ACCUEIL 2.10.2014 Mis à jour à 03h32

Les people rompent, pourquoi est-ce que ça nous touche?

Séparations en série

Quel est le point commun entre Katie Holmes et Anne Sinclair? Pourquoi le public s'émeut-il de leurs déboires? Réponse avec la sociologue des médias Annik Dubied, spécialiste de la culture de la célébrité.

Interview: Sandrine Perroud. Mis à jour le 13.07.2012 4 Commentaires

1/10 DSK-Sinclair
Anne Sinclair passait pour un soutien indéfectible à Dominique Strauss-Kahn depuis le début de ses déboires. On voit ici le couple lors de son retour dans leur maison à Paris, le 4 septembre 2011.
Image: Keystone

   

Maîtriser la communication

Annik Dubied, ces people gèrent-ils bien leur rupture médiatiquement, selon vous?

La gestion du divorce Cruise/Holmes est un modèle de bonne communication, des deux côtés. Les avocats de l'acteur viennent d’affirmer devant la presse qu’il avait «tout accepté» et que leur fille irait vivre avec sa mère. Une manière de déjouer l’idée d’une secte qui contrôle ses membres et qui ne laisse partir personne. Cette communication a désamorcé ce qui aurait pu être «l’affaire du siècle», elle a réussi à infléchir l'agenda médiatique. De son côté, Holmes semble avoir anticipé, juridiquement comme médiatiquement, ce qui pourrait advenir, et l'avoir au mieux contrôlé. Une gestion donc très professionnelle, très contrôlée, très américaine de la communication people

Vanessa Paradis a été aperçue seule et souriante à une avant-première. C’est une manière d’affirmer dans les médias que «la vie continue». Et c'est à peu près tout ce que le couple a consenti à communiquer. Narrativement parlant, la rupture est déjà digérée, un équilibre nouveau est atteint. C'est une autre manière de tenter de contrôler l'agenda médiatique. Il faudra voir si ça marche, ou si la logique des «révélations» après-coup (nouvelles rupture de l'équilibre, et donc nouvelle pâte à récit) relance la narration malgré eux.

Du côté DSK-Anne Sinclair, pour l'instant, c'est pratiquement le «no comment» sur la rupture, après que la journaliste a employé ses réseaux pour répondre sur les épisodes précédents, soit les tribulations de son couple, par interviews et livre interposés.

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Ô malheurs! Ô désillusions, s'écrie en chœur la presse people. Anne a quitté Dominique. Vanessa et Johnny ne s'aiment plus. Et Katie en a marre de Tom.

Sur les pages de papier glacé et les sites dédiés à la vie des stars, chacune de ces séparations nourrit d'abondants discours. Sur l’amour, bien sûr, mais aussi sur la place de la femme et celle de la religion dans le couple. Ces ruptures sont donc l’occasion de débattre des valeurs de notre époque. C’est ce que nous raconte Annik Dubied, professeure de sociologie des médias à l’Université de Genève.

Le Matin – Quel regard la sociologue que vous êtes porte sur ces séparations?

Annik Debied – Elles soulignent à nouveau la dualité que doit avoir tout «people»: être à la fois extraordinaire et ordinaire. Ici, ces gens inaccessibles qui vivent dans des palaces et foulent les tapis rouges sont rattrapés par l’ordinaire: la rupture amoureuse, le partage de la garde des enfants, l’adultère, etc. De là, beaucoup d’éléments liés aux règles du monde people doivent être gérés: la première réapparition publique après l’annonce de la séparation, le partage de la fortune et des biens immobiliers, les choix professionnels… Et le tout est abondamment commenté, car leurs tribulations racontées dans la presse donnent aussi l’occasion de débattre de valeurs sociales.

C'est-à-dire?

Les stars ne sont plus des modèles de réussite individuelle depuis le suicide de Marilyn Monroe, le 5 août 1962. Elles reflètent au contraire la crise du bonheur que vit notre époque, son nouvel esprit du temps, comme l’explique le sociologue Edgar Morin.

Qu’en est-il dans cette perspective de la séparation entre Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn?

Tout comme pour celle de Tom Cruise et Katie Holmes, et de Vanessa Paradis et Johnny Depp, on assiste ici à une rupture du schéma narratif du «couple stable»: on avait pour Anne Sinclair l’image d’un «soutien permanent» à son mari, et pour les deux autres, des déclarations d’amour publiques répétées. La séparation d’Anne Sinclair et DSK s’inscrit toutefois dans un autre récit qui tourne quasiment tout seul depuis plus d’une année: la «unsuccess story» de Dominique Strauss-Kahn.

Comment analysez-vous cette descente aux enfers?

