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«La Suisse n'a aucune raison de changer de stratégie fiscale»

Ueli Maurer

En pleine tornade, c'est en substance ce que dit le président de la Confédération qui a accordé une grande interview au "Matin Dimanche".

Par Propos recueillis par Ariane Dayer et Magalie Goumaz . Mis à jour le 14.04.2013 56 Commentaires
Ueli Maurer estime que la Suisse ne doit pas changer de stratégie fiscale.

Ueli Maurer estime que la Suisse ne doit pas changer de stratégie fiscale.
Image: Yvain Genevay

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Le Luxembourg accepte l’échange automatique d’informations. La Suisse a-t-elle encore le choix?

Bien sûr! C’est un moment dangereux pour la Suisse mais, contrairement au Luxembourg, nous ne sommes pas membres de l’Union européenne, nous répondons au standard de l’OCDE. Il n’y a aucune raison de changer de stratégie maintenant.

Mais c’est une question de temps, non?

La seule chose qui peut nous faire changer de position, c’est la pression intérieure. Pour le reste, gardons notre ligne et ne nous laissons pas influencer par ce qui se passe en Europe. En Asie et aux États-Unis, je constate que ce n’est pas un thème. Il n’y a donc aucune raison pour que cela en soit un chez nous!

Le Luxembourg a fait un coup marketing génial en annonçant qu’il sera bientôt plus propre que les autres. Pourquoi ne l’avons-nous pas fait nous-mêmes?

On a déjà fait des concessions. Dernièrement encore, avec l’accord FATCA signé avec les Etats-Unis. De plus, le secret bancaire n’a plus autant d’importance qu’il y a deux ou trois ans, car la force de la place financière tient aujourd’hui aussi à la stabilité politique de la Suisse, à sa fiabilité et à sa crédibilité. Les banquiers me disent que c’est ce qui fait venir les clients étrangers.

Qui est-ce qui pourrait faire basculer l’opinion en Suisse: les socialistes?

Ça commence par les médias. Vous ne défendez pas les valeurs de la Suisse. Vous attaquez toujours notre système. Il suffit que quelqu’un fasse une critique au fin fond du Luxembourg ou de l’Espagne pour que vous relayiez la critique, pour que vous exigiez qu’on corrige nos erreurs. Pourquoi créez-vous cet état d’esprit? Pourquoi ne défendez-vous pas plus nos valeurs?

Le secret bancaire, c’est une valeur?

Oui, au même titre que le secret médical. L’Etat doit absolument respecter la sphère privée. Je n’ai pas à savoir ce que vous faites chez vous le soir, ça vous appartient. Pareil pour ce qu’il y a sur votre compte bancaire.

Et les journalistes ne sont pas assez patriotes?

Vous cherchez toujours des histoires. Et celles qui sont contre la Suisse vous plaisent plus que les autres.

Mais c’est le rôle de la presse d’être critique.

Oui, mais je constate qu’il y a une grande différence avec la presse d’autres pays. C’est aussi dû à une certaine culture suisse. Nous avons une mentalité modeste, réservée.

Et nous ne sommes pas assez fiers de notre pays, comme vous le dites souvent?

Exactement. Moi je suis très fier de nos valeurs, de notre richesse, de notre culture. La Suisse est un pays de cocagne parce qu’on a travaillé pour en arriver là. Notre pays est une confédération de minorités, elles doivent se défendre contre les majorités, ça nous a rendus prudents. Nous sommes petits en taille mais nous sommes régulièrement classés parmi les meilleurs en matière économique. Je trouve que vous, les journalistes, vous devriez le rappeler plus souvent.

Nous ne devrions donc rien dévoiler du fonctionnement des sociétés offshore? Ni dire que des familles riches comme celles de Gunter Sachs ou Thyssen bénéficient de montages financiers pour ne pas payer leurs impôts?

