ACCUEIL 30.10.2014 Mis à jour à 15h58

En Suisse, moins de 20% des garçons sont circoncis

Polémique

Le débat sur la circoncision est vif depuis que l’Hôpital de l’Enfance de Zurich a décidé de l’interdire à titre provisoire. Mais en quoi consiste précisément cette pratique rituelle? Dix questions pour comprendre.

Par Albertine Bourget. Mis à jour le 28.07.2012 98 Commentaires
Cette image, prise cette année à Tahara, en Turquie, montre une circoncision musulmane. Aujourd’hui, dans les pays musulmans, l’ablation du prépuce se fait à l’hôpital, mais sous anesthésie locale. En Suisse, les circoncisions, qu’elles soient chirurgicales ou rituelles, se font sous anesthésie générale, à l’exception de la communauté juive.

Cette image, prise cette année à Tahara, en Turquie, montre une circoncision musulmane. Aujourd’hui, dans les pays musulmans, l’ablation du prépuce se fait à l’hôpital, mais sous anesthésie locale. En Suisse, les circoncisions, qu’elles soient chirurgicales ou rituelles, se font sous anesthésie générale, à l’exception de la communauté juive.
Image: Christian Werner/laif

Articles en relation

Partager & Commenter

En juin dernier, un tribunal de Cologne jugeait illégale la circoncision religieuse de jeunes enfants, au motif qu'ils n’étaient pas en mesure de donner leur avis. Le débat a atteint la Suisse lorsque les hôpitaux pédiatriques de Zurich et de Suisse orientale à Saint-Gall ont décidé de suspendre les interventions. Mais au fait, c’est quoi exactement, une circoncision? Pourquoi est-elle pratiquée et comment?

1) La circoncision, c'est quoi?

A la naissance, le prépuce, la petite peau qui recouvre le gland, dispose d’un orifice tout petit qui permet d’uriner, mais ne peut pas être rétractée pour découvrir le gland. Ce rétrécissement du prépuce, appelé phimosis dans le jargon médical, aura disparu naturellement chez 85% des garçons à l’âge de 2?ans. La circoncision consiste, comme le rappelle le service de chirurgie pédiatrique du CHUV dans le document remis aux parents demandeurs de l’opération, à «ôter toute la peau du prépuce jusqu’au sillon situé à la base du gland. Le gland est alors totalement et définitivement découvert.» Au-delà des 2?ans d’âge, une petite minorité de garçons doivent subir une intervention chirurgicale. Il peut s’agir d’une circoncision ou d’une plastie du prépuce, opération qui laisse le prépuce intact mais permet sa rétractation. Les circoncisions non médicales se font à la demande des parents, pour des raisons diverses, religieuses et culturelles.

2) Qui la pratique?

«Dieu dit à Abraham […] ‘Voici mon alliance que vous garderez entre moi et vous, et ta trace après toi: tout mâle d’entre vous sera circoncis. Vous serez circoncis quant à la chair de votre prépuce et cela deviendra le signe de l’alliance entre moi et vous, suivant vos générations. (Genèse 17, 9-13)» L’ablation du prépuce est un rite vieux de plusieurs millénaires, aux significations multiples. Dans l’Egypte des pharaons, elle était synonyme de fertilité. Elle reste répandue en Afrique, où elle est vue comme un rite de passage dans de nombreuses ethnies. Symbole de l’alliance entre Dieu et la descendance d’Abraham, elle est fondamentale dans l’islam et le judaïsme: dans la communauté juive, l’intervention concerne «une très grande majorité des nourrissons de sexe masculin», confirme Sabine Simkhovitch-Dreyfus, vice-présidente de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI). Directeur de la Fondation pour l’Entre-Connaissance à Genève, Hafid Ouardiri indique que «toutes les familles musulmanes, pratiquantes ou pas, font circoncire leurs garçons, car de cette manière ils les inscrivent dans la lignée d’Abraham». Certains parents préfèrent faire faire l’intervention dans leur pays d'origine, car «cela donne lieu à une grande réunion de famille». Ces deux communautés ne sont pas les seules à pratiquer le rite, de nombreuses familles originaires d’Afrique ou du Proche-Orient, y compris chrétiennes, perpétuent la tradition.

3) Combien de circoncisions rituelles?

La Suisse ne dispose pas de statistiques officielles, mais elle fait partie des pays où le taux de circoncision est estimé à moins de 20% de la population mâle, comme le reste de l’Europe. En plus des bébés circoncis dans la communauté juive, entre 100 et 200 chaque année, il faut se reporter aux chiffres fournis par les différents établissements médicaux de Suisse pour avoir une idée des chiffres: 50 circoncisions rituelles à Bâle, 7 à Coire, une centaine à Bienne, 75 au CHUV.

4) Comment ça se passe?

Dans le judaïsme, l’intervention, extrêmement codifiée, se fait le 8e?jour après la naissance, sauf en cas de poids trop petit, maladie, problème de coagulation sanguine. Elle est effectuée par un circonciseur rituel appelé «mohel», en l’absence des femmes, au moyen d'instruments coupants traditionnels. Il n’y a pas de «mohel» établi en Suisse romande, donc ils viennent en général de Suisse alémanique ou de France. Chez les musulmans de Suisse, les enfants ont entre 1 et 5?ans et sont opérés à l’hôpital.

5) Est-ce que ça fait mal?

