Mardi 28 mars 2017 | Dernière mise à jour 13:33

Argent Le prêt sur gage refait surface

Le cinquième mont-de-piété suisse ouvre à Lausanne. Un regain d’intérêt révélateur.

L’expert gemmologue Juan Caido relance le prêt sur gage à Lausanne. Selon lui, la demande est importante.

L’expert gemmologue Juan Caido relance le prêt sur gage à Lausanne. Selon lui, la demande est importante. Image: Jean-Guy Python

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Ce business a mauvaise réputation. Cela n’empêche pas Juan Caido, expert en bijoux et courtier, d’ouvrir un service de prêt sur gage à Lausanne le 1er novembre. La police du commerce du canton de Vaud n’avait pas délivré d’autorisation de ce genre depuis 1976. Tout simplement parce qu’elle n’avait plus reçu de demande. La Suisse comptera donc cinq services de prêt sur gage, avec ceux de Berne, Genève, Zurich et Lugano. A Berne, l’établissement a vu le jour en juillet dernier, et son responsable, Mehmet Candan, est extrêmement satisfait de ses affaires. Une centaine de personnes lui proposent quotidiennement bijoux, manteaux ou encore diamants.

Alternative aux banques

Comment expliquer ce retour en force d’un mode de financement qui semblait plutôt appartenir à la mythologie cinématographique? Juan Caido estime que la demande est réelle. «Jusqu’à maintenant, je ne pouvais que proposer à ma clientèle de vendre. Or une personne sur deux qui franchit ma porte veut conserver son objet», affirme-t-il. Assis à son bureau de la rue de Bourg, le futur prêteur sur gage se montre intarissable sur les avantages de cette activité. «Elle permet de lutter contre le surendettement, car la personne ne s’endette pas en laissant un gage. Et si elle ne parvient pas à rembourser l’avance reçue, elle ne sera pas poursuivie. Son objet sera simplement mis en vente», argumente-t-il, précisant que son business évite aussi les histoires à l’intérieur des familles liées au prêt, et fait ainsi «baisser les tensions intracommunautaires».

De son côté, Mehmet Candan explique son succès bernois par l’alternative qu’il représente par rapport au système bancaire: l’argent est délivré immédiatement, discrètement, sans paperasse et sans restriction par rapport aux personnes qui seraient aux poursuites par exemple.

Face au discours commercial, difficile de savoir si le prêt sur gage est de nature à aider ou à enfoncer. Sébastien Mercier, collaborateur juridique au Service Dettes Conseil de Caritas, estime que l’initiative de Juan Caido n’aura pas d’impact sur le surendettement dans le canton de Vaud. «Si une personne dispose d’un bien capable de rembourser une dette spécifique, alors oui cela peut aider. Mais ce n’est pas la réalité du surendettement. En moyenne, les ménages surendettés ont 65 000 francs de dettes et n’ont plus de biens à mettre en gage», explique-t-il, sceptique.

Des personnes très précarisées

Quelle est l’expérience des acteurs présents à Genève, où un établissement de prêt sur gage exerce depuis plus de 140 ans? «En 10 ans, j’ai dû voir 10 personnes recourant à ce service», répond Adrien Busch, assistant social au Centre social protestant (CSP) de Genève. «Je pense que ce sont des personnes encore plus précarisées que celles que nous rencontrons qui y ont recours.» Sentiment non confirmé par l’Hospice général qui n’a aucun retour sur cette pratique, les bénéficiaires n’évoquant pas le sujet avec leur assistant social.

L’impact du prêt sur gage reste donc méconnu. D’autant plus que peu d’études s’y sont intéressées. Le travail sociologique d’Elisabeth Soriano – qui a observé le Crédit municipal de Lyon en 2012 – permet tout de même de mettre en exergue un risque d’engrenage pour ceux dont la situation financière stagne ou s’aggrave. Ceux-ci, attachés à un objet qu’ils ne sont pas prêts à mettre en vente, vont payer des intérêts pendant des années, au détriment d’autres postes de dépenses. D’un point de vue plus général, ces ouvertures ne sont pas une bonne nouvelle aux yeux d’Adrien Busch qui se dit effrayé et inquiet. «Si des entreprises se créent en espérant un rendement, c’est très mauvais signe. S’il y a une demande, c’est que les gens sont dans le besoin. Il faut vraiment être pris à la gorge pour louer des biens auxquels on tient, en espérant les récupérer. Sinon, les personnes vendraient leurs objets sur Internet. C’est très triste», analyse l’assistant social genevois. (Le Matin)

Créé: 23.10.2014, 12h46


Sondage

La Suisse aurait-elle dû interdire la bannière anti-Erdogan?





Sondage

Vols en baisse mais violence en hausse: vous sentez-vous en sécurité en Suisse?




Publicité

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.