Mardi 26 septembre 2017 | Dernière mise à jour 22:58

Le génie génétique n'attend personne pour se mettre à table

Pendant que politiques et régulateurs sont embarrassés par les OGM, la science avance

Image: Keystone

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Dans le monde des plantes OGM, la quiétude s’installait. L’Union européenne, de guerre lasse, laissait les pays membres décider. La Suisse s’installait dans le confort d’un moratoire extensible (DP 1998). Pendant ce temps la science, indifférente, progressait.

Les nouveaux produits agricoles

D’abord, elle déchiffre le génome complet de pas moins de 47 produits agricoles cruciaux, dont tout d’abord le riz en 2002, puis le maïs et le sorgo en 2009, le blé en 2012. Résistent encore l’ognion, la pomme de terre, la patate douce et la canne à sucre, aux génomes trop complexes.

Connaître le génome entier d’une plante permet, par exemple, de localiser les gènes et d’établir la carte de leurs variations. Plus récemment, on a mis au point de puissants ciseaux moléculaires – des machines moléculaires (des enzymes appelées nucléases) capables de cibler un endroit du génome avec précision, et de le modifier selon des instructions préalables. Par exemple inactiver un gène, le réparer s’il avait muté, le modifier (par une variante plus favorable) ou, sur le modèle de la transgenèse, insérer un ADN étranger.

Ces modifications doivent se faire dans l’œuf (ou l’embryon précoce), dans des cellules souches ou dans toute cellule végétale. Le système le plus connu s’appelle Crispr-Cas9. Sans trop exagérer, on peut penser que désormais, l’ensemble du vivant constitue un chantier d’ingénieur.

La différence entre OGM et non-OGM s’estompe

Selon la directive 2001/18/EC, les OGM sont des «organismes dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle». En Suisse, l’article 5 alinéa 2 de la loi sur le génie génétique reprend la formulation européenne.

Or les opérations des nucléases comme Crispr – inactiver, réparer ou modifier un gène existant – peuvent être obtenues de manière naturelle (à condition d’être patient). La distinction OGM / Non-OGM devient donc beaucoup moins pertinente. Ainsi des nouvelles variantes de riz parfumé, du blé résistant au mildiou et, dans un proche avenir, des variétés de soja, de colza et de riz tolérantes aux herbicides, sont obtenues sans recourir à la transgénèse, et donc sans être des OGM au sens de la loi actuelle.

La Suède, le Bundesamt für Verbraucherschutz und Lebensmittelsicherheit (BLV) allemand et les Pays-Bas ont déjà demandé de retrancher ces nouveaux produits agricoles de la réglementation OGM. Les Etats-Unis prendront une décision incessamment sur la base d’un champignon résistant au flétrissement obtenu par Crispr.

C’est la première «disparition» des OGM. Le transfert de gènes d’un organisme à un autre n’est pas non plus exclusif au laboratoire. Au contraire, de nombreuses plantes transgéniques existent naturellement, la plus célèbre d’entre elles étant la patate douce.

Il y au moins 8000 ans, Agrobacterium tumefaciens (le même système microbien utilisé par Monsanto) créa une patate douce moderne en insérant deux gènes étrangers, ce qui permit à la racine ancestrale de stocker des sucres dans un tubercule. Un blé bio populaire en France (blé Renan) est aussi un transgène mais, sans l’intervention de A. tumefaciens, il a été obtenu par croisements séquentiels et chimiothérapie.

C’est la deuxième disparition de la frontière OGM / Non-OGM. La troisième, c’est la disparition des plantes OGM d’Europe, illustré ici par l’épopée Syngenta. En Chine, gouvernement et scientifiques sont favorables à la biotechnologie et aux plantes modifiées génétiquement, garants à leurs yeux d’une sécurité alimentaire. Mais la population, échaudée par de nombreux scandales alimentaires, demeure réticente. La stratégie consiste à siniser les techniques. Ainsi le génome du riz a été séquencé en Chine, et un riz BT (OGM) refabriqué localement – il n’a jamais été planté. L’acquisition de Syngenta pourrait à terme rassurer le consommateur chinois et signifier aussi, hélas, une délocalisation hors d’Europe du savoir-faire et de la recherche.

En plein chantier législatif

Comment réagir? Peut-être en décrispant la législation, aujourd’hui trop centrée sur des processus fatalement rendus obsolescents par la science, et en la faisant évoluer vers les produits, ce qui protégerait aussi les consommateurs.

Ensuite, il faudrait imposer la transparence et rendre obligatoire l’enregistrement de tous les produits, y compris ceux de la nouvelle vague.

Enfin, il s’agira de remettre en débat la question de ce qui est brevetable et, en échange de leur exemption de la législation OGM, d’exiger le passage dans le domaine public des «nouveaux produits agricoles».

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Créé: 02.05.2017, 10h15

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