ACCUEIL 26.6.2016 Mis à jour à 07h31

«La Suisse a fait ce dont nous rêvons»

MARINE LE PEN

Désignée personnalité politique 2014 par un sondage, Marine Le Pen, en pleine ascension, regarde avec envie le programme du Front national se réaliser en partie en Suisse.

Interview: Propos recueillis par Cléa Favre. Mis à jour le 18.12.2014 219 Commentaires
Pour Marine Le Pen, l’immigration ne peut
en aucun cas être bénéfique.

Pour Marine Le Pen, l’immigration ne peut en aucun cas être bénéfique.
Image: Sébastien Anex

Des tensions sur le front familial

On vous reproche un toilettage uniquement sur la forme qui cache un parti toujours aussi dangereux et xénophobe. Sur le fond, que reste-t-il du parti de votre père?

Qui est l’arbitre des élégances? Qui est assez respectable pour décider qui est respectable? Ces dix dernières années, j’ai surtout essayé de montrer le Front national tel qu’il était. Loin des caricatures, des a priori, des insultes.


Cela signifie qu’il s’agit exactement du même parti?

On n’est jamais le même parti. Quel est le fondamental du Front? C’est la nation. Est-ce que, là, il y a une continuité? Bien sûr! Après, la politique, ça s’incarne. Nous avons changé la présidence du parti. J’incarne peut-être autre chose que ce qu’incarnait mon père. C’est normal: nous n’avons pas le même âge, le même parcours et la situation extérieure est différente.


Des dissensions sont apparues entre vous et le président d’honneur du FN. Quelles sont aujourd’hui les relations avec votre père?

Oui vous savez… Je ne sais pas quelles sont vos relations avec le vôtre, de père, mais avec le mien, c’est comme les ciels bretons. On dit en Bretagne qu’il fait beau plusieurs fois par jour. Eh bien, entre Le Pen et moi, il fait beau plusieurs fois par jour. De temps en temps, il y a des grains et puis les grains passent. Nous sommes deux forts caractères. Cela montre que nous sommes dans une démarche de conviction, et non opportuniste.


Vraiment? Rien de grave?

Non, il nous arrive parfois d’être en désaccord. Mais il y a un respect. Jean-Marie Le Pen a dirigé 40 ans le Front national. Je respecte éminemment cela. En même temps, c’est moi qui suis maintenant présidente du Front national. Et je pense qu’il respecte aussi cela.

Marine Le Pen a reçu «Le Matin» dans son petit bureau au 10e étage du Parlement européen, à Strasbourg.
(Image: Sébastien Anex)

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Un portique de sécurité, des couloirs, des nœuds et des ascenseurs. Pour rencontrer Marine Le Pen, il faut grimper au dixième étage du Parlement européen, à Strasbourg. Quand la porte s’ouvre enfin sur la présidente du Front national et eurodéputée, elle dévoile un minuscule bureau. Le conseiller présent sort pour laisser un peu d’espace. C’est coincée en haut de cette tour que Marine Le Pen œuvre pour détruire une institution qu’elle méprise, tout en observant le vent tourner en sa faveur.

Vous avez les faveurs des Français. Tout va donc pour le mieux?

Ça va surtout pas mal pour mes idées et le parti que je représente. Le FN arrive en tête des départementales de mars 2015 avec 28% d’intentions de vote. Nous assistons à une vague de fond en notre faveur.

Du tout cuit pour la présidentielle?

A deux ans et demi de l’élection, il est difficile de vous répondre. Mais ce que je crois, c’est que nous serons au second tour.

Pas de doute sur votre succès?

Je peux sortir du Parlement et passer sous un camion. Mais je pense que les Français ont envie de s’offrir un choix. Et le seul vrai choix, c’est celui-là: la nation contre le mondialisme. Donc est-ce que nous arriverons en seconde position ou en tête? Ce que je sais, c’est que nous avons la capacité de la gagner.

Si vous arrivez au second tour comme vous le pensez, qui imaginez-vous affronter?

Tout dépendra s’il y a un ou deux candidats à droite. Je pense que François Hollande, lui, se représentera. Ce qui est certain, c’est que l’UMP et le PS sont en train de jouer pour la deuxième place.

L’immigration reste un thème fort de votre parti. Pourriez-vous reprendre à votre compte l’idée de quotas et de préférence nationale, comme l’a décidé le peuple suisse le 9 février?

On ne peut pas se l’approprier, puisque c’est l’UDC qui s’est approprié notre idée! Cela fait 30 ans que nous défendons cela! La Suisse a réussi à mettre en œuvre ce que nous réclamons depuis des décennies. Bien sûr, nous aimerions arrêter la libre circulation et retrouver la maîtrise de nos frontières. C’est un droit premier pour un peuple. Comme cela l’est pour un propriétaire de décider qui vient chez lui, s’y maintient et à quelles conditions.

Est-il possible de retrouver la maîtrise des frontières?

