Jeudi 8 décembre 2016 | Dernière mise à jour 03:47

Couac «J’étais une patate chaude!»

Un hôpital public doit-il traiter les patients préalablement opérés dans le privé et présentant des complications? Un Fribourgeois paie physiquement les frais de cette question qui fait débat.

Image: Laurent Crottet

PRATIQUES FAVORISÉES

Cas similaires en Suisse

Pour le directeur médical de l’hôpital fribourgeois (HFR), Bernard Vermeulen, le cas de ce patient n’est pas isolé. «Depuis l’entrée en vigueur au 1er janvier du nouveau financement hospitalier, les cliniques privées pratiquent les opérations, encaissent l’argent et, pour limiter les coûts, nous renvoient le patient en cas de complications», explique-t-il. Ce que réfutent les deux établissements privés de Fribourg, la Clinique Générale et l’Hôpital Daler.

Si le HFR semble être le seul hôpital public à faire ce constat en Suisse romande, des cas similaires ont été observés en Suisse alémanique. «Le nouveau système pousse en effet à ce genre de pratiques», explique le vice-président de la Fédération suisse des patients, Jean-François Steiert. Aussi conseiller national (PS/FR), il note que des interventions parlementaires ont été déposées la semaine passée pour que des solutions soient trouvées.

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Laurent Tschanz, 28?ans, est dégoûté. Il faut dire qu’il s’est trouvé au cœur d’une bataille médicale qui le laisse touché dans sa santé – deux hôpitaux fribourgeois s’étant renvoyé son cas comme «une patate chaude».

Dans les faits, tout commence par une opération à un genou, début mars, dans une clinique privée. Un mois plus tard, Laurent Tschanz fait une chute et sa cicatrice s’ouvre. «J’avais un trou profond de 1,5?centimètre», explique-t-il. Inquiet, il appelle alors le chirurgien qui l’a opéré. Mais celui-ci n’a pas le temps de le recevoir et l’envoie donc aux urgences de l’Hôpital de Riaz (HFR). «Là, ils ont désinfecté la plaie, l’ont recouverte d’un pansement et m’ont dit de retourner voir mon chirurgien… alors que je n’avais rendez-vous avec lui que deux jours plus tard.»

Les médecins des deux institutions s’appellent alors pour tenter de convaincre l’autre de s’occuper du patient. Lequel, perdu et souffrant, finit par se rendre au service des urgences à Fribourg (HFR). «Ils ont nettoyé l’infection, sans quoi j’aurais pu perdre ma jambe, puis hospitalisé un mois car j’avais contracté un staphylocoque doré, raconte-t-il. Si l’on s’était occupé de moi de suite, je n’en serais peut-être pas arrivé là… La rééducation va prendre 3 à 4?mois et il n’est pas sûr que je marcherai comme avant.»

Il va porter plainte

Comment en est-on arrivé là? Pour le directeur médical de l’hôpital fribourgeois (HFR), Bernard Vermeulen, les établissements publics n’ont pas à absorber les patients préalablement opérés dans le privé et arrivant avec des complications. Il estime que «les médecins de Riaz ont parfaitement fait leur travail. Ils ont traité l’urgence puis renvoyé le patient vers son médecin traitant.»

Un point de vue que ce dernier, le Dr?Henning Meyer, ne partage évidemment pas: «A la Clinique Générale, nous n’avons pas de service d’urgences et des plannings opératoires chargés. Nous ne pouvons prendre en charge ce genre de cas, explique-t-il. C’est alors aux urgences de jouer leur rôle. Ainsi, il n’était pas judicieux de laisser partir le patient avec une plaie infectée alors qu’il n’avait rendez-vous avec moi que deux jours plus tard!»

Une chose est sûre, Laurent Tschanz a pris un avocat et décidé de se faire rembourser les frais occasionnés: «Je vais porter plainte contre le chirurgien. Et s’il le faut j’irai jusqu’au Tribunal fédéral.» (Le Matin)

(Créé: 09.05.2012, 07h14)

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