«Mon retrait de permis est une injustice»
Transports publics
—Interview: Vincent Donzé. Mis à jour le 09.02.2012 103 Commentaires
Interview de l'expert Christian Fankhauser Secrétaire du Syndicat du personnel des transports, Lausanne
Que pensez-vous de cette sanction?
Les juges savent-ils qu’on ne freine pas dans un trolley comme dans une Smart? Un chauffeur doit gérer plusieurs paramètres parfois contradictoires: respecter l’horaire, résister à l’incivilité, garantir la sécurité. Ils se voient retourner à l’époque des fiacres.
Pourquoi un retrait de permis est-il problématique?
Un mois, c’est gérable avec les vacances, mais trois mois, c’est une durée qui peut déboucher sur un licenciement, ce qui équivaut à une double peine.
La profession est-elle toujours attractive?
Travailler le dimanche, subir des agressions, et écoper d’un retrait de permis, ce n’est pas très attractif. Avec la loi sur la circulation routière de 2005, une seconde d’inattention, et c’est la faute du chauffeur. Les professionnels de la route n’ont plus droit à l’erreur.
Deux trolleys qui se succèdent à un arrêt de bus, un piéton qui se faufile entre les deux véhicules au moment du départ et c’est l’accident: renversée sur le bitume, la victime est blessée au crâne. Sorti tout droit d’une terrasse de la zone piétonne pour sauter dans le bus, ce sexagénaire présentait un taux d’alcool de 2,37‰. L’incident remonte à l’été 2009, mais Jean-Paul Gaschen (63 ans) s’en souvient bien: «Je n’ai roulé que sur 1,5 mètre: des témoins ont vanté mon réflexe.» Le procureur a classé le dossier, mais alors qu’il est blanchi sur le plan pénal, le chauffeur est condamné au niveau administratif: la commission consultative du Service des automobiles ordonne un retrait de permis d’un mois, comme l’a révélé hier L’Express.
La loi prévoit que le permis peut être retiré lorsqu’un conducteur «s’est comporté de manière à mettre en danger la sécurité routière». Quelle est la faute commise par Jean-Paul Gaschen? Un manque de vigilance: selon la commission consultative, rien ne prouve que l’ivrogne se soit jeté devant le bus.
Le chauffeur en préretraite a recouru contre cette sanction auprès du Département de la gestion du territoire, dirigé par Claude Nicati, puis auprès du Tribunal administratif cantonal, en prétextant «la nécessité professionnelle qu’il avait de conduire un véhicule». Las! «Professionnels ou pas, tous les conducteurs sont égaux devant la loi», dit-on au Service des automobiles. Claude Nicati a rejeté le recours, en précisant que le taux d’alcool du piéton n’avait «aucune incidence» sur l’accident: la capacité de discernement face à un danger n’aurait pas été meilleure chez un enfant.
«C’est le résultat du durcissement de la loi sur la circulation routière», constate Vincent Brodard, juriste au Syndicat du personnel des transports. Jean-Paul Gaschen conduit des trolleys depuis 35 ans. Cet incident gâche-t-il sa préretraite? «Je n’ai rien à me reprocher et je ressens ce retrait de permis comme une injustice. Je ne suis pas fautif.» Conclusion du secrétaire syndical Vincent Brodard: «Ça devient dur pour les chauffeurs.» (Le Matin)
Créé: 09.02.2012, 22h12
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103 Commentaires
C'est pourquoi je dis toujours aux partisans de la zéro-tolérance qui veulent encore durcir les lois sur la circulation et s'imaginent à l'abri parce qu'ils respectent les règles: attention! vous, moi, n'importe qui, même le meilleur conducteur du monde, peut perdre son permis en Suisse pour une erreur minime - même sans être fautif au sens de la loi . Le conducteur parfait n'existe pas! Répondre
Alors venons sur un autre problème. Vous savez certainement que les mécaniciens CFF ont un permis de conduire délivré par l'OFT. Sachant que chaque année, env. 300 personnes se jettent sous le train (suicide), doit-on retirer le permis de conduire aux mécaniciens impliqués ? Répondre


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