Lundi 26 septembre 2016 | Dernière mise à jour 06:39

Eglises La Suisse est tentée par la laïcité

En Valais, une initiative populaire pour un État laïc a été lancée. Des cantons alémaniques ont rejeté des initiatives en ce sens. La Suisse va-t-elle virer ses crucifix? Cette perspective fait-elle frémir les religieux? Enquête.

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Photomontage Image: Sabine Papilloud / Sebastien Anex

La Suisse, doit-elle devenir laïque ?

Des Valaisans se rêvent laïcs

Initiative populaire

Elle veut une claire séparation de l’Eglise et de l’Etat et de la transparence sur le financement. Elle veut aussi chasser l’instruction religieuse des écoles publiques. Lancée par des personnalités comme Cilette Cretton, Adolphe Ribordy, Barbara Lanthemann et Valentin Abgottspon, elle est soutenue par les Jeunesses socialistes, les Jeunes libéraux-radicaux du Bas-Valais et le Parti pirate.

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La tentation fleurissait au fond du bénitier. Qui aurait cru en effet qu’une initiative populaire pour imposer la laïcité soit lancée en Valais, catholique par excellence? Sauf à considérer que les extrêmes partagent la même couche? Même si cette initiative n’a aucune chance de passer, même si «elle draine des mécontents, radicaux durs notamment», selon le chancelier épiscopal du diocèse de Sion, Stéphane Vergère, elle reflète l’actualité. A Zurich et dans les Grisons, des initiatives visant à exonérer les personnes morales de l’impôt ecclésiastique ont été balayées. Et aujourd’hui, la Conférence des Evêques suisses présente une étude sur le rapport Eglises – Etat.

La Suisse va-t-elle virer ses crucifix et abandonner aux Eglises leurs cahiers des comptes? Une précision d’abord: «Les Eglises sont affaires cantonales, rappelle Andreas Auer, professeur de droit constitutionnel. Si tous les cantons appliquent la séparation de l’Eglise et de l’Etat, seuls Genève et Neuchâtel sont laïcs. Cela signifie que l’Etat ne leur prête pas main-forte pour prélever l’impôt ecclésiastique.» Sont-elles pour autant moribondes? «Non, c’est tout à fait vivable, répond Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg. Même si on tire un peu le diable par la queue, si j’ose dire, puisque le budget genevois représente seulement 10% de celui de Zurich! L’avantage, c’est que nous ne sommes redevables à personne mais reconnus tout de même.»

L’argent, nerf de la guerre et de la paix des âmes, donc. En Valais, les initiants dénoncent le fait que les contribuables assument environ 20 millions de francs par an pour les Eglises. «Alors que les contribuables peuvent décider d’en sortir, comme à Fribourg», note Stéphane Vergère. En Romandie, Vaud est le canton le plus généreux, qui offre 61 millions par an aux Eglises. Et tout le monde passe à la caisse, chrétiens ou non, croyants ou non. «Et alors, est-ce que les gens sans enfants s’insurgent de payer pour les écoles?, interroge le pasteur Antoine Reymond. Chez nous, chaque centime est voté par le Grand Conseil, dans la plus grande transparence. Alors qu’en Valais, le système de financement est trop opaque.» Mais le débat ne se résume pas aux gros sous. Claude Ducarroz, prévôt de la cathédrale Saint-Nicolas à Fribourg: «C’est très suisse d’aborder les questions sous l’angle financier, comme on l’a fait pour l’Europe. Mais la question de la laïcité est beaucoup plus profonde.»

Rôle social et culturel

Juste, l’abbé. Si la question émerge aujourd’hui, c’est qu’elle interroge nos racines religieuses dans une époque de sécularisation, qu’elle interpelle notre culture davantage que nos spiritualités, de plus en plus métissées, voire franchement iconoclastes. De moins en moins de gens fréquentent les églises, mais ils sont de plus en plus à leur reconnaître un rôle social et culturel: aumôniers, travailleurs sociaux, soutien aux réfugiés… «Ceux qui ne vont pas à l’église pensent que grosso modo, elle fait quand même du bien, estime Claude Ducarroz. Ce qui explique que la gauche humaniste vole à son secours.» Contrairement à la droite libérale qui préconise la laïcité. «De fait, même dans les cantons laïcs, l’Etat attribue certaines prérogatives aux institutions ecclésiales, explique Christophe Monnot, sociologue des religions. Tout comme la France laïque d’ailleurs, qui soutient les écoles catholiques et dialogue avec le Conseil français du culte musulman et le grand rabbin de France. Qu’on abolisse le lien symbolique et l’Etat continuera à dialoguer par-derrière avec les Eglises.»

La peur de l’islam

Une confusion que dénonce Yves Scheller, porte-parole de la Coordination laïque genevoise: «La laïcité, c’est la séparation du droit et des morales. Tout le reste est foutaises.» Pour lui, la laïcité mettrait fin au débat sur la reconnaissance des Eglises, aux conclusions discriminatoires. Lucerne a entrepris une procédure pour reconnaître l’islam, Bâle a commandé un audit sur la question. A Genève, une commission planche sur les critères de reconnaissance des Eglises (autres que catholique romaine, chrétienne et réformée). En première position, l’islam. «Mais je rigolerai le jour où les raéliens, les scientologues et les évangélistes sympas bonnards cool y prétendront eux aussi!» s’amuse Yves Scheller.

Blague à part, le meilleur avocat de la laïcité est peut-être bien l’islam. La peur qu’il suscite pousse certains à ne vouloir reconnaître personne plutôt que devoir le reconnaître lui. Ce qui paraît inéluctable: selon les projections révélées par Christophe Monnot, en 2050, la Suisse pourrait compter 8 à 10% de musulmans, contre 50% à 60% de chrétiens, dont une bonne partie seront des migrants. «Et même si 80% des musulmans de Suisse, essentiellement originaires des Balkans et de Turquie, ne pratiquent pas du tout, la peur est quand même là», affirme le sociologue. Mais la laïcité ne risque-t-elle pas de vider un peu plus nos Eglises? Pour Mgr Farine, quantité n’est pas qualité: «Dans les cantons où s’exerce une pression sociale pour la religion, le soutien paraît plus massif, mais il est moins authentique.» La laïcité aurait donc ce mérite: les bénitiers, s’ils sont vides, sauront pourquoi. (Le Matin)

(Créé: 25.06.2014, 07h04)

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