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Elles sont touffues tout femme

Au poil

La dictature de l’épilation a trouvé ses opposantes. Elles résistent et revendiquent sans gêne aucune une pilosité intime naturelle.

Par Léa Lejeune/«Libération». Mis à jour le 04.02.2013 48 Commentaires
Militantes, écolos, débordées ou tout simplement fauchées, les femmes refuse le diktat d’une peau glabre.

Militantes, écolos, débordées ou tout simplement fauchées, les femmes refuse le diktat d’une peau glabre.
Image: Scott Kleinman/Getty Images

Coralie, 39 ans, l'ambivalente

«Le sexe épilé, ça vaut aussi chez les mecs»

«Quand j’ai commencé à faire des rencontres dans le milieu lesbien, j’avais l’impression que toutes les filles étaient hyper à cheval sur l’épilation. C’était l’exact opposé des préjugés qu’on a sur les filles homosexuelles: des camionneuses velues. C’est vrai que pour le cunnilingus, une épilation intégrale, voire simplement soignée, c’est plus agréable. Mais je me suis rendu compte que dans le quotidien d’une relation amoureuse, ce n’était pas aussi figé. Entre filles, on se comprend.

On sait que les semaines où on est débordées par le travail et les amis, on peut se relâcher là-dessus. Et quand on est parfaitement épilées, c’est un peu la surprise, la bonne nouvelle, un surplus d’excitation. Pour moi, la norme du sexe
épilé vaut aussi chez les mecs. C’est plus agréable de pratiquer une fellation si le service trois pièces est épilé.»

Karine, 31 ans, la décontractée

«Je garde le triangle le plus large possible»

«Il y en a marre de tous ces hygiénistes! Je suis contente de ne plus fréquenter de mecs qui pensent que les femmes réelles doivent ressembler à celles des pornos, ceux qui pensent que les poils c’est un tue-l’amour. Je regarde du porno trois fois par semaine en moyenne, mais je n’ai jamais pensé que je devais ressembler à ça. Les femmes ont naturellement des poils sur le sexe, les épiler entièrement donne l’impression d’un sexe d’enfant. Quand j’ai vu l’expo Helmut Newton au Grand Palais cette année, j’ai souri en imaginant la tête qu’allaient faire les mecs obsédés par le porno actuel, bousculés de voir ces magnifiques mannequins de Vogue pris en photo avec des sexes naturels.

Adepte des jupes, mes jambes sont épilées 365 jours par an. Côté sexe, j’entretiens, mais je garde le triangle le plus large possible. Je m’aime avec des poils. Je me souviens de cet amant très décomplexant, il attrapait mon ventre, mes formes avec envie, même chose pour mon sexe, il le trouvait féminin et excitant comme ça.»

Claire, 24 ans, la militante

«J’ai l’impression de faire un geste rebelle»

«J’ai arrêté de m’épiler. C’est un geste à la fois militant et écologique: c’était contraignant au quotidien, douloureux, cher. J’ai l’habitude de consommer de façon responsable, et les crèmes dépilatoires chimiques sont nocives pour l’environnement. Quand j’en parle autour de moi, j’ai l’impression de faire un vrai geste rebelle. Du lycée jusqu’à la licence, j’enlevais mes poils sur les mollets, les aisselles, de temps en temps sur le maillot. Au fur et à mesure, j’ai arrêté. Les aisselles, ça fait sept mois, mais je sais que je pourrais faire une rechute… C’est difficile d’assumer le regard des autres au cours de danse. Au travail – je bosse dans un milieu masculin –, ou en couple, je n’ai jamais droit à la moindre réflexion.

J’ai un copain depuis un an et demi qui partage les mêmes convictions que moi sur ce point et préfère que je sois naturelle. Il regrette quand je m’épile et rejette l’esthétique de la pornographie. Il ne m’a jamais demandé de m’épiler pour un cunnilingus qui n’est pas notre pratique favorite d’ailleurs. A l’opposé de la norme, j’ai l’impression de montrer ma maturité sexuelle, de révéler une part de mon intimité avec des aisselles qui restent poilues.»

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«Vous allez voir: ça va revenir à la mode, les poils», annonçait Laetitia Casta en 2007, alors qu’on lui reprochait d’arborer des aisselles poilues dans «Le grand appartement». Britney Spears et Julia Roberts lui ont emboîté le pas. Aujourd’hui, même Mme Tout-le-monde remet en question la norme de l’épilation. Emer O’Toole, une coquette journaliste britannique, a publié en octobre un manifeste pour justifier ses 18 mois de rébellion intime et affirme que sa vie sexuelle se porte bien, merci. Car, c’est là que le poil blesse. Une vie sexuelle normale est-elle envisageable avec des poils? Apparemment oui. Car cette mode de l’épilation est récente.

A la Renaissance, la mode était aux toisons fournies. Au XIXe siècle, les poils du pubis et des aisselles étaient un gage précieux de sensualité féminine, en témoignent les récits de Zola ou de Huysmans. Dans les années 1970, les productions pornographiques offraient des gros plans sur des sexes touffus. Le dernier revers esthétique est lié au porno moderne, dont la motivation est claire: voir plus, voir mieux. En parallèle, les images publicitaires qui usent de la nudité à tort et à travers ont banni les poils, le plus souvent au nom du jeunisme, l’épilation brouillant les limites de l’âge en ressuscitant la très jeune fille sous la femme. Résultat? Beaucoup de jeunes de moins de 25 ans n’ont jamais vu de poils sur des corps féminins. «Eh bien! quand même, elle aurait pu un peu s’épiler!» s’est ainsi exclamée une étudiante en découvrant «L’origine du monde» de Courbet.

Terrain de jeux érotiques

Stéphane Rose, auteur du manifeste «Défense du poil. Contre la dictature de l’épilation intime», raconte sa quête difficile de femmes à la pilosité non modifiée, assurément sensuelles. «On nous conditionne, en nous rabâchant que les poils féminins ne sont pas érotiques! Mais une chatte naturelle agrandit le terrain de jeux érotique. C’est agréable quand le poil caresse le visage, quand il est imprégné des odeurs érotiques. Le cunnilingus est aussi sympa avec des poils.» Pas besoin d’être expert pour savoir que l’épilation n’est pas une partie de plaisir. Et que, pour la santé, elle n’est pas sans danger. A l’origine, le poil a un rôle de protection des muqueuses, il limite les risques de mycoses. A la cire, vous arrachez aussi la glande pilo-sébacée, ce qui peut causer une sécheresse de la peau et des irritations.

A toutes ces femmes militantes qui se rebellent contre la norme du corps glabre, s’ajoutent aujourd’hui des working women débordées, des écologistes convaincues ou de simples fauchées. (Le Matin)

Créé: 04.02.2013, 14h19

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48 Commentaires

Cyrille Eg

04.02.2013, 15:03 Heures
Signaler un abus 97 Recommandation 7

Après la touffe rasta, je me réjouis d'une photo présentant une touffe punk... Répondre


Georges Laurent

04.02.2013, 14:59 Heures
Signaler un abus 78 Recommandation 6

Alors ça c'est du journalisme au poil! Bravo Léa! Répondre



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