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«Les mutilations génitales restent un sujet tabou»

Droits humains

Le 1er juillet 2012 le code pénal suisse réprimera les mutilations génitales. Et les personnes qui envoient leurs filles à l’étranger pour subir ce genre de pratiques seront condamnables.

Par Laureline Duvillard. Mis à jour le 30.04.2012
Un couteau utilisé pour des excisions en Côte d'Ivoire.

Un couteau utilisé pour des excisions en Côte d'Ivoire.
Image: AFP

Des millions de femmes concernées

Dans le monde 140 millions de jeunes filles et de femmes ont subi des mutilations génitales, comme l’excision ou encore l’infibulation. Ces mutilations sont pratiquées sur des jeunes filles jusqu’à 15 ans.

En Afrique, environ 92 millions de jeunes filles de 10 ans et plus ont été mutilées. Les interventions sont souvent pratiquées par des circonciseurs traditionnels, mais plus de 18% des mutilations sexuelles sont effectuées par du personnel médical qualifié.

En Suisse, environ 7'000 femmes souffrent de mutilations sexuelles. En 2008, dans le canton de Fribourg, une Somalienne a été condamnée à 6 mois de prison avec sursis pour avoir renvoyé sa demi-sœur de 13 ans en Somalie, alors qu’elle savait que celle-ci allait se faire exciser.

En 2008, la Cour Suprême du canton de Zurich a condamné un couple de Somaliens. Ils avaient fait venir un médecin somalien à leur domicile pour exciser leur jeune fille.

En 2011, la Cour d’appel de Lenzburg a condamné un homme pour avoir préparé une excision. Il avait téléphoné à une gynécologue pour demander si elle pratiquait aussi l’excision. Il voulait exciser sa belle-fille de 11 ans.

Sources: OMS, Département fédéral de justice et police

L’Europe et les mutilations génitales

Le 1er juillet 2012, la Suisse révisera le code pénal relativement aux mutilations génitales. Elle fera alors partie des pays, comme la Suède, la Grande-Bretagne et la Norvège qui répriment clairement dans le code pénal les mutilations génitales.

Des pays comme l’Allemagne, la France, la Grèce, les Pays-Bas ou encore la Finlande continueront à comprendre les mutilations génitales dans les termes de lésions graves ou légères, comme la Suisse jusqu’au premier juillet.

A voir

La réalisatrice genevoise Agnès-Maritza Boulmer a réalisé un film sur le sujet de l'excision «La plaie et le couteau». Il a été tourné au Mali et au Sénégal.Il devrait être visible prochainement sur les écrans romands.

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Prendre le téléphone. Appeler une gynécologue et lui demander si elle pratique aussi l’excision. En 2011, un homme a été condamné par la cour d’appel de Lenzburg pour ces actes. Il désirait exciser sa belle-fille de 11 ans. La volonté de mutiler les jeunes filles dépasse les frontières. Et comme d’autres pays européens la Suisse est touchée par ce genre de pratiques.

«On estime à environ 7000 le nombre de victimes en Suisse, mais on n’a plus mené de sondage depuis 2004. Ce nombre est donc sans doute supérieur aujourd’hui au vu de la venue de nouveaux réfugiés de Somalie, d’Ethiopie et d’Erythrée, les communautés les plus concernées», souligne Katrin Piazza, porte-parole de l’Unicef (Fonds des Nations Unies pour l'enfance).

En tête des mutilations génitales les plus pratiquées, l’excision (ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres) et l’infibulation (rétrécissement de l’orifice vaginal par la création d’une fermeture).

«Pour l’instant nous n’avons pas connaissance de cas pratiqués en Suisse, car évidemment, les médecins ne le diraient pas. Mais on sait que plusieurs gynécologues ont déjà été contactés pour ce genre de pratiques», remarque Katrin Piazza. Et si en Suisse cette pratique choque ce n’est pas le cas dans plusieurs pays d’Afrique et de l’Asie du Sud. Endroits où certains parents n’hésitent pas à envoyer leurs jeunes filles pour leur faire subir une mutilation.

Bases légales plus claires

«Il est nécessaire de faire comprendre aux personnes concernées que ces pratiques nocives, effectuées dans diverses cultures et religions, s’apparentent à une norme sociale qui peut être éradiquée. Et non à une tradition inébranlable», note Karin Piazza. Une tâche difficile car «il faut lutter contre des préjugés, des croyances et des confusions», remarque le docteur Gàbor Vàradi, un des seuls médecins spécialisé dans la chirurgie reconstructrice pour les femmes mutilées.

L’information, l’éducation, mais aussi les bases légales, autant d’armes pour lutter contre les mutilations génitales. «Afficher légalement que les mutilations génitales sont réprimées est très important. Jusqu’alors elles étaient rangées dans la catégorie des lésions corporelles graves ou légères, le message n’était pas clair.

La nouvelle disposition permettra de montrer qu’en Suisse on n’accepte pas ce genre de pratiques», explique la conseillère nationale Maria Roth-Bernasconi (GE/PS), à l’origine de l’initiative qui a permis l’élaboration de cette nouvelle norme pénale.

En se donnant la possibilité de condamner jusqu'à 10 ans de prison les résidents du pays qui font subir à leurs filles des mutilations ou qui participent à ce genre de pratiques à l’étranger, la Suisse souhaite donner un signal fort. Même si le code pénal ne suffit pas à protéger ces femmes des mutilations génitales, comme le souligne Folco Galli, responsable de l’information au Département fédéral de justice et police. Les nouvelles bases légales permettront pourtant de mieux sensibiliser les communautés touchées. «C’est un instrument de prévention important et efficace», relève Katrin Piazza.

Dure reconstruction

Car les mutilations génitales restent un sujet encore peu abordé. «Nous sommes sur un terrain à connotation sexuelle et bien que dans notre société la sexualité s’affiche partout, elle reste taboue. Les médecins par exemple ne sont pas assez informés pour lutter contre ces pratiques. Ils sont formés à parler de la maladie et de la mort, mais pas du plaisir», constate Gàbor Vàradi, également fondateur de l’association de chirurgie humanitaire Swiss & Love.

Il opère environ 20 à 30 femmes par année. Un petit nombre par rapport aux milliers de victimes. «Car beaucoup ne savent pas encore qu’on peut les aider», note celui qui doit régulièrement se battre pour que l’assurance de base prenne en charge cette opération coûtant entre 4000 et 5000 francs.

Heureusement, «parfois, la chirurgie réparatrice n’est même pas nécessaire, une prise en charge psycho-sexologique suffit. En fait, les femmes qui me contactent ont déjà effectué un grand bout du chemin vers la guérison de leurs blessures.» (Newsnet)

Créé: 30.04.2012, 07h44

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