ACCUEIL 26.10.2014 Mis à jour à 23h57

Seringues et capotes salissent certaines rues de Lausanne

Ras-le-bol

Seringues ensanglantées, capotes usagées et aluminium brûlé polluent le quartier de Riant-Mont à Lausanne. A deux pas des places de jeu pour enfants. Un concierge excédé accuse les dealers et dénonce le laxisme des autorités.

Par Dominique Botti. Mis à jour le 08.07.2012 12 Commentaires

1/5 Une compresse de gaze pleine de sang et divers emballages de pharmacie.

   

«La Municipalité est aussi excédée»

Oscar Tosato (vice-président de la Ville de Lausanne, municipal en charge des affaires sociales), comment répondez-vous aux habitants de Riant-Mont?

Leur exaspération est compréhensible. Moi-même, j’en ai marre de voir les dealers sur la place Chauderon. Je n’ai rien contre eux, mais lorsqu’ils me regardent en souriant pour tenter de me vendre quelque chose, cela m’énerve.

On parle de sentiment d’abandon?

C’est une réaction de colère face à ces incivilités. Mais la Ville n’abandonne pas les Lausannois. Dans le cas de Riant-Mont, il faudra envisager la fermeture ce passage.

On vous accuse de laxisme?

C’est une appréciation erronée si l’on s’en tient au nombre des arrestations par la police et aux mesures sociales mises en place. Ce n’est pas parce qu’un phénomène est visible qu’il y a du laxisme.

Quelle solution proposez-vous?

Avec le canton, nous travaillons depuis une année sur un dispositif d’accueil et de soutien aux personnes toxicodépendantes. Une condition nécessaire pour pouvoir ensuite agir contre toutes les formes de scènes ouvertes. Ce travail prend du temps et mobilise toutes les grandes villes.

Et les dealers?

Les citoyens ne tolèrent plus, avec raison, de voir les dealers occuper l’espace public sans aucune honte. La police ne peut pas mettre un agent derrière chaque dealer. De plus, la justice les relâche quelques heures après avoir leur arrestation. Et la Confédération ne peut pas expulser ceux qui sont originaires de l’Afrique de l’Ouest. La municipalité est aussi excédée par cette réalité. C’est très frustrant.

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Lausanne, ce n’est pas encore le Bronx. Et pourtant, à voir l’état de son quartier populaire de Riant-Mont, Silvano Diana s’interroge. Ce concierge se bat contre un fléau: l’enracinement des dealers et des toxicomanes à deux pas de son immeuble. Les marginaux ont élu domicile le long d’un petit chemin désert, dit le «passage du tunnel», qui est mal éclairé et ombragé. Ils y travaillent. S’y restaurent. Y dorment, s’y prostituent et y laissent leur saleté en toute impunité. Chaque semaine, Silvano Diana ramasse à la pelle des seringues et des cotons ensanglantés, des capotes usagées, des canettes de bière vides, des feuilles de papier d’aluminium brûlées et autres déchets de toxicos.

Le malheur de Riant-Mont, un quartier populaire sans histoire, est que ce petit chemin mène directement à la place du Tunnel, proche de la zone défavorisée de la Borde. Un endroit bien connu pour être un carrefour des stupéfiants. Entre deux ventes, les dealers profitent parfois de remonter vers Riant-Mont, par le «passage du tunnel» pour travailler ou dormir. «Il y a toujours eu des problèmes liés à la drogue, explique Silvano Diana. Mais depuis deux ans c’est l’enfer. C’est un carrousel du matin au soir.» En cause, selon lui: la multiplication des dealers d’origine africaine et l’arrivée des délinquants d’origine maghrébine.

A 200 m de la police

Lassé de ramasser des seringues et des capotes, le concierge a tenté de demander de l’aide aux autorités. En vain jusqu’à aujourd’hui. Il a contacté la Municipalité: «Elle ne m’a jamais répondu personnellement». Il a alerté la police: «Ils prétendent qu’ils n’ont pas assez d’effectifs. Alors que la centrale se trouve à 200?m.» Et il a témoigné dans la presse locale, la semaine dernière: «Cela n’a rien changé pour l’instant.»

