreintes digitales chez les requérants d’asile. Alors pourquoi pas l’ADN? Ce n’est pas plus invasif, je ne vois pas le problème.

Au-delà de la question éthique, de tels prélèvements, sur des milliers de requérants, cela va coûter très cher.

Pas du tout. C’est un moyen que l’on peut facilement introduire dans la loi. Lorsque des délits sont commis en série sans pouvoir identifier leurs auteurs, cela coûte beaucoup plus. Il faut à chaque délit envoyer deux gendarmes sur place, ils doivent écrire un rapport, ensuite il faut éventuellement mobiliser la police scientifique, etc. Une petite région comme le Jura est passée de moins de 10 affaires par mois à plus de 70; cela en fait quand même 700 après dix mois. Au bout du compte, les coûts sont gigantesques. Sans compter que des délits à la propriété sont parfois accompagnés de faits plus graves, comme des lésions corporelles ou des viols. Cela crée un sentiment d’insécurité et une xénophobie qui me préoccupent et le sentiment d’impunité qu’éprouvent ces gens devient juste insupportable. Car ce sont presque toujours des multirécidivistes. (Le Matin)

Créé: 18.08.2012, 23h00

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89 Commentaires

Fritz Moser

18.08.2012, 23:37 Heures
Signaler un abus 131 Recommandation 0

Une réalité qui en dit long ! Toutes vérités ne sont pas bonne à entendre. Il est temps de faire le ménage, comme le peuple l'a demandé, car après on s'étonne que la xénophobie et le racisme augmente. Répondre


Monique Favre

18.08.2012, 23:37 Heures
Signaler un abus 125 Recommandation 0

Enfin une proposition intéressante! Oui, M. Guéniat a parfaitement raison. Seule l'identification par ADN permet de confondre des récidivistes qui prétendent trop facilement qu'ils n'ont plus de papiers et qui prennent une autre identité à chaque nouvelle infraction. Répondre



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