«La circoncision traditionnelle se fait à vif. Et dire que l’on fait une anesthésie locale en utilisant une pommade anesthésiante est un mensonge. On ne fait qu’anesthésier la peau du prépuce et pas la verge. Même chose pour l’injection à la base de la verge», explique le docteur Olivier Reinberg, chirurgien pédiatre au CHUV. Donc oui, ça fait mal. «Nos connaissances sur la mémoire de la douleur chez l’enfant ont été rendues possibles par l’étude des enfants nord-américains circoncis en période néonatale ou postnatale en 1986-1987», rappelle le professeur. En Suisse est pratiquée ce que l’on appelle le bloc pénien, soit l’anesthésie des nerfs dorsaux du pénis. Une injection délicate sur un enfant qui gigote et qui est donc systématiquement associée à une – légère – anesthésie générale. «Nous n’allons pas faire changer d’avis les parents qui veulent une circoncision rituelle. Ils la feront faire de toute façon. Notre attitude se veut pragmatique. C’est justement pour éviter tout problème, et surtout que les enfants souffrent, que nous acceptons de faire cette intervention», souligne Olivier Reinberg.

6) Est-ce dangereux?

Si l’ablation du prépuce est faite de manière traditionnelle, des risques d’infection, de plaie du gland ou de mauvaise cicatrisation ne sont pas à exclure. Les chirurgiens doivent parfois rattraper les circoncisions faites au moyen, par exemple, de la cloche en plastique «Plastibell», qui fait comme un garrot autour du prépuce. Il peut alors s'agir de chirurgie esthétique. A ceux qui voudraient faire interdire la pratique, Hafid Ouardiri prévient que «ce serait faire courir un danger aux enfants, car cela continuera à se faire mais de manière clandestine, loin de tout contrôle médical».

7) Est-ce un traumatisme?

Devenus adultes, certains circoncis dénoncent une «mutilation» et affirment se souvenir de la douleur ressentie. La doctoresse et philosophe suisse Alice Miller et avant elle le psychanalyste hongrois Sándor Ferenczi avaient notamment étayé cette idée d’un traumatisme. Si le docteur Olivier Reinberg indique ne pas pouvoir se prononcer, Hafid Ouardiri s’agace. «L’enfant né et grandit sous la protection de ses parents. Il ne peut pas décider lui-même de sa circoncision, comme le bébé ne décide pas à sa naissance si l’on doit lui couper le cordon ombilical ou pas.»

8) Qui paye?

En Suisse, les circoncisions rituelles à la demande des parents ne sont pas prises en charge par la LaMal. Une intervention non justifiée sur le plan médical coûte entre 600 et 1000?francs. Dans la communauté juive, le montant tourne autour du millier de francs, selon les coûts engendrés par le déplacement du «mohel» chargé de l’acte. Si les parents ne peuvent payer l’opération, la communauté répond présente.

9) Sinon, est-ce utile?

De nombreux bienfaits sont attribués à la circoncision. Citons notamment une meilleure hygiène et la prévention du cancer du pénis. Ces dernières années, plusieurs études auraient prouvé qu’un pénis circoncis serait une protection efficace contre la transmission du sida. Mais elles restent largement controversées et à l’heure actuelle, ces bienfaits «n’ont encore jamais été scientifiquement confirmés», souligne le professeur Reinberg. Quant aux études qui indiquent que le plaisir sexuel serait amplifié avec un pénis circoncis, elles sont régulièrement opposées à celles qui clament le contraire…

10) Et le décalottage?

L’argument de l’hygiène a très longtemps été mis en avant pour conseiller la pratique, encore répandue, du décalottage. Vu comme un substitut de la circoncision, le décalottage, qui consiste à tirer en arrière la peau du gland, fait souvent «des petites déchirures à peine visibles qui laissent une cicatrice qu’il faudra opérer par la suite». Cette image, prise cette année à Tahara, en Turquie, montre une circoncision musulmane. Aujourd’hui, dans les pays musulmans, l’ablation du prépuce se fait à l’hôpital, mais sous anesthésie locale. En Suisse, les circoncisions, qu’elles soient chirurgicales ou rituelles, se font sous anesthésie générale, à l’exception de la communauté juive. (Le Matin)

Créé: 28.07.2012, 23h12

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

Caractères restants:

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

98 Commentaires

Paul Martin

29.07.2012, 00:46 Heures
Signaler un abus 50 Recommandation 1

La circoncision est une mutilation sexuelle effectuée sans consentement éclairé lorsqu'il s'agit d'un enfant. les adultes doivent protéger son intégrité physique. un adulte est libre de mutiler son corps en toute connaissance de cause. pas un enfant. Répondre


Kay Eisendraut

28.07.2012, 23:32 Heures
Signaler un abus 43 Recommandation 0

C'est des conneries veilles de plusieurs 1000 ans. Si on respectait les écrits de la Bible (le Coran c'est la même chose) on pourait plus rien faire. C'est des livres écrits par les hommes rien de plus. Répondre



Sondage

Si vous pouviez devenir propriétaire de votre logement,vous choisiriez...






Sondage

Est-on assez sévère avec les bénéficiaires de l'aide sociale?




Biens immobiliers

Marché
Recherche immobilière

Liens Immobiliers
Déménager
Comparer hypothèques
Habiter
Publier une annonce
Saisir votre annonce

Service clients

Contact
  • Abonnement et renseignements
    Nous contacter
    lu-ve 8h-12h / 13h30-17h
    Tél. 0842 833 833, Fax 021 349 31 69
    Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
    Adresse postale:
    Le Matin, Service clients, CP, 1001 Lausanne