Samedi 25 mai 2019 | Dernière mise à jour 14:45

MOBILITÉ Votre voiture vous espionne

Les constructeurs enregistrent en continu les données de véhicules connectés. Ils savent où vous allez, comment vous conduisez et ce que vous écoutez en route.

Image: iStock

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Votre voiture connectée vous épie. Elle connaît vos moindres déplacements, vos goûts musicaux et le ton de votre douce voix. «Le risque d’impact sur la vie privée est direct, explique Stéphane Koch, spécialiste des questions numériques. A priori, on n’associe pas la voiture avec la production de données personnelles. Elle participe pourtant à ce profilage comportemental.»

Dès le mois d’avril, le dispositif eCall devra obligatoirement être installé sur tous les nouveaux modèles produits en Europe. Le but? Améliorer la sécurité routière. Ce boîtier pourra en effet alerter les secours, à l’aide d’une carte SIM, en cas d’accident. Le lieu de l’impact ou le nombre de passagers seront alors communiqués. La vitesse d’intervention pourra ainsi être drastiquement améliorée.

Des données vendues?

Cette avancée sécuritaire ravive pourtant le débat des données enregistrées par les constructeurs de voitures connectées. Tesla, BMW ou Mercedes proposent déjà un système eCall à leurs clients européens. Le doute persiste sur les réelles volontés des marques dans cette démarche proactive.

En 2016 déjà, le TCS tirait la sonnette d’alarme en réalisant une enquête sur deux modèles BMW. Le Touring Club Suisse a passé au peigne fin les informations transmises par les véhicules au constructeur. Les résultats sont édifiants: des dizaines de données sont envoyées via le réseau mobile dès que l’on verrouille le véhicule lorsqu’on retire la clé de contact.

À quoi servent ensuite ces informations? C’est là que le système devient opaque. «Nous ne savons pas ce qui est fait de ces données, comment elles sont stockées, gérées et utilisées, explique Renato Gazzola, porte-parole du TCS. Les constructeurs mettent en avant l’aspect sécuritaire pour justifier ces pratiques. C’est une manière de cacher le problème. On pourrait même soupçonner que ces données soient vendues à des tiers.»

En étudiant vos trajets, il est ainsi possible de savoir où vous allez faire vos courses, où vous allez manger au restaurant, dans quel quartier vous habitez. Autant d’informations qui peuvent grandement intéresser les publicitaires, afin de vous proposer des bons de réductions, par exemple. «Les données générées par les objets connectés créent une forme d’identité numérique qu’il est difficile voire impossible à appréhender, détaille Stéphane Koch. Comment être au courant de ce que ces objets savent de nous?»

Au cœur d’un marché automobile tendu, les entreprises misent sur les nouvelles technologies pour faire la différence. De cette stratégie peuvent découler des aspects positifs sur la sécurité, comme le système de détection d’obstacles, de perte d’attention, ou l’appel des secours en cas d’accident. Les lois européennes en vigueur protègent toutefois peu l’utilisateur concernant des informations plus personnelles.

L’automobiliste est propriétaire de son véhicule, mais aussi des données qui s’en dégagent. Les constructeurs disposent pourtant à leur bon vouloir de ces informations, comme le stipule une clause dans le contrat de vente. Cet aspect, méconnu de la majorité des conducteurs, est noyé dans des conditions générales souvent illisibles (et pas lues). «Les consommateurs sont laissés dans le flou, image Stéphane Koch. On n’a pas le choix.» La nouvelle réglementation européenne sur la protection des données, qui entrera en vigueur fin mai, devrait mieux protéger les automobilistes.

Assassinats à distance

La sécurité de ces datas n’est pas garantie pour autant. En 2016, le magazine américain Wired avait pris le contrôle à distance d’une Jeep connectée grâce à l’aide de hackers. Plus inquiétant encore, WikiLeaks a révélé, en mars dernier, que la CIA s’intéresse de près à ces piratages automobiles. L’ONG avait alors évoqué la possibilité de procéder à des assassinats aussi ciblés qu’indétectables. Si ce cas de figure est extrême, le contrôle des données émises par les voitures connectées reste entouré de nombreuses zones d’ombre. (Le Matin)

Créé: 22.02.2018, 15h58

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