ACCUEIL 27.5.2012 Mis à jour à 11h13

«Nous sommes des détecteurs de fumée»

Reportage au Kosovo 1/4

Pour la première fois, un officier suisse commande des troupes de l’OTAN. Dans le nord du Kosovo, où la situation est tendue, le colonel Conrad se bat pour promouvoir le dialogue.

Par Sébastien Jost (avec la collaboration de Vjosa Gervalla/Albinfo.ch). Mis à jour le 09.02.2012 19 Commentaires

1/7 Adolf Conrad, officier Suisse, commandant du JRD Nord sur le pont Austerlitz à Mitrovica

Michel Perret

   

Mini bio

Nom
Adolf Conrad

Âge
55 ans

Canton
Zurich

Parcours
Officier de carrière, le colonel a déjà participé à cinq missions de l’ONU, notamment au Liban, au Népal et en Erythrée. Il a également été attaché militaire à Madrid.

Les chiffres

5
Le nombre de Liaison and Monitoring Teams, deux suisses et trois slovènes, que commande le colonel Adolf Conrad.

7
Le nombre de municipalités qui composent le Joint Regional Detachment Nord, la zone territoriale commandée par le colonel Conrad.

209
L’effectif de soldats suisses présents au Kosovo.

Interview

Dragisa Milovic est l’un des quatre présidents de municipalités à majorité serbe du nord du Kosovo. Parfois taxées de structures parallèles, ces institutions ne sont pas reconnues par le gouvernement de Pristina. Les maires ont toutefois été élus démocratiquement.

Comment se passent vos rapports avec les militaires suisses?

Il y a une très bonne collaboration avec les soldats suisses. C’est une période difficile pour nous, il y a de nombreux challenges qui nous attendent. Mais en travaillant ensemble, nous parviendrons à maintenir la paix.

Quels sont vos principaux problèmes?

Un grave problème est le chômage, qui concerne tous les habitants ici. Nous avons également accueilli dans notre commune 3000 réfugiés après les violences de 2004. Le troisième problème est celui des infrastructures, en particulier l’électricité.

Quelles solutions voyez-vous?

Pour qu’il y ait un développement économique, il faut la stabilité politique. La solution est politique et passe par la négociation. Je reste optimiste. Nous pouvons vivre ensemble avec les Albanais, mais il n’est pas envisageable que Pristina nous impose notre manière de vivre ici.

C'est du jamais-vu dans l’histoire de la Confédération. Pour la première fois, un officier suisse commande des troupes de l’OTAN. Depuis le 1er janvier, le colonel Adolf Conrad est à la tête du Joint Regional Detachment (JRD) Nord au Kosovo. Il est directement subordonné au commandant de la KFOR, la force multinationale en place dans ce pays. Sa mission: coordonner le travail des Liaison and Monitoring Teams (LMT), des équipes qui sont en contact quotidien avec la population et les autorités locales.

Dans une salle bien chauffée du camp de Novo Selo, on oublie un peu le froid et la neige qui règnent à l’extérieur. C’est ici qu’avec une précision toute militaire, le colonel Conrad explique la mission de ses cinq équipes (deux suisses et trois slovènes). Le ton est déterminé, le regard bleu décidé. Au plus près du terrain, les LMT sont au courant des préoccupations des habitants, de leurs projets et des éventuelles tensions qui pourraient survenir. Possédant une vision globale de la situation, ils transmettent leurs observations au commandant de la KFOR à des fins opérationnelles. «Nous agissons comme des détecteurs de fumée», explique l’officier.

Autant dire que sa responsabilité et celle des LMT est de taille. Comme ils aiment à le dire, «nous sommes les yeux et les oreilles de la KFOR». L’officier zurichois de 55 ans, qui a 45 hommes sous ses ordres, insiste sur deux éléments. «Nous ne sommes pas un service de renseignements, car nous travaillons de manière ouverte, et nous ne sommes pas des combattants. Nous sommes des diplomates en uniforme et notre arme, c’est la parole.» Le pistolet fait toutefois partie de l’équipement du colonel à chacune de ses sorties, mais il est caché. «Il est là pour assurer notre défense personnelle, explique le commandant. Mais il ne doit pas être visible, nous devons garder la confiance de nos interlocuteurs.»

Situation calme mais tendue

Le JRD Nord où œuvre le colonel Conrad est composé de sept municipalités. Quatre sont dirigées par des maires kosovars d’origine serbe et trois par des maires d’origine albanaise. Mitrovica est la ville principale. Objectif d’Adolf Conrad: que les deux camps acceptent un jour de se parler. Le colonel zurichois ne désespère pas que cela se fasse d’ici à une année et il rend régulièrement visite aux quatre maires des municipalités à majorité serbe pour les encourager à dialoguer avec le gouvernement de Pristina, qu’ils ne reconnaissent pas. Charismatique et empathique, l’officier a ses petits secrets pour entretenir les relations. En offrant, par exemple, une bouteille d’abricotine ramenée de Suisse à ses interlocuteurs.

«Au Kosovo, la musique se joue au nord, affirme le colonel. La situation est calme, mais tendue et instable.» En novembre, de violents affrontements ont eu lieu entre des Serbes qui avaient érigé une barricade et des soldats de la KFOR venus la démanteler. Ces road blocks sont un des problèmes que doivent gérer le colonel Conrad et ses cinq LMT. N’acceptant pas le système douanier mis en place cet été par Pristina à la frontière avec la Serbie, les Serbes vivant au nord du Kosovo ont mis en place des by-pass, des routes alternatives à travers les bois. La KFOR a fermé ces pistes et, en retour, les Serbes ont bloqué certaines routes et passages stratégiques. Aujourd’hui, deux road blocks sont encore actifs, dont le célèbre barrage qui bloque le pont Austerlitz, à Mitrovica. Passant devant ce symbole, l’officier zurichois descend sans hésiter de son 4x4 et échange quelques paroles avec les habitants d’origine serbe qui surveillent la barricade 24/24. Malgré les slogans hostiles à l’OTAN sprayés sur les murs, le colonel ne se sent pas en danger. Ici, il est vu comme un «artisan de la paix», selon les termes employés à son égard par la presse serbe.

Rien n’est prévisible

Après avoir effectué cinq missions à l’étranger, notamment au Liban et en Erythrée, le Zurichois est bien placé pour dire qu’«au Kosovo, rien n’est prévisible. Chaque jour est un nouveau jour. L’incident le plus banal peut se transformer en conflit entre communautés. Le tout est de savoir distinguer une situation normale d’une situation exceptionnelle.» Dans ce contexte, la réputation de neutralité de la Suisse joue un grand rôle. «Nous sommes très bien accueillis des deux côtés, explique le colonel. Être Suisse est un grand avantage.»

Le colonel est en place pour une année. «Cette mission nécessite la mise en place et la consolidation de tout un réseau humain, qui n’est possible que si la confiance est installée entre nous et les deux communautés en conflit.» Même si la situation est difficile et complexe, Adolf Conrad reste optimiste car, contrairement à d’autres zones sensibles, il affirme que «celle-ci n’est pas sans issue». (Le Matin)

Créé: 09.02.2012, 22h18

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19 Commentaires

fifi brindacier

10.02.2012, 09:07 Heures
Signaler un abus 17 Recommandation

ça fait dix ans qu ils sont là bas rien ne change ils se foutent toujours dessus ...laissez les se démerder le peuple suisse s en fout royalement Répondre


Serge Leuba

10.02.2012, 09:40 Heures
Signaler un abus 9 Recommandation

MCR n'est plus là; vous pouvez rentrer les gars. Répondre




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