Mardi 26 mars 2019 | Dernière mise à jour 08:43

Boisson On a dégusté la fameuse bière «goût vagin»!

Une binche au parfum de cyprine? C’est l’argument fou d’un breuvage polonais aujourd’hui disponible en Suisse. Les avis sont contrastés mais ceux qui y ont goûté adorent.

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En octobre dernier, «Le Matin» vous parlait de cette bière polonaise un peu particulière, carrément polissonne même: The Order of Yoni... Un breuvage non seulement à ne pas mettre entre toutes les mains pour sa teneur en alcool, mais aussi parce le produit revendique fièrement une fabrication pour le moins inédite: avec des microorganismes prélevées dans les muqueuses d’un sexe féminin! En résumé, la première bière vaginale. Bonjour la délicatesse.

On le sait, pour concocter une bière, il suffit d’un peu d’orge, de houblon, d’eau et de levure pour assurer la fermentation. Ici, la seule différence avec une bière classique, c’est sa levure: composée de bactéries prélevées dans l’intimité de deux mannequins polonaises – une blonde et une brune – qui se sont prêtées au jeu pour offrir leur nectar. Le tout, bien évidemment, sous le contrôle rigoureux d’un laboratoire.

Aujourd’hui, le breuvage est enfin disponible dans nos contrées, en commande sur le site français de la marque. Le tout en deux variétés, Monica et Paulina. On s’est bien entendu empressé d’en commander une de chaque et comme nous n’allions pas la goûter en Suisse, nous avons proposé à des experts, notamment un restaurant genevois spécialisé mais qui préfère garder l’anonymat, de nous donner leur avis. L’enseigne organise d’ailleurs régulièrement des soirées de dégustation de binches typées, entre les classiques Zepp’, Namur Express ou Stirling, et des excentricités agrémentées de piment, de café et de basilic. Ou encore la grande mode du moment, les sour beer.

On décapsule!

Mais pour l’heure, celles qui nous intéressent se nomment Paulina et Monica. Elles sont là, sur le comptoir, bien fraîches. Deux bouteilles généreuses de 50cl (à peu près CHF 9.- pièce à la commande), bien alcoolisées (8%) et d’une couleur très ambrée. Seules, les différencient leur capsule (l’une noire, l’autre argentée) et une petite inscription sur l’étiquette indiquant le prénom du top model. «J’en avais bien sûr entendu parler, nous explique le directeur de l’établissement. C’est un produit qui aiguise la curiosité dans le milieu. Tout le monde a envie d’y goûter mais personne ne savait où la trouver». C’est son manager, Roméo Harrington, qui prend les commandes de la dégustation. Il décapsule la première – Monica –, en verse avec délicatesse de petites quantités dans de grands verres, la fait tournoyer, comme on le ferait avec un bon vin – «parce que j’ai l’impression que c’est une non filtrée», nous glisse-t-il en préambule –, et la goûte… «Excellente, ajoute-t-il après quelques secondes, le regard illuminé! On sent une forte présence de houblon. Et puis un deuxième goût très étonnant arrive derrière… C’est vraiment agréable au palais». On trempe à notre tour nos lèvres dans le breuvage et effectivement, le corps de la bête est surprenant. Rien à voir avec une bière basique. Celle-ci a un vrai caractère. Et bien entendu, pas du tout le goût que son concept peut laisser imaginer. Avec un fort parfum houblonné, une belle amertume, et un arrière-goût un peu piquant.

On s’empresse alors d’ouvrir la petite sœur, Paulina, à peine plus foncée dans son verre à elle. «Celle-ci est clairement plus corsée. Mais avec un rappel de muscat qui se détache par la suite dans une petite explosion en bouche, continue le manager, décidemment conquis. C’est vraiment curieux qu’une bière conceptuelle comme celle-là ait un goût aussi marqué». Il s’empresse de les faire goûter à un collègue, puis un client, Alex, tous deux unanimes: «Super bonnes!». Fabien Tocchella, chef cuisinier, se joint également au mouvement: «Wow, quels goûts! Mais ma préférence va à Paulina, plus agressive dans les saveurs».

