ACCUEIL 1.11.2014 Mis à jour à 23h51

Le tout nouveau vélo de l'armée déraille déjà

Finances

L’armée va dépenser 7 millions pour des vélos qui n’ont plus de fonctions militaires mais rendent Ueli Maurer heureux. Grincements.

Par Magalie Goumaz. Mis à jour le 26.05.2012
Basée à Zurich, l’entreprise Simpel livrera à l’armée suisse le vélo 12.

Basée à Zurich, l’entreprise Simpel livrera à l’armée suisse le vélo 12.

Articles en relation

Partager & Commenter

Mots-clés

Le ministre de la Défense Ueli Maurer fait décidément tout faux. Il veut acheter des Gripen? On lui reproche d’avoir choisi des Lego à monter soi-même. Il décide de changer les vélos militaires? Là, il n’y va pas de main morte et engage 7 millions de francs pour 2800 engins, soit 2500?francs par pièce. Avec une option pour 1300 exemplaires de plus. A ce prix, il aurait pu passer au vélo électrique… Dans les coulisses, on s’étrangle ou on ricane, c’est selon.

L’investissement est d’autant plus critiqué que la Suisse n’a plus de troupes de cyclistes depuis la réforme Armée 95. Actuellement, les vélos sont utilisés par les écoles d’officiers lors des exercices d’endurance, mais surtout sur les places d’armes pour effectuer de courts déplacements. Par exemple entre la caserne et la base aérienne ou pour contourner les pistes, pour citer l’exemple payernois. Dans la capitale fédérale, des fonctionnaires du Département de la défense pédalent également d’un bureau à l’autre.

Condor, l’entreprise jurassienne qui fournissait naguère l’armée n’existant plus, on ne trouve plus de pièces de rechange. Il a donc été décidé de passer à un nouveau modèle, plus léger, construit avec des composants existants sur le marché.

«On veut des explications»

«Mais 2500?francs, c’est quand même cher pour l’utilisation qui en sera faite», estime Thomas Ernst, directeur de l’enseigne Velo Zürich et ancien cycliste à l’armée. «Dans un commerce spécialisé, on peut éventuellement comprendre, car il faut tenir compte dans chaque prix de vente des conseils prodigués par un spécialiste. Mais quand on en vend des centaines d’un coup…»

A Lausanne, Olivier Murray, du magasin Hood Cycles, a surtout retenu la mauvaise qualité du nouvel engin. «A le voir en photo, je plains les soldats qui vont l’utiliser. C’est du vieux matériel, bas de gamme. Je pense que pour ce prix, on peut faire beaucoup mieux. Je ne vois pas où sont ces 2500?francs», lance-t-il. Armasuisse tient cependant à préciser que ce prix comprend l’entretien des vélos pour une durée de 10?ans. De quoi inciter le fabricant à livrer du bon matériel! Malgré cette précision, les parlementaires font également la moue. «Je ne veux pas créer inutilement un scandale mais je m’étonne également de ce prix car je connais le marché. Il faudra qu’Ueli Maurer nous donne des explications», lance le conseiller national Luc Barthassat (PDC/GE), membre de la Commission de la politique de sécurité. Pour sa part, s’il s’agit essentiellement d’une question de transport, il regrette qu’on n’ait pas songé à acquérir un vélo électrique. «L’armée aurait pu donner l’exemple, et en plus faire travailler les constructeurs suisses», estime-t-il. Au sein de la même commission, le socialiste vaudois Eric Voruz veut aussi remettre les pendules à l’heure. Armasuisse compte distribuer ces nouveaux vélos aux troupes début 2013. «Mais en commission, on n’a encore rien vu passer! Or j’estime qu’on est en droit d’avoir des explications. Si nous ne sommes pas convaincus par la nécessité d’acquérir ces vélos, il faudra demander à ce qu’ils soient biffés du budget», déclare Eric Voruz.

Mais un autre aspect suscite la polémique. Quatre fournisseurs de vélos seulement ont participé à l’appel d’offres. Et c’est une jeune entreprise zurichoise, Simpel, qui l’a emporté. Armasuisse assure que la procédure est conforme. Mais Velosuisse, l’association suisse des fournisseurs de bicyclettes, a failli s’étrangler en apprenant cet achat par la presse. «On vient d’en parler au sein du comité, avoue Thierry Bolle, de la société Scott basée à Fribourg. Autour de la table, personne n’a été sollicité par l’armée. Il a dû y avoir un gros bug car nous représentons d’importants acteurs de la branche. Nous allons probablement intervenir.»

Une troupe d’élite

Voilà de quoi navrer les partisans et les nostalgiques du vélo militaire. Car au bon vieux temps, comme on dit, le vélo militaire était couvert de louanges et rendait de sacrés bons services. D’ailleurs, on ne parlait pas de vélo mais de machine. Pendant la mobilisation, on l’utilisait pour patrouiller aux frontières et récolter des renseignements, se souvient ce nonagénaire jurassien. Les cyclistes de l’armée étaient aussi entraînés pour les missions urgentes en terrain difficile. Ils pouvaient par exemple se déplacer rapidement en attendant que les blindés se mettent en route, puis assurer les flancs. Le régiment stationné à Berne était notamment chargé de la sécurité du Palais fédéral.

La troupe de cyclistes, c’était aussi une élite, un esprit de corps. «N’y entrait pas qui voulait, raconte un ancien. Il fallait une bonne condition physique. Si les soldats n’avaient pas l’occasion de s’entraîner en dehors des jours de service, ils étaient foutus.» Les champions cyclistes du moment en faisaient ainsi tous partis. «Lorsque, pendant une semaine, on ne pédalait pas parce qu’on s’exerçait au tir, on frisait la mutinerie, poursuit notre interlocuteur. Il fallait avaler des kilomètres, et l’objectif de tous c’était les 200?kilomètres qu’on faisait à la fin.»

Mais peu à peu les troupes de cycliste ont perdu de leur superbe, écartées par la réalité des combats modernes. La Suisse a été un des derniers pays à les sacrifier. Parallèlement, le vélo militaire est devenu un objet mythique. Un adepte raconte qu’il l’avait pris avec lui à Paris, pour un séjour professionnel. «Je ne sais pas combien de fois on a essayé de me l’acheter!» Un intérêt que confirme Thomas Ernst, de Velo Zürich. «La demande en vieux vélos militaires suisses est supérieure à l’offre et les prix vont de 800 à 4000?francs pour les modèles spéciaux, explique-t-il. Nous pourrions en vendre beaucoup plus mais ça prend du temps pour les remettre en état.» Un destin que ne devrait pas connaître le nouveau modèle… Ancien cycliste à l’armée, Ueli Maurer l’a testé et en garde une bonne impression, à deux exceptions près: la selle s’imbibe d’eau en cas de pluie et ça mouille les fesses. Et on ne peut pas le conduire sans les mains. Mais le ministre sait que dans la vie, on ne peut pas tout avoir! (Le Matin)

Créé: 26.05.2012, 18h02

Sondage

Les films de super-héros...





Sondage

Faut-ils encore améliorer l'accès des handicapés aux lieux publics?




Biens immobiliers

Marché
Recherche immobilière

Liens Immobiliers
Déménager
Comparer hypothèques
Habiter
Publier une annonce
Saisir votre annonce
  • Les reportages vidéo du Matin

    Les reportages vidéo du "Matin"