ACCUEIL 27.5.2012 Mis à jour à 11h13

Les méthodes du prof du Landeron font polémique chez les pédagogues

Réaction

Bouche scotchée, casquette arrachée, moqueries: fallait-il que l’enseignant neuchâtelois aille jusque-là? Les avis divergent.

Par Marie Maurisse. Mis à jour le 11.02.2012 63 Commentaires
La semaine dernière, un professeur du collège secondaire des Deux Thielles, au Landeron (NE), était accusé d’avoir frappé des élèves particulièrement insolents. Désormais suspendu, il confirme dans une interview publiée dans L’Express des gestes un peu brusques mais pas de coup de poing.

La semaine dernière, un professeur du collège secondaire des Deux Thielles, au Landeron (NE), était accusé d’avoir frappé des élèves particulièrement insolents. Désormais suspendu, il confirme dans une interview publiée dans L’Express des gestes un peu brusques mais pas de coup de poing.
Image: Laurent Crottet

Qu'aurait-il fallu faire quand...

...l’élève a refusé d’enlever sa casquette en classe?
Le professeur incriminé a fait sauter d’un coup de carnet la casquette que l’un des trois élèves récalcitrants s’obstinait à garder sur la tête, malgré le règlement. «Si le rappel des règles ne suffit pas, on envoie chercher le doyen ou le directeur, pense Blaise Richard, directeur du Gymnase de la Cité (Lausanne). Les réactions physiques sont à abolir.» Sortir l’élève de la classe, l’isoler de ses camarades est une solution souvent évoquée. Bernard André, formateur à la HEP de Lausanne, fonctionne autrement: «Je dis d’accord à l’élève, tu restes en cours comme ça, mais à la fin, nous aurons une discussion et je prendrai des mesures.»

...l’élève s’est moqué des «petits seins» de sa camarade?
L’un des élèves impliqués s’est moqué de la petite poitrine d’une camarade. L’enseignant a rétorqué que c’était un peu fort de la part de quelqu’un qui n’en a pas beaucoup dans le pantalon… «J’en ai une plus grosse que vous!» a aussitôt répliqué l’élève. Même si la tentation est grande, faire de l’humour avec les adolescents est presque impossible, pensent les spécialistes. «Une fois, j’ai traité des élèves de touristes et ils ont été très vexés, raconte Jean Rouiller, doyen de la formation préscolaire et primaire à la HEP de Fribourg. Dans cette situation, il faut condamner fermement les actes, mais pas stigmatiser l’élève qui les a commis. Je ne crois pas au professeur qui se comporte en copain.» D’autres pédagogues demandent à l’élève de s’excuser, par écrit si nécessaire, afin qu’il réfléchisse à son acte.

...l’élève a passé tout son cours à bavarder à voix haute?
L’enseignant avait aussi pour habitude de bâillonner les élèves les plus bavards avec du scotch. Pour Salima Moyard, présidente de la Fédération des Associations des maîtres du Cycle d’orientation (Famco, à Genève), l’hilarité de la classe est ainsi garantie, mais la victime se sent humiliée. Ce qui peut entraîner de la frustration et, potentiellement, de la violence. Alors quelle est la bonne solution? «D’abord, on sépare les élèves qui ne cessent de parler entre eux, dit-elle. Puis j’avertis une fois, deux fois. Si ça ne suffit pas, je l’écris dans leur carnet et je donne une punition. Pour moi, une punition, c’est quelque chose qui m’a pris trois secondes à imaginer mais qu’ils mettent une heure à faire.»

...l’élève a lancé une paire de ciseaux en l’air?
Lors d’un cours de dessin, une paire de ciseaux a volé au milieu de la classe, manquant de blesser quelqu’un. L’exemple le plus extrême du chahut qui régnait durant les leçons. Ni les heures d’arrêt, ni les multiples punitions n’ont réussi à calmer les agitateurs. A la HEP de Lausanne, Bernard André pense que c’est d’abord à l’enseignant de se remettre en question – ses cours sont-ils vraiment intéressants pour susciter autant de désordre? «Certains jeunes ne se rendent pas compte que jeter des ciseaux est dangereux, dit-il. Avant de sanctionner, il faut comprendre.» A Fribourg, Jean Rouiller est bien plus direct: «On le sort de la classe, on appelle les parents et on l’exclut quelques jours si nécessaire. Sinon, les autres élèves n’auront plus confiance dans l’enseignant.»

...l’élève a traité son enseignant de «con»?
«Ils m’ont traité de «con» dans mon dos, a déclaré à L’Express l’enseignant, désormais suspendu. Ils se foutent de la gueule des profs à longueur de journée.» Des provocations régulières, qui peuvent conduire l’enseignant à rendre la pareille. Alors c’est l’escalade. «Il faut surtout garder son calme, avertit Blaise Richard, au Gymnase de la Cité. Même si elle est indirecte, l’insulte doit être sanctionnée, après avoir eu une discussion de fond sur cette attitude.» Adjointe à la direction du Cycle d’orientation de Pérolles (FR), Violaine Clément n’hésite pas à interpeller directement les jeunes en leur demandant ce qu’il se passe. «La discussion est souvent utile, dit-elle. Mais parfois, elle est impossible sur le moment: il faut prendre du recul pour mieux réagir.»

