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Tous machos en fin de campagne

Sexisme

La communication de l’UDC n’est pas la seule à poser problème. Ses opposants, ainsi que l’USAM, publient eux aussi un matériel douteux quant à l’image des femmes.

Par Cléa Favre. Mis à jour le 23.02.2016 53 Commentaires
Après le message paternaliste de l’UDC, la communication
des autres formations n’est pas non plus au-dessus de tout soupçon de sexisme.

Après le message paternaliste de l’UDC, la communication des autres formations n’est pas non plus au-dessus de tout soupçon de sexisme.

Les campagnes politiques sont-elles trop machistes?

L'EDITO

Il n’y a pas que Photoshop qui malmène l’image des femmes

D’un côté, des «héros de guerre» en pleine action. Droits, fiers, courageux et sans peur. De l’autre, des femmes et des enfants vulnérables qui réclament – à l’intérieur du foyer – d’être protégés. Voilà le type d’affiches qui étaient diffusées dans les années 1940 et qui visiblement provoquent un sentiment de nostalgie chez certaines formations politiques. Dans la dernière ligne droite de la campagne, celles-ci s’essaient donc à ce style que l’on pensait désormais enfermé au musée.

L’UDC, d’abord, avec son slogan qui a fait s’étrangler bien des Suisses en ouvrant leur boîte aux lettres le week-end dernier: «Pour protéger nos femmes et nos filles». Les sus-citées ont été ravies d’apprendre qu’elles étaient devenues les propriétés du parti, incapables d’assurer leur sécurité elles-mêmes. Le camp adverse ensuite, recourant à l’image fédératrice du football. Pourquoi pas. Mais n’y avait-il vraiment pas moyen de placer une femme dans un coin sur une photo comportant six mâles? Enfin, comme une apothéose, magique et surréaliste à la fois: la mémé convoquée par l’USAM, pleurant son petit-fils décédé dans le tunnel du Gothard.

Passives, victimes, inexistantes, fragiles, irrationnelles… les femmes sont représentées (quand elles connaissent le bonheur de la mention) dans ces communications politiques comme un électorat à part, appelant quasi à une mise sous tutelle. Alors oui, on nous accusera de voir le mal partout, d’être paranoïaques alors qu’il n’y a aucune intention de nuire. Effectivement, il y a peu de probabilité que ces représentations sexistes soient construites de manière consciente et volontaire. Il n’empêche, elles en disent long sur l’idée des femmes qu’ont les instigateurs de ces campagnes. Triste en 2016.

Cléa Favre, Journaliste

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Le dernier slogan sorti du chapeau par l’UDC – «Protéger nos femmes et nos filles» – en faveur de son initiative «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels» a déjà fait couler beaucoup d’encre scandalisée (voir «Le Matin» d’hier). Mais le premier parti de Suisse n’est pas le seul à représenter les femmes de manière problématique dans cette dernière ligne droite en vue des votations de dimanche.

Les hommes parlent aux hommes

Ses opposants, à travers le Comité contre l’initiative inhumaine de l’UDC, diffusent en parallèle un visuel représentant six jeunes hommes tout sourire tenant des ballons, au bord d’un terrain de foot. Un slogan: «Ne fichons pas la Suisse en l’air! Nous sommes dans la même équipe. Pendant et après le match. Avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.» Lorena Parini, maître d’enseignement et de recherche en Etudes genre à l’Université de Genève, commente cette exclusion des femmes: «Les citoyens sont toujours des hommes. Cela signifie: «On fait équipe, nous, les hommes». Elle observe également que la tendance est à utiliser toujours davantage le jargon sportif pour parler de politique. De son côté, Eléonore Lépinard, professeure associée au Centre en études genre de l’Université de Lausanne, se montre moins sévère. «Il s’agit de renverser les stigmates, en misant sur le côté rassembleur du sport, lié à la nation.» La chercheuse explique que les hommes immigrés sont victimes de clichés plus négatifs que les femmes immigrées, étant associés plus facilement dans l’imaginaire à la violence ou au chômage. «Il s’agit donc d’une stratégie que l’on peut comprendre. Même s’il est clair qu’elle vient renforcer les stéréotypes d’une masculinité triomphante, très traditionnelle. Tout en rendant les femmes invisibles. Celles-ci n’existent tout simplement pas.» Les concernés, par la voix du syndicaliste Aldo Ferrari, répondent en disant qu’il ne s’agit que d’une affiche parmi d’autres et que ce sport n’est pas mixte.

Autre exemple de communication douteuse: celle de l’Union suisse des arts et métiers (USAM) soutenant le tunnel du Gothard, publiée samedi. «Désolée grand-maman, ton petit-fils est mort dans le tunnel car je n’ai pas voté oui», peut-on lire aux côtés de la photo d’une vieille dame en larmes. «Quand on veut attendrir, on utilise les femmes. Celles-ci sont instrumentalisées. C’est énervant!» déplore Lorena Parini. «On représente ici la femme comme vieille, vulnérable, seule et passive, comme un être à protéger, dans le stéréotype le plus pur», réagit à son tour Eléonore Lépinard. Elle suppose que cette stratégie vise l’électorat féminin, encore considéré comme un ensemble de citoyennes de seconde zone. «On pense que l’on ne peut attirer le vote des femmes qu’avec le sentiment, l’émotionnel. Il n’est pas question ici d’arguments techniques ou financiers, alors qu’il me semble que ce sont eux qui importent dans cette campagne.» La défense n’est pas très musclée du côté de l’USAM: «Cela aurait pu être un grand-père ou un père. C’est un hasard. Je ne vois pas du tout le cliché sur les femmes. Sans 2e tube, le Gothard restera un tronçon sur lequel des hommes et des femmes perdront la vie», affirme Bernhard Salzmann, responsable de la campagne.

(Le Matin)

Créé: 23.02.2016, 06h30

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53 Commentaires

Jax Soa

23.02.2016, 07:01 Heures

Protégez nos femmes et nos filles..!!! C'est incroyable comme les gens peuvent voir du sexisme même dans les pub UDC!!!!! Je suis une femme et jai une fille et laissez moi vous dire que OUI nous sommes plus faibles vis à vis de la violence, regardez ce qui c'est passé en Allemagne!!!! En Allemagne c'était quoi alors..??????? Répondre


jean-hubert de Martigny

23.02.2016, 06:36 Heures

Si nous n'étions pas fous avant que de naître, nous ne sortirions pas du ventre de notre mère. Répondre



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