Retour express pour les requérants des Balkans
Migrations
—Par Lise Bailat. Mis à jour le 21.08.2012
Mario Gattiker dirige l’Office fédéral des migrations (ODM) depuis le 1er janvier.
(Image: Georgios Kefalas/Keystone )
«Avec la Tunisie, les retours fonctionnent bien maintenant»
INTERVIEW de Mario Gattiker,
directeur de l'Office fédéral des migrations
??Vous accélérez la procédure pour les ressortissants des Balkans, mais que faites-vous pour les requérants issus
du Printemps arabe?
Nous avons défini une stratégie globale et nous traitons les demandes de Tunisie et du Maroc également comme une priorité mais pas dans un délai de 48?heures. Avec la Tunisie, les retours fonctionnent bien. Nous parvenons à 60% de renvois dans le cadre de Dublin. Avec le Maroc, la situation doit s’améliorer. Nous menons actuellement des entretiens avec les autorités du pays.
??Que fait l’ODM contre la criminalité imputée à ces requérants?
Ce problème affecte fortement le sentiment d’insécurité de la population. Nous le prenons au sérieux. Mais c’est la tâche des cantons de prendre des mesures. Notre contribution est de traiter avec une priorité claire les cas problématiques.
??Jugez-vous utile de prélever l’ADN des requérants d’asile comme le propose le commandant de la police jurassienne, Olivier Guéniat?
Nous n’avons pas eu besoin jusqu’à maintenant d’une telle mesure. Nous devons en discuter avec les cantons et en regard du droit.
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Un accueil, une audition, puis une décision dans les 48?heures si aucune clarification n’est nécessaire. Voilà ce que l’Office fédéral des migrations (ODM) a mis en place depuis lundi au Centre d’enregistrement et de procédure de Bâle pour les ressortissants des Balkans. Face à la pression des arrivées, de la population et des politiques, l’ODM teste une nouvelle stratégie.
«Nous ne traitons plus les demandes d’Erythrée, de Syrie ou d’Afghanistan de manière prioritaire, mais nous nous concentrons sur les personnes que nous pouvons de suite traiter et renvoyer. Il s’agit d’avoir de la place dans nos centres», explique le directeur de l’ODM, Mario Gattiker. Macédoniens, Serbes ou Bosniaques ont été de plus en plus nombreux ces derniers mois à affluer en Suisse, eux qui peuvent y venir sans visa. «Les bonnes perspectives économiques du pays, conjuguées au fait que la diaspora balkanique est grande en Suisse et que le taux de chômage explose chez eux expliquent ces arrivées», affirme Mario Gattiker. Mais les chances de ces requérants d’obtenir l’asile sont minces, de 0,5% précisément. D’où la création d’une task force spéciale à Bâle qui désormais traite les demandes d’asile en 48?heures pour ces ressortissants.
Une majorité de Roms
Ce qui ne convainc pas tout le monde. «Il est très important que les requérants soient en confiance pour livrer les motifs de leur fuite. Avec ces entretiens préliminaires, le risque existe qu’ils soient intimidés et qu’ils retirent leur demande d’asile sous pression. Ce serait fatal pour la protection des réfugiés», avertit Beat Meiner, porte-parole de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés. A l’opposé, l’UDC estime dans un communiqué que «ces procédures continueront de s’étendre sur des années, faute d’une adaptation des moyens de recours en justice». Mario Gattiker balaie les critiques. «Nous sommes corrects dans les procédures et nous avons demandé à la justice d’accélérer aussi son traitement.»
A Bâle, le chef du Centre d’enregistrement et de procédure, Roger Lang, est prêt à appliquer la nouvelle stratégie fédérale. Il reçoit dans la bâtisse d’une capacité d’environ 300?places, située à l’extrême limite du territoire helvétique. Visage fermé pour les adultes croisés tandis que les enfants se montrent curieux. Un garçon s’amuse en passant le balai. Pour beaucoup, c’est l’attente. A l’étage se trouvent les chambres. Douze lits et quelques effets personnels dans une vingtaine de mètres carrés. «Nous essayons de ne pas mélanger les ethnies. Pour ce qui est des ressortissants des Balkans, ils viennent tous de minorités. La majorité sont des Roms.» Sans aide financière pour le voyage de retour, l’Organisation internationale des migrants propose tout du moins d’organiser ce dernier. «Le voyage n’est pas si long jusqu’aux Balkans», estime Roger Lang. (Le Matin)
Créé: 21.08.2012, 23h20
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