Dimanche 4 décembre 2016 | Dernière mise à jour 17:04

Ecopop Limiter l’immigration pour ménager l’environnement?

Les Suisses se prononceront le 30 novembre sur l’initiative Ecopop qui vise à limiter à 0,2% la croissance de la population, soit à 17'000 personnes par an. Tous les partis y sont opposés, mais l’objet pourrait créer la surprise.

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Que veut l’initiative ?

Le texte «Halte à la surpopulation - oui à la préservation durable des ressources naturelles» d’Ecopop (pour «ECOlogie et POPulation», association fondée en 1986) s’articule autour de deux volets. D’abord il veut plafonner à 0,2% (soit 2x plus que la situation en Allemagne et en France et plus que l’UE dans son ensemble) la croissance annuelle de la population due à l’immigration. Ce taux représente environ 16 à 17'000 étrangers par année contre plus de 80'000 aujourd’hui. Deuxième point : l’initiative demande parallèlement que 10% de l’aide au développement soit affectés au contrôle des naissances dans les pays pauvres. Ce qui représente quelque 150 millions par an. Selon le 2e sondage SSR publié le 19 novembre, le oui est passé de 35 à 39% d'opinions favorables par rapport au premier le 24 octobre. Le camp du non est lui passé de 58% à 56%. Il reste toujours 5% d'indécis.

Quels sont les arguments des initiants?

Ecopop veut contribuer à une qualité de vie durable en Suisse. Or pour les initiants, l’augmentation de la population a un impact négatif sur l’environnement et la Suisse fonce dans le mur si elle ne stoppe pas sa croissance. Ils brandissent le spectre d’un pays à 12 millions d’habitants (contre 8 aujourd’hui). Avec des conséquences catastrophiques sur le trafic, le logement, les besoins en énergie, etc. Ils rappellent que chaque seconde, le terrain bâti gagne 1 m2. Et que 100'000 personnes supplémentaires par an (soit le nombre d’habitants en plus en Suisse en 2013) représentent la taille d’une ville comme Winterthour. Pour eux, la Suisse vit donc au-dessus de ses moyens et, comme elle consomme 4 à 5 fois ce qu’elle peut produire, il faut inverser à tout prix cette tendance. En outre, les autres partis - dont les Verts - se concentrent sur les économies et l’efficacité énergétique mais oublient l’empreinte écologique causée par la hausse de la population.

Quelle est la réalité des chiffres de l’immigration?

En 2013, la Suisse comptait 8,14 millions d’habitants, selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique publiés fin septembre. Un chiffre en hausse de 1,3%, ce qui fait de notre pays un des pays les plus dynamiques en matière de démographie sur le plan européen. Le nombre des personnes ayant rejoint la Suisse l’an dernier s'est élevé à 193'300 (+10,5% par rapport à 2012), dont 167'200 étrangers (10,8%). Dans l’autre sens, quelque 106'200 personnes ont quitté le territoire (+2%). Le solde migratoire est donc positif pour les étrangers (+89'500 personnes). A noter que depuis le début du 20e siècle, l'effectif de la population a plus que doublé: nous n’étions en effet que 3,3 millions en 1900.

Le Conseil fédéral est opposé, pourquoi?

Tant les Chambres que le Conseil fédéral rejettent un texte jugé dangereux et xénophobe et qui enterrerait définitivement les bilatérales, déjà en péril depuis le vote du 9 février contre l’immigration de masse. En outre, une réduction aussi stricte du nombre de migrants ne permettrait plus de couvrir les besoins de l'économie en période de haute conjoncture, selon le Conseil fédéral. Même en faisant appel à la main d'oeuvre indigène, les entreprises ne parviendraient plus à recruter suffisamment de personnel. En outre, l’initiative ne permet pas de résoudre les problèmes environnementaux. Une gestion consciencieuse des ressources naturelles est bien plus indiquée pour réduire notre empreinte écologique. Or l’initiative ne dit rien à ce sujet, reproche Berne qui met en avant que les nuisances à l’environnement ont pu être diminuées ces dernières années malgré l’accroissement de la population. Le gouvernement s’en prend aussi à l’aspect aide au développement du texte. «Les habitants des pays pauvres devraient se limiter pour nous», a critiqué la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. «Or les temps où le riche Nord disait au Sud ce qu'il doit faire devraient être passés», estime-t-elle.

Qui d’autre s’oppose au texte?

Quasiment tout le monde dont tous les partis, y compris l’UDC et les Verts. Plusieurs comités se sont formés contre. Les associations environnementales sont également contre, comme l’Association transport et environnement (ATE) qui estime que l’’initiative aggraverait le trafic pendulaire puisque les étrangers qui ne peuvent plus vivre en Suisse s’installeront de l’autre côté de la frontière et feront la navette. Du côté d’Economiesuisse et de la Société suisse des entrepreneurs (SSE), l’acceptation du texte conduirait de nombreuses entreprises à fermer. Même les syndicats sont opposés: pour eux, un oui à Ecopop ferait baisser les salaires et entraînerait des suppressions d’emplois.

Mais alors qui soutient Ecopop?

C’est un comité hétéroclite provenant de tous les bords politiques ou presque qui défend le texte. On y trouve en effet en chef de file politique le conseiller aux Etats indépendant schaffhousois Thomas Minder, des conseillers nationaux UDC alémaniques mais aussi des «dissidents» verts, comme l’ancien président du parti en Argovie ou celui de Schwyz, une ancienne députée socialiste bernoise, des intellectuels et économistes alémaniques ou encore l’ex-chef de l’Office fédéral de l’environnement, Philippe Roch, l’un des rares Romands à monter au front. Tous se défendent d’être motivés par des sentiments xénophobes égoïstes et dénoncent l’idéologie de la croissance. Néanmoins, le seul soutien politique que le comité ait reçu provient du mouvement isolationniste ASIN (Action pour une Suisse indépendante et neutre) qui estime qu’il faut maintenir la pression après l’acceptation de l’initiative contre l’immigration de masse le 9 février.

Allier écologie et immigration, c’est nouveau?

Non. Dans les années 80, un conseiller national bernois, Valentin Oehen, chef de file du mouvement xénophobe Action nationale et l’un des membres fondateurs d’Ecopop au début des années 70, avait été l’un des premiers à faire le lien entre écologie, immigration et croissance démographique. En 1984, le peuple suisse s’était même prononcé sur un texte proche de celui d’Ecopop et lancé par Action nationale, «contre le bradage du sol national». L’initiative avait été refusée de peu, à 51,1%. (nxp)

(Créé: 20.10.2014, 07h09)

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