Il vit ce qu’on appelle dans notre jargon une «trajectoire trash», que l'on a observée par ailleurs souvent chez de jeunes femmes, à l’image d’Amy Winehouse, Britney Spears et Lindsay Lohan. Parti de peu, il a gravi les échelons d'une réussite professionnelle et privée, flirtant avec les maîtres du monde au FMI. Maintenant, il dégringole toutes les marches de son ascension les unes après les autres: son corps représenté porte d’ailleurs les traces de sa déchéance: on ne compte plus les photos le montrant défait, courbé, et même assis dans une chaise roulante. On a envie de dire: que peut-il encore lui arriver? Une condamnation peut-être, mais il est déjà condamné par l’opprobre publique… Avec sa chute professionnelle et privée, DSK incarne la quintessence des doutes de l’époque contemporaine.

Et qu’incarne alors Anne Sinclair?

Son couple a fait beaucoup parler de la place de la femme active auprès d’un homme politique. On retrouve ce débat autour du couple Hollande-Trierweiler, aussi composé d’une journaliste et d’un homme politique. Anne Sinclair avait décidé de se retirer des médias lors de la nomination de son mari à la tête du FMI. Les déboires de DSK ont soulevé récemment la question de la tolérance et de la jalousie au sein du couple. Leur séparation passe désormais pour une forme d’émancipation en faveur d'Anne Sinclair, fuyant un mari infidèle. Elle est la femme qui reprend sa vie en main, y compris au niveau professionnel. Mais le débat continue: actuellement, les gens discutent vivement via la presse people de l’attitude que devrait adopter la compagne de François Hollande… C'est typique de la capacité des people à servir de support au débat public sur les valeurs.

Que vous inspirent la rupture entre Tom Cruise et Katie Holmes?

Tout comme Anne Sinclair, la décision de Katie Holmes est vue comme l’émancipation d’une femme soumise. Ici, il ne s'agit plus de politique mais de religion, d'idéologie liée à l’Eglise de scientologie. Cette rupture pose donc pour sa part la question de la place de la religion ou des valeurs dans un couple, en particulier en ce qui concerne l'éducation des enfants. Des questions que beaucoup de divorcés peuvent comprendre. Encore une fois, l'ordinaire rattrape l'extraordinaire, à travers la figure people.

Des points communs avec le duo Paradis-Depp?

Leur histoire sort moins de l’ordinaire. Et on en a toujours peu su sur eux. Au final, c’est l’histoire d’un couple qui s’est aimé, s’est marié, a eu deux enfants et rompt quinze ans plus tard. Il n’y a ici ni enjeu politique, ni idéologique. Beaucoup de scénarios évoquent «l’ennui» comme cause de leur séparation. En dépit de leur fortune et de leur célébrité, le reste est donc très banal. La rupture n'est guère documentée: un communiqué, puis des apparitions publiques «comme si de rien n'était». Le récit patine, il n'a pas grand-chose d'autre que des suppositions à exposer.

Les séparations des people font-elles du tort à leur carrière?

Aucune rupture ne fait du mal au monde des people dans les médias; elle ne peut lui faire que du bien, puisqu'elle offre un déséquilibre qui permet de relancer le récit, de storyteller, comme on dit désormais. Avec ce paradoxe: les événements, même dramatiques, alimentent le récit people, que la star elle-même le veuille ou non. Aurait-on autant parlé de la première du film de Vanessa Paradis, s’il ne s’agissait pas aussi de sa première réapparition publique après son divorce? Dans cette logique, «ce qui ne tue pas la figure de la célébrité la rend plus forte». La star est une marchandise totale, qui s'autorenforce à travers chacune de ses apparitions (film/chanson, promotion, publicité pour une marque x, événements privés volés ou concédés dans la presse, etc.). Dans ce cadre, la médiatisation d'une rupture fonctionne comme une valeur ajoutée, que ce soit, encore une fois, souhaité ou non par les principaux intéressés. (Newsnet)

Créé: 13.07.2012, 07h23

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4 Commentaires

Olivier Viret

13.07.2012, 09:34 Heures
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Ce type d'information (la séparation des "people") ne peut toucher que celles et ceux qui vivent leur vie par procuration, éventuellement les célibataires avides de notoriété. Et au vu des tirages de Gala, Voici ou Jours de France (liste non exhaustive), on constate que le phénomène est épidémique. Répondre


pino seni

13.07.2012, 11:24 Heures
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Ca comble un certain vide existentiel. C'est le même phénomène que les 50 millions de romans à l'eau de roses que les éditions Harlequin vendent chaque mois dans le monde. Il y a une forte demande de rêve en compensation d'une réalité parfois grisounette. Répondre



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