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Football Hitzfeld: Une figure, un style, et quelques doutes

En échouant en huitièmes de finale de la Coupe du monde, Ottmar Hitzfeld n’a pas «marqué l’histoire» comme il l’espérait. L’heure du bilan.

Image: Keystone

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L'équipe de Suisse au Brésil (Le Matin)

L'équipe de Suisse au Brésil (Le Matin) Les joueurs d'Ottmar Hitzfeld sont au Brésil pour disputer la Coupe du monde 2014.

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Aujourd’hui, je suis très heureux de partir sur un grand match. Je remercie les joueurs de me l’avoir offert.» Encore très ému des événements de la veille, Ottmar Hitzfeld a pris congé hier matin du Brésil, du Mondial et de la planète football. Pour le monde, c’est un monstre sacré du coaching qui s’en va. En Suisse, une page qui se tourne. L’heure est donc venue de dresser le bilan – forcément lacunaire – des six années de règne du sélectionneur le plus cher et le plus renommé de l’histoire du football suisse.

1 Son bilan chiffré

Puisqu’il aime les chiffres et ne jure que par les analyses froides et scientifiques, commençons par les faits. Rien que les faits. Ottmar Hitzfeld a qualifié la Suisse pour deux Coupes du monde (2010, 2014) et manqué un Euro (2012). Lors de ses deux grands tournois, il n’a atteint l’objectif minimal qu’une seule fois, avec ce 8e au Brésil.

Parallèlement, son équipe a battu l’Allemagne, le Brésil (amical), l’Espagne (tournoi) et perdu contre le Luxembourg. Elle a culminé au 6e rang mondial, même si le classement FIFA reste une incongruité. Voilà pour les faits, arrive leur bémol.

Sur la route de l’Afrique du Sud, du Brésil et au Brésil même, la Suisse a toujours hérité du groupe le moins relevé. Or même avec cette chance insolente, Ottmar Hitzfeld n’est pas parvenu à faire mieux que Köbi Kuhn ou Roy Hodgson.

2 Son projet de jeu

«Contre l’Argentine, j’ai vu une belle équipe, compacte et solidaire. Le niveau de performance portait la marque d’Ottmar.» Voilà comment le président Peter Gilliéron a rendu hommage, hier, au testament footballistique du sélectionneur. Sans doute a-t-il tout dit. Car au milieu d’une Coupe du monde pleine de buts et de déséquilibres, la Suisse s’est ressaisie autour de «sa philosophie» de toujours: bien défendre.

Alors bien sûr, la qualité technique de la nouvelle génération fait que la Suisse n’a plus peur du ballon. Elle l’a prouvé en qualification et l’a même payé contre la France. Mais au final, il ne s’agit que de nuances. Car contrairement aux Etats-Unis ou même à la Grèce – des équipes au potentiel équivalent – la Suisse n’aura pas pris de virage offensif sous Hitzfeld. Un beau défi pour Petkovic?

3 Un style si maîtrisé

Six ans, une somme d’«émotions incroyables» comme il l’a lui-même souligné, et pas une lézarde dans la cuirasse; jamais. Ottmar Hitzfeld, que ce soit après une défaite mortifiante devant le Luxembourg (Zurich 2008) ou une victoire inespérée face à l’Equateur (Brasília 2014), a toujours considéré la maîtrise de soi – et des événements – comme le plus noble des arts. Six ans et deux entorses, de nature très différente: lorsqu’il s’est signé au coup de sifflet final d’un exploit surnaturel contre l’Espagne (Durban 2010) et quand il a adressé deux doigts d’honneur à un arbitre (Berne 2012).

«J’ai reçu beaucoup de messages après le match, a expliqué l’Allemand hier. Mais quand je les lis, les larmes me viennent, donc je vais attendre d’avoir un peu de recul. Là, c’est encore trop émotionnel.» Jusqu’au bout, Ottmar Hitzfeld aura maîtrisé.

4 Le regard des autres

Au moment de prendre congé, Ottmar Hitzfeld a évoqué ces trois fameuses dernières minutes contre l’Argentine, où il a vécu en accéléré «tout ce qu’un entraîneur peut vivre». Puis il a lâché une grande phrase: «Dans la défaite aussi, on peut gagner quelque chose. Et je crois qu’on a gagné beaucoup de sympathie à travers le monde.»

Oui, la Suisse entière a vibré à cette ultime aventure. En dehors des frontières, c’est moins évident. Dans l’éminent Guardian, le reporter anglais cite Xherdan Shaqiri comme «un talent rare, qui, dans cette équipe de Suisse, ressemble à un joueur du Bayern Munich en visite dans un camp d’entraînement pour jeunes espoirs». Quant à L’Equipe, elle a vu ce 8e de finale argentino-helvétique «longtemps soporifique, joué sur un faux rythme et déséquilibré techniquement de par la faiblesse des Suisses».

Comme quoi tout dépend des points de vue. Ottmar Hitzfeld s’en va avec le sien.

Créé: 03.07.2014, 18h25

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