Je sais que vous aimeriez bien me faire dire que je suis choqué ou en colère, vous n’y arriverez pas. Dans chaque système, il y a des possibilités pour passer entre les mailles du filet. Il faut corriger ces failles, c’est tout.

Tout de même, vous qui parlez de valeur, vous ne trouvez pas scandaleux de tricher avec les impôts?

Vous, vous voulez toujours chercher un groupe en colère pour le titre de votre journal du lendemain, mais c’est vain. Le système doit d’abord garantir la liberté aux citoyens. Qu’il y ait des failles est le prix à payer pour cette liberté.

La France lance le débat sur la déclaration de patrimoine des politiciens. Y êtes-vous favorable?

Si c’est volontaire pourquoi pas? Mais je ne suis pas pour un système qui rendrait cela obligatoire. Les politiciens ont droit à leur sphère privée, comme les citoyens.

Vous, vous auriez quoi à déclarer comme patrimoine?

Ça ne me pose pas de problèmes de le dire. A l’époque, je ne gagnais pas beaucoup d’argent et j’ai six enfants dont trois encore aux études. J’ai une maison hypothéquée et une voiture, une Subaru vieille de neuf ans. Et j’ai neuf vélos.

Neuf?

Oui et aussi des super skis de fond! Mais je vis simplement.

La France a passé les deux dernières années à critiquer la Suisse. La voir aujourd’hui en flagrant délit d’évasion fiscale d’un ministre vous fait rire?

Aujourd’hui on attend une morale élevée de la part des politiciens ou des officiers de l’armée, c’est l’esprit de l’époque et c’est bien comme ça.

Vous avez vu ces images passer en boucle ces derniers jours, ce ministre, Cahuzac, mentir à son parlement. Ça ne vous choque pas?

Je n’ai pas la télévision. Je n’ai donc pas vu ces images. Les problèmes suisses me suffisent. Je ne passe pas mon temps devant l’écran, je préfère faire du sport.

Cette semaine, vous n’avez-vous donc pas eu l’impression d’être un président de crise?

Non. De toute façon, notre système ne permet pas à un président d’endosser un tel rôle. Il peut donner des impulsions, mais pas se comporter comme un roi. En plus, nous ne sommes pas en crise. La crise, elle est autour de nous mais pas dans le pays. Il faut en être conscient, l’analyser, mais inutile de s’affoler et d’agir dans la précipitation. Rien n’est urgent, il faut garder notre calme. La stabilité, c’est le plus important. Hier, j’ai fait visiter la salle du Conseil fédéral au chef du gouvernement du Liechtenstein. Je lui ai dit que les tables étaient placées comme ça depuis cent quarante ans. Qu’on sait déjà, par exemple, quand auront lieu les votations fédérales jusqu’en 2080.

Mais c’est désespérant…

Non, c’est fantastique. Ça, c’est de la stabilité!

Vous êtes donc vous aussi un président «normal»?

Oui, je crois qu’on peut dire ça.

Pourquoi avez-vous envie de faire un marathon des communes le 1er Août?

Le 1er août, on peut dire ce qu’on veut et personne ne peut répondre… Plus sérieusement, pour un politicien, la fête nationale est l’occasion de rencontrer les citoyens de différents milieux et cultures, d’aller dans des communes urbaines et montagnardes. J’aime cette diversité. C’est notre force.

Voir le président de la Confédération, ça fait du bien aux gens?

Oui. Cette semaine, j’ai fait mes achats à la Coop à Münsingen. J’ai discuté une heure avec les gens. D’abord avec le boucher, puis avec d’autres clients.

De quoi leur avez-vous parlé?

On a commencé par parler du scandale de la viande de cheval, puis de la météo. On m’a posé une question sur le Luxembourg en lien avec la fiscalité.

Et qu’avez-vous répondu?