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Trois élèves insolents, un enseignant à bout. Ce cocktail explosif a conduit, fin janvier, à la suspension du professeur du collège secondaire des Deux Thielles, au Landeron (NE), accusé d’avoir levé la main sur les trois réfractaires. Depuis la rentrée de septembre, ceux-ci multipliaient les provocations, allant jusqu’à insulter leur maître, qui jure qu’il ne les a pas frappés, mais admet notamment qu’il leur a enlevé une casquette de force (voir les cas concrets ci-dessous). Les autres élèves ont manifesté leur soutien à l’enseignant. Mais au sein d’une profession où le politiquement correct est de mise, qui a depuis longtemps abandonné le bonnet d’âne au profit du dialogue constructif avec l’élève, et manie la carotte plus volontiers que le bâton, on regarde d’un œil suspect les méthodes un peu brusques de cet enseignant. Pour Raphaël Lehmann, responsable de l’organisation de la formation à la HEP-BEJUNE (Haute Ecole pédagogique Berne, Jura, Neuchâtel), «ce n’est pas par la violence qu’on règle l’indiscipline. L’enseignant doit construire les règles avec ses élèves pour éviter de les imposer». Joli principe. Et en cas de dérapage? «Il n’y a pas de recette miracle, mais nous ne sommes pas démunis pour autant», confie-t-il.

Des théories quelque peu abstraites. Car si, malgré ses efforts, un élève n’écoute rien, jette ses ciseaux et menace ses camarades, l’enseignant est livré à lui-même et à ses réflexes. Faut-il qu’il évite de bousculer ces petits êtres fragiles, comme dans le sketch «l’instituteur», de Jean Dell? «J’ai signalé ton erreur sur ta copie en mauve, et non pas en rouge, pour ne pas te choquer», blague le comédien français. «Évidemment que l’idéal est de garder son calme, affirme Blaise Richard, directeur du gymnase La Cité (Lausanne). Mais on peut aussi montrer qu’on est fâché, nous sommes humains.» A la HEP de Fribourg, le doyen Jean Rouiller se souvient d’un collègue de la «vieille école, qui avait séparé deux garçons qui se battaient en les traitant de «connards». Ça ne les avait pas choqués, car c’était un bon enseignant». Au Cycle d’orientation de Pérolles (FR), Violaine Clément avoue qu’il lui arrive de «perdre les pédales. Au début de ma carrière, j’ai mis une claque à un élève. Je n’en suis pas fière, mais je peux vous dire que, parfois, j’ai bien envie de recommencer. Bien sûr qu’il faut rester au-dessus de ça, mais ils nous aiguisent tellement les nerfs…» Un jour, hors d’elle, elle se met à imiter un adolescent geignard. Il est parti en claquant la porte, elle l’a rejoint dans la cour. «Je me suis excusée, bien sûr. Puis j’ai essayé de comprendre pourquoi j’avais eu une attitude aussi infantile. Mais des débordements sont inévitables: moi aussi, j’ai retiré une casquette à un élève!»

Dans le milieu de l’enseignement romand, rares sont ceux qui parlent aussi librement de leurs accès de colère. Car, en théorie, il faut à tout prix les éviter et celui qui n’y arrive pas est soupçonné d’être incompétent ou de manquer de charisme. Dans les HEP, le sujet est abordé dans des modules intitulés «gestion de la classe» ou «enseigner à des adolescents», avec des jeux de rôle et des analyses de cas. Plus tard, les jeunes enseignants plébiscitent la formation continue: à Lausanne, un séminaire sur la violence organisé par la HEP est pris d’assaut chaque année. Est-ce suffisant pour parer aux agressions d’un adolescent? Non, regrette Salima Moyard, présidente de la Fédération genevoise des Associations des maîtres du Cycle d’orientation (Famco), qui aimerait avoir un «mode d’emploi» avec les élèves difficiles, elle qui a déjà évité de peu les coups. «Mais ce n’est pas à coup de formations que l’on vient à bout d’une crise, remarque au contraire Gilles Pierrehumbert, président de la Société vaudoise des maître-sse-s secondaires (SVMS). Lorsqu’un élève à qui vous demandez de rentrer en classe vous répond «je vous baise tous», vous ne pouvez rien faire, à part peut-être attendre qu’il se calme.»

Quand la situation dégénère, mieux vaut faire appel aux collègues ou à la direction. De nombreux collèges ont mis en place des procédures de médiation et des classes spéciales, où les élèves plus agités restent le temps de se calmer – comme la salle Pacem à Isabelle-de-Montolieu (Lausanne). «La structure fait sens, mais les enseignants ont peut-être tendance à trop s’en servir», selon le directeur Luc Schlaeppi.

Au final, pour l’enseignant, les options sont limitées. Il ne peut se contenter de dialoguer gentiment avec l’élève, mais pas non plus le bousculer. Et si la fermeté, sans humilier, est la meilleure des attitudes, elle ne marche pas toujours. Reste alors l’exclusion. Une solution de dernier recours, toujours frustrante, qui ne soulage ni l’élève, ni son maître. (Le Matin)

Créé: 11.02.2012, 22h02

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63 Commentaires

Ratrax Matrax

12.02.2012, 09:04 Heures
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La première chose, pour le bien de la société est de supprimer la fonction de pédagogue. Ce sont des inutiles qui coûtent énormément d'argent à la société. Pourquoi ne pas supprimer les pédagogues et engager des maîtres d'école ordinaire et de moins charger les classes? Aujourd'hui, on supprime des postes de profs pour les remplacer par des pédagogues. Ce sont eux qui foutent tout en l'air! ABE Répondre


Whyso serious

12.02.2012, 10:57 Heures
Signaler un abus 29 Recommandation

La première mesure à prendre serait de supprimer les Hautes Ecoles Pédagogiques (HEP) pleines de pédagogues néo-68ards à 2 balles, dont certains n'ont même jamais vu une salle de classe! Le dialogue, leur maître-mot! Quel dialogue? Avec un élève totalement abruti par MTV et Playstation? Une direction qui ne veut pas se mouiller? Des parents déconnectés qui pensent que tous les profs sont des c.... Répondre




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