Samedi 23 septembre 2017 | Dernière mise à jour 23:20

Manger moins permet-il de vivre plus longtemps?

Image: Keystone

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OUI, la restriction calorique a des effets bénéfiques sur la santé, mais il n’a jamais été prouvé que manger moins permet de vivre plus longtemps. En tout cas pour l’homme.

Des rats 60% plus âgés que la norme

Depuis les années 1930, des scientifiques ont observé qu’un régime alimentaire pauvre en calories augmentait la durée de vie de nombreux animaux, de la mouche à la souris en passant par la truite. Le professeur de diététique Clive McCay a notamment démontré en 1935 que les rats ayant suivi un régime hypocalorique vivaient 60% plus longtemps que les animaux nourris normalement, soit plus de 800 jours, contre une moyenne de 500 jours.

Pour ce qui est des primates, deux études ont notamment été menées dès la fin des années 1980 sur des macaques. Des animaux qui peuvent vivre une trentaine d’années en captivité. En janvier 2017, une analyse de ces expériences de longue haleine a conclu que la restriction calorique chez les individus adultes avait prolongé leur durée de vie de trois ans. L’apparition de maladies liées à l’âge avait également été retardée (problèmes cardiovasculaires, atrophies cérébrales, diabètes et apparition de cancer). Selon les auteurs de l’étude, on peut s’attendre à avoir les mêmes effets positifs sur les humains, mais cela n’a jamais été prouvé. La longévité étant autrement plus grande, il faudrait attendre toute une vie pour obtenir des résultats d’expériences.

En meilleure santé, plus longtemps

Toutefois sur le court-terme, des volontaires ont bien voulu se prêter à l’exercice de la restriction calorique. Le programme de recherche CALERIE (Comprehensive Assessment of the Long-term Effects of Reducing Intake of Energy) a par exemple testé une réduction de l’apport calorique de 25% sur deux ans. Résultat, des changements métaboliques et moléculaires identiques à ceux observés chez les animaux en restriction calorique. Ceci diminuerait le risque de développer des maladies liées à l’âge comme le diabète, l’hypertension, les troubles cardiovasculaires, le cancer et la démence.

Si le fait de moins manger n’augmente pas forcément la durée de vie, cela pourrait au moins augmenter la durée de vie passée en bonne santé.

Cependant, dans cette étude seul un nombre limité de personnes ont eu assez de volonté pour respecter la sévérité du régime. La plupart n’ont réduit leur apport calorique que de 12% et tous n’ont pas réagi de la même manière au régime.

Les effets de la restriction calorique varient selon les individus, en fonction de la génétique. Pour certains, cela pourrait même s’avérer dangereux. La sécurité et la faisabilité d’une telle pratique doivent encore être étudiées.

Sources:

The Effect of Retarded Growth Upon the Length of Life Span and Upon the Ultimate Body Size, J. Nutr. 1935 10: 1 63-79 //jn.nutrition.org/content/10/1/63.short

Caloric restriction improves health and survival of rhesus monkeys, Nature Communications 8, 14063 (2017), doi:10.1038/ncomms14063 //www.nature.com/articles/ncomms14063

Starving for Life: What Animal Studies Can and Cannot Tell Us about the Use of Caloric Restriction to Prolong Human Lifespan, J. Nutr. April 2007, vol. 137 no. 4 1078-1086 //jn.nutrition.org/content/137/4/1078.full

Two-Year Trial of Human Caloric Restriction , J Gerontol A Biol Sci Med Sci (2015) 7(9): 1095-1096., DOI: https://doi.org/10.1093/gerona/glv100 //biomedgerontology.oxfordjournals.org/content/70/9/1095.full

Long-term calorie restriction is highly effective in reducing the risk for atherosclerosis in humans, PNAS, April 27, 2004, vol. 101 no. 17 , doi: 10.1073/pnas.0308291101 //www.pnas.org/content/101/17/6659.abstract

Caloric restriction: powerful protection for the aging heart and vasculature, American Journal of Physiology, Vol. 301 no. 4, H1205-H1219 DOI: 10.1152/ajpheart.00685.2011 //ajpheart.physiology.org/content/301/4/H1205

Nutrition, Brain Aging, and Neurodegeneration, Journal of Neuroscience 14 October 2009, 29 (41) 12795-12801; DOI: https://doi.org/10.1523/JNEUROSCI.3520-09.2009 //www.jneurosci.org/content/29/41/12795.full

(Le Matin)

Créé: 30.03.2017, 10h53