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Crash Le low-cost nous met-il en danger?

La culture du voyage à bas coût précarise les jeunes pilotes. Et augmentera le nombre d’accidents, prédit un instructeur.

Adam Shaw est pilote dans la patrouille Captens, à Annecy. Il totalise 5700 heures de vol.

Adam Shaw est pilote dans la patrouille Captens, à Annecy. Il totalise 5700 heures de vol. Image: Lionel Flusin

80 000

C’est le montant, en francs, que certains jeunes pilotes doivent investir pour obtenir le droit de voler sur un Airbus.

Seconde boîte noire retrouvée

ENQUÊTE 

La seconde boîte noire de l’Airbus A320 de Germanwings qui s’est écrasé le 24 mars a été retrouvée par les enquêteurs français. Cette boîte contient les données relatives au vol de l’appareil entre Barcelone (Espagne) et Düsseldorf (Allemagne). La première boîte noire avait été retrouvée le jour même du crash. Son analyse avait conduit à suspecter Andreas Lubitz, de s’être enfermé dans la cabine de pilotage et d’avoir sciemment précipité l’Airbus contre une montagne.

Recherches sur le suicide

INTERNET 

Sur une tablette saisie lors d’une perquisition dans l’un des domiciles du copilote Andreas Lubitz, les enquêteurs ont pu accéder aux recherches qu’il avait effectuées sur Internet jusqu’au 23 mars, qui montrent qu’il s’est «informé sur les manières de se suicider» ainsi que sur «les portes de cockpit et leurs mesures de sécurité». En dehors de ces recherches, Lubitz s’était également penché sur des «méthodes de traitement médical». Mais on ignore quel type de maladie était concerné.

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Une ex-amie d’Andreas Lubitz explique dans le journal allemand Bild avoir souvent parlé de travail avec lui: «Il devenait quelqu’un d’autre, il s’énervait à propos des conditions de travail: pas assez d’argent, peur pour son contrat, trop de pression.» Pourtant, si on a évoqué en long et en large la vie privée et les problèmes psychiatriques du copilote qui a fait s’écraser un Airbus A320 la semaine dernière dans les Alpes-de-Haute-Provence, les nombreux enjeux liés à l’environnement de travail et à la formation des pilotes ne trouvent que peu d’échos.

Payer pour se former

Adam Shaw, pilote et instructeur, n’a pas de mots assez durs pour critiquer les conditions actuelles de formation. «Combien faudra-t-il de morts avant que l’on comprenne qu’il faut assainir le système du voyage à bas coût?» lance-t-il. Pour cet Américain vivant à Annecy, un premier pas important serait d’éliminer le «pay to fly», un système qui oblige les pilotes en formation à payer pour avoir le droit de travailler sur des avions de ligne. Certains jeunes déboursent ainsi jusqu’à 50 000 francs pour se former sur l’A320 pendant six mois sans toucher le moindre salaire!

«C’est un problème économique qui n’est pas nouveau, rappelle Michel Polacco, journaliste spécialisé en aéronautique chez France Info. Dans les années 1970, les pilotes investissaient déjà de grosses sommes pour leur formation. Et puis il ne faut pas faire de misérabilisme, les conditions de travail se sont dégradées, c’est clair, mais Germanwings est sans comparaison avec certaines compagnies asiatiques. Par contre il y a eu une grave erreur de casting dans le cas de Lubitz.»

Pour Marc Vionnet, porte-parole romand d’Aeropers, le syndicat des pilotes de Swiss, «le problème, ce sont les pilotes en «pay to fly», mais aussi le travail sur appel, avec des horaires irréguliers et un revenu de base garanti très bas. Dans ces cas, les pilotes peuvent aller travailler même lorsqu’ils ne sont pas en état. On ne peut pas attribuer ce drame au modèle économique, mais ça met en lumière les risques de la précarisation des pilotes.»

A propos des conditions économiques de la branche, le porte-parole de Swiss, Mehdi Guenin, ne cache pas que «l’environnement actuel est très concurrentiel. Pas seulement à cause du low-cost mais aussi des compagnies du Golfe.»

Subventionnées à coups de milliards, celles-ci ne paient pas de taxes dans certains aéroports et bénéficient de tarifs imbattables sur le carburant.

Système basé sur la confiance

«Chez Swiss, on a une filière de formation. Chaque pilote fait tous les exercices d’urgence. D’abord sur simulateur, puis à vide, avec un instructeur. Et il y a une phase de consolidation avant de piloter un avion de ligne avec des passagers», explique Marc Vionnet. Mais les pilotes en «pay to fly» ne bénéficient pas d’une telle qualité de formation. «De nos jours, alors qu’aux Etats-Unis il faut au minimum 1500 heures de vol, en Europe et ailleurs n’importe qui peut passer, en 250 heures de maniement de manche, de simple piéton qui n’a jamais volé à copilote sur un gros avion à réaction. La mode est au bas coût: habits à bas coût, nourriture à bas coût et… vie à bas coût?» dénonce Adam Shaw. L’ancien journaliste déplore également l’automatisation excessive des Airbus. «Ce sont des avions qui sont conçus pour épargner aux pilotes d’être confrontés à la complexité des informations. En cas de problème, le manque d’expérience de l’équipage peut être fatal.»

Un autre point noir est mis en exergue par un pilote sur le site journalistique The Atlantic: le grand public aimerait que l’encadrement médical détecte sans faute si un pilote est capable physiquement et mentalement de voler, du coup il s’installe une culture de suspicion et d’enquête, qui pousse les collaborateurs à ne pas être sincères sur leurs états émotionnels. Car, bien entendu, les pilotes ont comme n’importe qui des hauts et des bas. «Il faut garder un système non punitif, basé sur la confiance. Chez Swiss, on peut être absent sept jours sans justification médicale et sans conséquence pour le pilote. C’est à lui de savoir s’il n’est pas en mesure d’assurer pleinement son travail. On attend de lui qu’il soit assez responsable pour ne pas venir au travail. Il y a un lien entre confiance et responsabilité. On ne peut pas demander aux pilotes de prendre leur responsabilité et vouloir dans le même temps augmenter les moyens de contrôle.»

Avec l’explosion du nombre de passagers et la pression sur les prix, «on fabrique des pilotes au rabais, martèle Adam Shaw. Mais tout a un prix. Quel sera celui à payer si l’on n’assainit pas le système du low-cost?» (Le Matin)

Créé: 03.04.2015, 13h19


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