Ce n’est pas ce que le président répond qui compte. Pour les gens, ce qui est important, c’est de pouvoir parler spontanément avec un conseiller fédéral. Il est là, il a du temps, il fait la même chose qu’eux, c’est-à-dire qu’il achète sa salade, de la viande, demande où sont les sacs… Ces contacts simples et directs renforcent la confiance entre la population et le gouvernement et j’y tiens même si ça prend du temps de faire ses courses. Récemment, j’étais aussi à Fribourg pour le match de hockey Suisse-Russie. Avec des spectateurs, on a discuté jusqu’à passé minuit autour d’une bière!

Si vous aimez le contact, pourquoi avoir fermé votre compte Facebook?

J’étais sceptique dès le départ et ce sont mes collaborateurs qui m’ont persuadé de le faire. Ce n’est pas une forme de communication qui correspond à ma fonction. Chacun doit pouvoir dire ce qu’il veut mais le président de la confédération doit soigner un certain niveau, donc Facebook n’est pas le bon canal.

La croix, les pommes, les vaches: c’est plutôt ça votre marketing politique?

C’est effectivement mon style et il ne date pas d’hier. Je fais du vélo depuis quarante ans. Je vais à la montagne depuis quarante ans. Je n’ai pas changé et ceux qui me connaissent le savent.

Est-ce que vous aimez la Suisse plus que les autres?

Non. Chacun aime la Suisse à sa manière, même vous peut-être. Moi, j’ai simplement la mission de le dire. Il y a quinze ans, c’était presque interdit de porter un tee-shirt avec une croix blanche. Maintenant, c’est bien vu.

Pourtant, vous voulez arrêter la Patrouille suisse et la Patrouille des Glaciers: pas très patriote?

Parfois, le patriotisme coûte cher! La Patrouille des Glaciers est plus valaisanne que nationale. Plus de 40% des participants viennent de ce canton. 90% des participants ne sont pas des militaires actifs. Alors l’armée doit-elle mobiliser beaucoup de personnes pour cette manifestation, même si elle est excellente et que je compte bien y participer l’an prochain? On peut se poser la question.

Y a-t-il un style Maurer pour gérer les séances du Conseil fédéral?

Je me prépare toujours très bien pour être efficace. Jusqu’à maintenant, ça a bien fonctionné. Mais ce n’est pas si difficile, mes collègues sont très agréables.

Et vous finissez par une fondue?

On l’a fait deux fois, c’est vrai. Pendant les séances, chacun défend ses positions. Alors pour moi, il est important d’avoir des moments où nous sommes plus détendus.

La fondue créée la bonne humeur, même au Conseil fédéral?

Le mercredi, nous essayons effectivement de manger ensemble. Pas toujours de la fondue je vous rassure. Cette semaine, nous avions un gâteau pour l’anniversaire de Doris Leuthard. Et j’essaie aussi d’organiser des rencontres bilatérales. Récemment, j’ai mangé une fondue – encore une - avec Alain Berset au Café du Midi à Fribourg.

En juin, les Suisses vont décider s’ils veulent élire le Conseil fédéral. Si tel est le cas, selon les sondages, vous ne seriez pas élu…

Les sondages c’est une chose. L’important, c’est ce que le peuple décide. Et j’ai des hobbys pour m’occuper si nécessaire.  (Le Matin)

Créé: 14.04.2013, 11h37

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56 Commentaires

Lily Houard

14.04.2013, 08:58 Heures

De toute façon, c'est au CONTRIBUABLE de déclarer son fric et non aux banques de dénoncer les clients. Non mais... Est-ce que les Supermarchés nous dénoncent lorsqu'on achète une paire de slip ??? Répondre


Paul Martin

14.04.2013, 08:33 Heures

Bien sûr que la crise actuelle concerne aussi la Suisse. Par contre, si l'UE et en particulier les français ne savent plus comment trouver du fric pour ne pas sombrer complètement, ce n'est pas notre problème ! On dirait qu'Ueli Maurer contrairement à certains de ses prédécesseurs, à l'intention de garder son slip. Oui à l'échange d'informations mais en tout cas pas sur base automatique ! Répondre



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