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Suisse Sept raisons de dépénaliser le cannabis

Pour lutter contre le deal de rue dans les villes, la réflexion sur le contrôle officiel de la vente prend de l’ampleur.

?En Suisse, il y aurait au moins 300?000 fumeurs réguliers de cannabis.

?En Suisse, il y aurait au moins 300?000 fumeurs réguliers de cannabis. Image: Keystone

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Un groupe de députés genevois interpartis a lancé l’idée de créer à Genève des «clubs» où il serait autorisé de cultiver, distribuer et consommer du cannabis sans risquer les foudres de la loi. Autrement dit: créer un espace dépénalisé. Ce serait une expérience pilote menée sur trois ans. Des villes lémaniques mais aussi Zurich, Bâle et Berne ont repris l’idée. Depuis, la Commission fédérale pour les questions liées aux drogues (CFLD) et la Coordination politique des addictions (CPA, qui regroupe une trentaine d’associations faîtières helvétiques, notamment dans la santé) soutiennent la démarche.

Après plusieurs années de léthargie, le débat sur le cannabis revient en force. «Nous voulons soutenir les villes qui cherchent des solutions sur le marché des drogues pour lutter contre le deal de rue», confirme Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d’études des addictions (GREA).

Que ce soit à Genève ou à Zurich, la solution préconisée serait une régulation du marché, comme il en existe pour les produits addictifs classiques, alcool et tabac. Chacun est pourtant conscient que l’air du temps n’est pas spécialement favorable à la dépénalisation d’une drogue, fût-elle douce. Le dernier vote qui a porté sur la question en novembre 2008 a vu le refus du peuple suisse (63,2%). C’est pourquoi on préfère parler aujourd’hui d’une «régulation» avec de nombreuses bonnes raisons.

1) S’attaquer au marché noir

Depuis la fermeture des magasins de chanvre en 2004, la vente de cannabis est retournée dans la rue. Aujourd’hui, les dealers de cocaïne ou d’héroïne vendent aussi, et tout autant, de cannabis. En régulant le marché dans des associations ou des clubs, on leur ôte ce deal. On supprime aussi le contact direct entre le consommateur et le dealer de rue. Les taxes prélevées par l’Etat sur le commerce du chanvre seraient une nouvelle ressource, non négligeable, dans un pays d’environ 300 000 consommateurs réguliers.

2) Contrôler les produits vendus

Ces dernières décennies, le taux de THC dans le chanvre n’a cessé d’augmenter. Dans les années 1990, la moyenne de THC dans le chanvre était de 3% à 4%. Aujourd’hui, elle a plus que doublé, sans que le consommateur soit au courant lorsqu’il achète dans la rue. La régulation permettrait de contrôler et maîtriser la teneur psychoactive des produits. Et aussi de contrôler son origine ou sa teneur en pesticides.

3) Limiter la consommation et prévenir

La régulation du marché ne signifie nullement sa libéralisation. A l’instar de la cigarette, la consommation dans l’espace public est limitée à certains endroits. La vente du produit est aussi limitée à des horaires, comme pour l’alcool. Enfin, les lieux de vente constituent aussi des points d’ancrage pour la prévention, la limitation des risques et l’aide thérapeutique aux personnes dépendantes.

4) Protéger les mineurs

Jean-Félix Savary (GREA) constate avec ironie: «Actuellement, l’accessibilité aux produits est maximale, on ne peut pas faire mieux!» Pour lui, l’interdiction actuelle confine aux effets d’une libéralisation. La régulation du marché permettra de réduire le nombre de dealers, donc les possibilités de se fournir dans la rue, et ainsi de mieux protéger les jeunes.

5) Supprimer les dealers

On peut estimer à plusieurs centaines les dealers qui sévissent rien qu’à Genève, et ce, 24 heures sur 24. La distribution contrôlée de cannabis par l’Etat sous forme de clubs ou d’associations devrait sensiblement réduire ce nombre. Dans la rue, ne resterait que le marché de la cocaïne et de l’héroïne, sensiblement réduit.

6) Améliorer la sécurité de l’espace public

Le deal actuel dans les villes ne crée pas une criminalité d’une grande dangerosité. Mais il entretient un fort sentiment d’insécurité. Les habitants ont le sentiment que l’espace public est envahi par une activité illégale, qui perdure et s’aggrave, sans que personne n’y puisse rien.

7) Désengorger la police, la justice et les prisons

Avec environ 31 000 infractions à la loi fédérale sur les stupéfiants en 2013, uniquement pour consommation de chanvre et dérivés, les coûts policiers, judiciaires et sociaux sont très élevés pour la Suisse. La régulation du marché du cannabis permettrait d’épargner des ressources répressives au profit de la prévention ou du traitement des addictions. (Le Matin)

(Créé: 10.04.2014, 07h55)

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