Mardi 27 septembre 2016 | Dernière mise à jour 02:37

J.O. «Nous ferons plus pour le sport de haut niveau»

Ueli Maurer relativise la contre-performance suisse. Berne soutiendra davantage les athlètes de compétition mais ne dépensera jamais autant que ses voisins pour cela, dit-il.

Ueli Maurer: «Les performances sportives renforcent la confiance qu’un pays a en lui-même.»

Ueli Maurer: «Les performances sportives renforcent la confiance qu’un pays a en lui-même.» Image: Christian Hartmann/Reuters

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La Suisse visait sept médailles et en ramène quatre. Déçu?

L’objectif était optimiste. Je suis déçu pour les athlètes, surtout pour Fabian Cancellara, malchanceux, ou pour les escrimeurs, qui espéraient mieux. La Suisse aurait pu obtenir une ou deux médailles de plus. La moisson se situe dans le bas de la moyenne mais n’est pas catastrophique.

Manque-t-il la volonté politique de soutenir le sport de haut niveau?

Oui, par rapport à d’autres pays. Jusqu’ici, le Conseil fédéral ou le Parlement ont toujours refusé d’augmenter ce soutien. Nous ne ferons jamais autant que les pays de l’Est ou l’Allemagne, qui compte un millier d’athlètes de haut niveau payés par l’Etat.

«J’essaie de donner une impulsion», disiez-vous en février 2010. Qu’est-ce qui a changé?

La nouvelle loi sur l’encouragement du sport entrée en vigueur cette année donne, pour la première fois, une base légale pour soutenir le sport d’élite. C’est un changement important. Il est vrai que ses objectifs sont plus larges: elle rend obligatoires trois heures de gymnastique par semaine à l’école, encadre les enfants à partir de 5?ans dans le programme «Jeunesse+Sport». Par ailleurs, en février, le Conseil fédéral a soumis au Parlement un crédit de 50 millions pour aider les installations sportives d’importance nationale (CISIN 4). Le Conseil national l’a augmenté à 70 millions de francs, le Conseil des Etats votera cet automne. Nous avons soutenu financièrement des championnats du monde, intensifié les contacts pour améliorer la formation des entraîneurs. Ce sont les pierres d’une mosaïque, autant d’améliorations du système actuel.

… Que vous n’avez pas l’intention de changer?

Il fonctionne bien. Nous avons un bon tissu de fédérations sportives, de clubs, d’appui aux jeunes, de soutiens privés. Le rôle de l’Etat reste subsidiaire. On peut faire mieux en renforçant la collaboration entre acteurs, ou par des aides financières ciblées. Cette approche bénéficie aujourd’hui d’une majorité politique.

Que dépense la Confédération pour le sport d’élite?

L’aide est essentiellement indirecte. Nous mettons à disposition les compétences pour le diagnostic de performance, participons à la formation des entraîneurs, finançons Swiss Olympic. Au total, cela représente environ 15 millions de francs par an.

En vue des JO, la Grande-Bretagne a investi 150 millions de francs…

Le Canada, la Chine ou la Norvège ont aussi mis sur pied des programmes spéciaux. La Suisse l’a fait, à plus petite échelle, avant les Championnats du monde de ski à Crans-Montana. En Grande-Bretagne, l’argent a été pris sur le soutien sportif à la jeunesse. Je ne crois pas que cela serait accepté chez nous, et nous n’avons pas de moyens supplémentaires. C’est toujours la même chose: après des résultats en demi-teinte, on exige du pouvoir politique qu’il fasse davantage, mais quand il arrive avec des propositions, elles sont refusées.

Faut-il privilégier le sport d’élite ou de masse?

Les deux vont de pair. L’accent a été plutôt mis sur le second jusqu’ici, nous ferons plus pour le sport de haut niveau ces prochaines années. Je ne parle pas de douzaines de millions de francs, il n’y aurait pas de majorité pour cela. D’ailleurs la Confédération n’est pas seule, c’est aussi l’affaire de Swiss Olympic, des fédérations et des sponsors privés.

Gian Gilli, de Swiss Olympic, réclame un centre olympique, distinct de Macolin, pour 300 à 350 athlètes. Votre avis?

Les discussions s’orientent plutôt vers un agrandissement de Macolin, qui est réputé internationalement. Cela permettrait d’aider notamment les petites fédérations insuffisamment dotées pour payer des entraîneurs professionnels. Nous n’avons pas les moyens de financer un second centre, qui ne ferait pas beaucoup de sens, le pays est trop petit.

Plus d’argent amène-t-il plus de résultats?

Il y a un lien, mais ce n’est pas le seul facteur. Nous, Suisses, n’avons peut-être pas la mentalité absolue du gagneur. Les athlètes de haut niveau ne sont pas vraiment reconnus dans la société. Nos curleuses doivent prendre sur leurs vacances pour participer aux Championnats du monde, payer les voyages de leur poche. Dario Cologna est plus reconnu en Norvège qu’ici. Personnellement, je suis convaincu que les performances sportives renforcent la confiance qu’un pays a en lui-même.

Des JO en Suisse y contribuent-ils?

J’en suis persuadé. Ils suscitent des émotions, on se fixe des buts. Londres l’a montré, comme Vancouver, Lillehammer. Les JO y ont favorisé le développement du sport d’élite et de masse. Nous l’avons aussi vécu en co-organisant l’Euro 2008, le nombre de jeunes rejoignant des clubs a fortement augmenté.

Quel moment retenez-vous de votre visite aux JO de Londres?

Le fair-play du public. Voir 80?000 personnes se lever dans le stade et ovationner un coureur de 1500?mètres terminant dernier, un tour après les autres, était un moment fort.? (Le Matin)

(Créé: 18.08.2012, 23h00)

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