«Le Matin Dimanche» a rencontré Silvano Diana mercredi dernier de 18?h à 21?h. En trois heures, la visite guidée a permis de se rendre compte du cauchemar que vivent quotidiennement les habitants du quartier. Le «passage du tunnel» est en effet une vraie déchetterie. Les seringues se cachent dans les hautes herbes. Certaines contiennent encore du sang. Les capuchons des seringues se mélangent aux emballages vides de pharmacie, aux capotes usagées et aux canettes de bière. Certaines sont coupées en deux et noircies par le feu d’un briquet: «Elles ont servi à fumer l’héro ou de la coke», explique le concierge. Dans un fourré ou au milieu de trois arbustes, des tas de vêtements suggèrent que des gens ont dormi à cet endroit.

Détail hallucinant. Vers 20?h, lors de la séance photos avec le concierge, deux individus débouchent sur le petit chemin. Le premier d’origine africaine et l’autre d’origine maghrébine. Le duo s’installe à 5?m, à la vue du photographe, sous les fenêtres de l’immeuble de Silvano Diana. Sans la moindre gêne, le premier baisse son pantalon, sa culotte, et tente, à l’aide d’une feuille de papier journal qu’il positionne sous ses fesses, de récupérer un objet. Le concierge leur demande immédiatement de décamper, avant de déclarer: «Il a voulu chier sa boulette de cocaïne qu’il avait ingurgitée. Vous vous rendez compte. Faire cela en plein jour. Et des enfants empruntent ce chemin.»

Pétition des voisins

Les habitants du quartier de Riant-Mont confirment les propos du concierge. Ils ont d’ailleurs lancé une pétition pour «trouver une solution aux problèmes du quartier du Tunnel». Ils n’en peuvent plus des allées et venues des dealers. Certains font même leur business dans une aire de jeu pour enfants. Les habitants expliquent qu’ils se mettent parfois à plusieurs pour les chasser: «nous allons à leur encontre en exhibant notre téléphone portable, comme si nous les prenions en photo. Ils n’aiment pas cela», raconte un voisin de Silvano Diana. Le quartier dispose d’un deuxième petit chemin qui mène à la place du Tunnel. Même topo sur les marches d’un escalier: trois seringues, des paquets de préservatifs, une bande de gaze ensanglantée. A dix mètres, des enfants jouent sur une autre aire de jeu. Un peu plus loin, un homme ivre urine contre un mur. Il rejoindra un peu plus tard un groupe d’origine africaine qui fait le pied de grue sur le trottoir.

«J’appelle les autorités à l’aide, explique Silvano Diana qui se sent abandonné par la Ville. Si tout cela se passait dans un quartier riche, comme à Epalinges ou au Mont-sur-Lausanne, je suis sûr que les autorités réagiraient.» Selon d’autres habitants du quartier de Riant-Mont, la Ville doit augmenter les patrouilles de police à pied dans la rue. A titre préventif. Afin de montrer aux dealers que ce ne sont pas eux qui font la loi dans ce quartier. «La seule présence visible de l’Etat, ce sont des poubelles à seringues qui sont très rapidement pleines», relève Silvano Diana qui conclut en soulignant que, si cela continue, Lausanne passera du titre de capitale olympique à celui de capitale des dealers. Silvano Diana, et les habitants de Riant-Mont, se sentent bien seuls dans leur combat contre la drogue. «La Ville ne fait rien. Elle nous a abandonnés», dénoncent-ils. (Le Matin)

Créé: 08.07.2012, 01h14

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12 Commentaires

Roger Favre

08.07.2012, 08:23 Heures
Signaler un abus 82 Recommandation 0

Augmenter les patrouilles ne va rien changer, exemple à Chaudron. La police ne peut rien faire, sauf les emmener au poste, remplir des papiers et les laisser ressortir. Beaucoup de paperasse et de temps perdu pour rien. Si les lois ne changent pas, c’est les habitants qui vont la faire un de ces jours si ils en ont vraiment marre. Répondre


Eliane Fontana

08.07.2012, 08:28 Heures
Signaler un abus 77 Recommandation 0

Je comprends sincèrement le désarroi de M. Diana. Si l'enfant d'un des élus de la ville de Lausanne se piquait en jouant dehors, peut-être que le problème serait réellement pris en compte...Tout le monde est au courant, mais hors période électorale, rien ne bouge !C'est une désolation avec un constat d'échec cuisant. Les punitions pour les dealers sont si légères que rien ne change ... Répondre



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