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Football Thomas Müller, l'homme sans style et sans qualités

De son propre aveu, Thomas Müller n’a pas de style et beaucoup trop de casquettes. Mais, comme il y a quatre ans, il pourrait bien terminer meilleur buteur du tournoi.

Image: AFP

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Thomas Müller est une merveilleuse anomalie qui, tous les quatre ans, balade sa dégaine d’antihéros sur les cimes du sport roi.

Depuis ses débuts fracassants en Afrique du Sud – comeilleur buteur avec 5 pions –, tous les experts du ballon se frottent le menton. Son dribble est rustique, ses accélérations timides et sa frappe suspecte. Il n’a rien d’un avant-centre et pas grand-chose d’un ailier. Quant à sa coordination, elle rappelle parfois celle d’une adolescente à qui on aurait refusé sa dispense de gym. Et pourtant, Thomas Müller marque. Beaucoup, n’importe comment et très souvent contre les meilleurs.

Mais quel est donc le secret de «l’homme sans muscles» (Maradona)? «Je sais que je n’ai pas un style très élégant. Je ne suis pas un magicien, admettait-il avant le tournoi dans les colonnes de France Football. Mais je suis imprévisible et je sais ce qu’il faut faire: aller là où ça fait mal, ne jamais rien lâcher, et jouer avec beaucoup de spontanéité.»

Inclassable

Imprévisible, spontané, inclassable, le triptyque saute aux yeux. En forçant un peu le trait, on pourrait même ajouter que, durant nonante minutes, Thomas Müller court comme un teckel, se bat comme s’il négociait son premier contrat et déroute par ses appels jusqu’à ses propres coéquipiers. Normalement, le pedigree garantit une belle carrière amateur, ses tournées à la buvette et les fous rires de la main courante. Mais pour planter dix buts en Coupe du monde, à même pas 25 ans, le bonhomme doit quand même bien avoir un petit quelque chose en plus.

«C’est un joueur peu orthodoxe, je ne sais pas moi-même en tant qu’entraîneur les déplacements qu’il fait», a esquissé Joachim Löw après ses trois buts contre le Portugal. «Il sait créer des buts à partir de rien, c’est un joueur d’intuition», admire son illustre homonyme Gerd Müller dans Kicker.

Si on résume, les superpouvoirs du No 13 de la Mannschaft tiendraient donc au «simple» anachronisme de ses mouvements et de ses choix. Comme si son football n’était qu’une adaptation à très haut niveau des élans libertaires du football des préaux. On rêve? Peut-être. Mais avouez qu’à l’heure des contre-appels formatés façon coupes de cheveux, la thèse est particulièrement séduisante. Surtout qu’elle y défend l’idée d’un talent brut, sous le charme duquel Louis Van Gaal était tombé en 2009 déjà. «Thomas Müller est le seul joueur du monde qui parvient à voir en même temps l’espace, le ballon, ses coéquipiers et ses adversaires.» En version originale: la quatrième dimension.

Football libertaire

Et l’artificier, que dit-il de toutes ses définitions qui glissent sur sa longue carcasse? «Je suis une pièce unique, d’une certaine manière, s’est-il risqué dans la Süddeutsche Zeitung. On peut comparer certains dribbleurs, certains attaquants les uns aux autres, mais moi, qu’est-ce que je suis? Quelqu’un qui «interprète l’espace». Oui, je suis un «interprète d’espace» (Raumdeuter). C’est bien comme titre, non?»

C’est excellent, en effet. Et en plus, cet extrait éclaire une autre facette du bonhomme. Thomas Müller dit toujours ce qu’il pense, devant les micros et ses entraîneurs, en Lederhosen ou en cuissettes. «Et si on ne gagne que 1-0 en finale, il va falloir aussi s’excuser, avait-il ainsi ironisé face aux critiques de la presse allemande après la qualification contre l’Algérie. Quand les autres nations gagnent en trimant, vous encensez leur intelligence. On ne joue pas pour les journalistes et on n’a pas l’impression de devoir s’excuser.»

En effet, Thomas Müller n’a rien à excuser. Surtout pas de demander le ballon à des endroits où lui seul pense pouvoir le recevoir. Encore moins de célébrer ses buts comme un vétéran du FC Hergiswil. Car dimanche, la somme de ses délicieuses anomalies pourrait bien porter l’Allemagne vers le plus beau des titres.

Créé: 13.07.2014, 11h15

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