Même les femmes adorent

«Ce sont des bières pils typiques de l’est, que ce soit au niveau du filtrage ou du goût, poursuit Roméo Harrington. Ce genre de bières à caractère est très intéressant pour accompagner un met. La première s’accorderait par exemple parfaitement avec un burger bien piquant et viendrait l’adoucir. Mais j’aurais de la peine à les vendre, je pense. D’abord parce que j’aurais besoin d’un champion du monde du service de table pour présenter le produit de manière délicate. Un serveur un poil coincé aura du mal à la présenter à la clientèle, c’est sûr. Et puis on est en Suisse, dans un pays à l’ouverture d’esprit restreinte. Moi-même, je ne sais pas si je serais assez audacieux pour amener cette bière à un repas entre potes si des femmes sont là. Honnêtement, je pense que le mec ouvert d’esprit trouvera ça génial, le curieux sera agréablement surpris, et le féministe va tout simplement passer à côté à cause de ce que le produit véhicule. Mais je peux comprendre…».

Il nous manquait toutefois un point de vue féminin à l’affaire et on se risque à apostropher deux jeunes femmes qui terminent un burger pour leur proposer une dégustation. Etonnement, elles acceptent avec entrain. «Pour ma part, le produit attire ma curiosité, explique l’une d’elles, Joanna. Le principe est suffisamment hors norme pour me donner envie d’y goûter. Et au final, je la trouve très bonne». Son amie, Sarah, enchaîne: «On ne peut s’empêcher de penser à son concept en la buvant mais sinon, elle est excellente. Je la recommanderais sans problème en ventant son originalité. Peut-être pas à mes parents, mais facilement à des amis». On leur demande alors si l’aspect sexiste ne les dérange pas. «Non, continue Sarah. Pour moi, cette bière fait même honneur au corps de la femme. Si on la propose avec subtilité, il n’y a pas de quoi s’offusquer».

Pas au goût de tout le monde

Dans le monde du malt et du houblon, les avis sont toutefois loin d’être aussi enthousiastes. Sommelier de la bière et biérologue de renom, Cyril Hubert vit à Montreux depuis 15 ans. Français, il a participé aux championnats du monde en tant que capitaine de l’équipe nationale et consacre sa vie aux bières, de préférences artisanales. Il avoue néanmoins n’avoir jamais goûté à cette Order of Yoni, et ne compte d’ailleurs pas le faire. «C’est une question d’éthique, nous confie-t-il. Je défends les produits qui sont fait avec amour, pas des produits purement marketing comme celui-là. Pour moi, un brasseur, c’est à la fois un cuisinier, parce qu’il travaille avec des matières premières, un alchimiste, parce qu’il les transforme, et un poète parce qu’il y injecte son âme. Mais là, ce type de produit n’est élaboré que pour faire le buzz. Sans compter que l’aspect sexiste me dérange beaucoup: réduire une femme à ses fluides corporels? Vraiment? On ne peut plus dénigrer la gente féminine de cette façon dans le monde d’aujourd’hui!».

Même son de cloche du côté d’Amstein, spécialiste de l’importation de bières en Suisse. «A la suite de votre premier article, nous explique le patron, Yan Amstein, on a reçu beaucoup de demande d’information de la part des consommateurs. Ça a interpellé, c’est sûr! Choqué certains, fait rire d’autres… Mais la philosophie de la maison est claire: nous ne sommes pas à l’affut de ce genre de produits marketing, surtout avec une telle connotation». On lui rétorque alors qu’il passe peut-être à côté d’une bonne bière… «C’est possible. Ce type de lactobacilles est aussi utilisé pour des bières blanches acidifiées ou le fromage. La limite n’est pas si éloignée, elle se situe juste à l’origine du prélèvement. Et c’est justement là que ça me pose problème. Tenez, on vient d’apprendre que la bière aurait en réalité 15000 ans, et serait d’origine chinoise… J’aurais par exemple beaucoup plus d’intérêt pour un brasseur tentant de reproduire ce qu’on pouvait déguster à l’époque. Peu importe que la bière soit bonne ou non, je la distribuerais volontiers parce qu’il y a de l’intérêt. Celle-ci? Pas à mes yeux, non».

Ne restent plus qu’aux curieux et aux audacieux de guetter les étalages de leur brasseur préféré en espérant voir Monica et Paulina apparaître en rayon. Ou de passer commande. (Le Matin)

Créé: 10.03.2019, 16h53

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