L'Union européenne n'a pas à mettre son nez ni de près ni de loin dans la politique d'immigration. Nous ne devons pas être contraints d'accueillir des gens au motif que citoyens de l'UE ou qu’ils ont été régularisés dans un pays de l'UE. La Suisse a expérimenté cette libre circulation et en est revenue. Parce qu'elle a un côté pragmatique et pas du tout idéologique.

Et la préférence nationale?

Cela relève du bon sens quand on a 7 millions de chômeurs, 9 millions de pauvres. Nos compatriotes, qui n'ont qu'un seul pays, doivent être prioritaires chez eux. Pour l'emploi, mais aussi le logement et les aides sociales.

Au lendemain de cette votation, vous aviez d'ailleurs félicité le peuple suisse pour sa lucidité. En soutenant cette décision, vous abandonnez à leur sort les 150'000 frontaliers français qui voient leurs emplois menacés?

Je pense que très peu perdront leur emploi. Et je serai bien malhonnête d'interdire au peuple suisse la liberté à laquelle j'aspire pour le peuple français. L'immigration entraine une baisse des salaires et je comprends que la Suisse n'ait pas envie d'entrer dans cette spirale.

Les Suisses viennent de rejeter l’initiative Ecopop qui visait à réduire le nombre d’étrangers dans le but de limiter les atteintes à l’environnement. Faites-vous ce lien entre immigration et environnement?

Je fais surtout un lien entre immigration et urbanisme. Une très grande partie des logements sociaux est occupée par l’immigration. Les Français modestes n’y ont plus accès. Ce qui entraîne des tensions sur le marché immobilier. C’est vrai pour l’hôpital et d’autres secteurs.

Vous affirmez que la place de l’immigration est au musée, en référence à l’inauguration du Musée de l’histoire de l’immigration à Paris. Pour vous, à quoi ressemblerait une immigration positive et bénéfique?

Aujourd’hui, avec 7 millions de chômeurs et 9 millions de pauvres, il n’y a pas d’immigration bénéfique. Il y a certes un tout petit volant d’immigration possible dans les secteurs de pointe. Mais, à l’heure actuelle, l’immigration n’a plus aucune utilité, ni aucun sens.

Nous sommes dans l’enceinte du Parlement européen. Comment faites-vous pour vous lever chaque matin en sachant que vous allez travailler pour une instance à laquelle vous ne croyez pas?

Je ne travaille pas pour elle, mais contre elle! Je n’attends qu’une chose du système européen: qu’il s’écroule!

L’UDC est aussi attachée à la souveraineté de l’Etat. Elle va lancer une initiative pour que le droit suisse prime sur le droit international. Qu’en pensez-vous?

Les Suisses ont raison. Si je suis élue présidente de la République, dans les six mois, j’organiserai un référendum sur la sortie de l’Union européenne. Mon objectif, c’est le retour de quatre souverainetés essentielles: monétaire, territoriale, économique et législative. Cette dernière, c’est la supériorité du droit français sur quelque norme européenne que ce soit.

Le FN et l’UDC sont proches. Avez-vous des contacts?

Non, mais il faudra que ça se fasse. Il est important que l’on se parle. En échangeant, on est plus puissants, les idées vont plus loin. Mais j’ai l’impression que les partis suisses ont du mal à créer des relations avec l’étranger car ils sont très attachés à leur indépendance.

Une frange de l’UDC n’apprécie pas d’être comparée au FN. Comment le prenez-vous?

Il s’agit d’un processus que j’ai appelé l’«interdiabolisation», quand un parti diabolisé en diabolise un autre pour paraître plus fréquentable. Cette attitude nous affaiblit tous alors que nous partageons les mêmes idées et que nous sommes victimes des mêmes caricatures. Ce système empêche une coordination.

Certaines de ses idées ont-elles inspiré votre propre programme?

Nous sommes un très vieux parti. Cela ne m’a pas frappé. Mais il n’y a pas d’orgueil d’auteur, à partir du moment où nous parvenons à nos objectifs.

Votre arrière-grand-mère était Suisse. Votre père venait souvent à Montreux. Quels liens avez-vous gardés avec notre pays?

J’y vais une semaine très bientôt. Il est important de décompresser. La Suisse est très belle. Il s’en dégage une sérénité que j’apprécie. Et ses habitants me réservent très souvent un bon accueil.

(Le Matin)

Créé: 17.12.2014, 20h01

219

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219 Commentaires

François Pittet

17.12.2014, 20:59 Heures

Il n'y a pas dix mille possibilités face à un afflux beaucoup trop grand d'étrangers. La seule solution logique est de limiter cet afflux. Répondre


olivier Andrey

17.12.2014, 21:26 Heures

Madame Le Pen nous vous souhaitons plein succès, et espérons que vous vous inspirez de l'UDC en matière d'immigration et de priorité nationale!Ceci pour le bien des Français et de ceux qui ont voulu la nationalité par amour et par respect des us et coutumes de votre pays en matière d'intégration:-)Et n'oubliez pas d'être plus social pour vos concitoyens les plus durement par les aléas de la vie... Répondre



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