Dimanche 17 décembre 2017 | Dernière mise à jour 02:28

Poisson d’élevage ou poisson sauvage, lequel est le plus sain ?

Image: Keystone

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Entre les poissons pêchés à l’état sauvage et ceux qui sont élevés en aquaculture, lesquels choisir ? Ces dernières années, le régime alimentaire des poissons d’élevage s’est modifié. Les huiles végétales qu’ils consomment diminuent les polluants mais hélas, aussi les oméga-3 présents dans leur chair.

 Le poisson est généralement considéré comme un aliment sain. Il est riche en protéines, minéraux, vitamines et oméga-3 (1). Cependant, ils peuvent également être source de polluants organiques persistants (POP). Il existe de nombreuses formes différentes de POP, tant naturelles qu’anthropiques, mais les POP réputés pour leur persistance comprennent un grand nombre des insecticides organochlorés de la première génération, comme le DDT, ainsi que des produits chimiques industriels, notamment les biphényles polychlorés (BPC) (2). Ce sont des molécules nuisibles pour la santé qui s’accumulent dans les tissus vivants. Ces contaminants sont présents dans l’eau dans laquelle nagent les poissons et, potentiellement, dans les aliments donnés dans les élevages.

Poissons gras et grand plus contaminés

A noter que selon le type de poisson, le danger n’est pas le même. Comme les POP se concentrent surtout dans les graisses de l’animal (3), plus le poisson est gras, plus la quantité de polluant peut être élevée. Cabillaud, merlan, ou sole sont considérés comme des espèces maigres. Ils emmagasinent des lipides uniquement dans leur foie, au contraire des espèces grasses qui conservent les lipides dans d’autres tissus (4). Parmi ces derniers, citons le saumon, le maquereau, la sardine ou le thon.

Les grands poissons sont également plus contaminés que les petits, car il y a bioamplification des polluants à chaque échelon de la chaîne alimentaire. Un polluant dont la concentration était encore inoffensive au début de la chaîne trophique peut devenir fortement toxique en bout de chaîne (5).

Poisson d’élevage vs sauvage

Depuis plus d’une décennie, la question des poissons contaminés fait parler d’elle. Et plus particulièrement, l’impact de la consommation de poisson d’élevage sur la santé humaine (6, 7). Beaucoup d’études scientifiques ont été consacrées au saumon, une espèce très prisée. Le saumon était d’ailleurs l’espèce de poisson la plus consommée en Suisse en 2016. Selon l’Office fédéral de l’agriculture (OFAP), 3’333 tonnes de ce poisson ont été vendues dans le commerce de détail cette année-là (8).

En 2004, une étude avait fait la une des médias. Après analyse de quelques 2 tonnes métriques de saumon à travers le monde, elle indiquait que le saumon d’élevage avait des concentrations beaucoup plus élevées en contaminants organiques que le saumon sauvage (9). Même si ces taux se maintiennent dans les normes de sécurité alimentaires, le constat reste préoccupant. Surtout sachant qu’une grande partie du saumon que nous mangeons est élevé dans des fermes piscicoles. De fait, la part de l’aquaculture dans la production mondiale totale de poissons destinés à la consommation humaine est passée de 9% en 1980 à 47% en 2010 (10).

En 2017, une nouvelle étude d’une échelle plus réduite indiquait que le taux de contaminants étaient plus élevés dans le saumon sauvage, pêché au large de la Norvège, que dans celui d’élevage (11). Comment expliquer ce changement de tendance ?

Changement d’alimentation

Selon les chercheurs norvégiens, l’utilisation d’ingrédients alternatifs dans les aliments pour le saumon d’élevage au cours des dernières années a eu un impact considérable sur les niveaux de contaminants (12, 13). Traditionnellement, farine et huile de poisson sont les ingrédients principaux de la nourriture pour saumon d’élevage, des aliments qui contiennent des polluants. Les huiles végétales et l’huile de colza en particulier sont des alternatives appropriées pour remplacer en partie l’huile de poisson (14). Elles ont un prix inférieur et sont moins contaminées (13). Avec ce changement d’alimentation, le poisson contient moins de polluants. Et même dans le saumon sauvage, les concentrations restent toujours en dessous des taux maximums autorisés (11).

Moins d’oméga-3

Le problème, c’est qu’au contraire de l’huile de poisson, les huiles végétales ne contiennent pas d’acide eicosapentaénoïque (AEP) et d’acide docosahexaénoïque (ADH), deux acides gras polyinsaturés de la série des oméga-3, essentiels pour le développement du poisson (15). Elles ne peuvent donc pas complètement remplacer l’huile de poisson.

Notez que ces huiles végétales contiennent pourtant de l’acide linolénique, à partir du quel l’organisme peut produire de l’AEP et de l’ADH au cours de plusieurs étapes du métabolisme. Mais ces quantités produites sont faibles. C’est pourquoi l’AEP et l’ADH doivent provenir principalement de l’alimentation (16).

De plus, ce changement de régime alimentaire a une influence sur le profil lipidique global de l’animal. Il implique une augmentation de la proportion d’oméga-6 et une diminution d’oméga-3 (12). Or, un excès d’oméga-6 nuit à l’utilisation optimale des oméga-3 par l’organisme. En effet, afin d’être métabolisés, les oméga-3 et les oméga-6 entrent en compétition pour plusieurs enzymes et, dans une moindre mesure, pour plusieurs vitamines (vitamines B3, B6, C, E) et minéraux (magnésium et zinc) (17).

Malgré tout, qu’il soit d’élevage ou sauvage, le saumon demeure une bonne source en AEP et ADH. Les chercheurs norvégiens estiment qu’une portion de 200g de saumon par semaine en apporte respectivement 3,2 g et 2,8 g. Ce qui équivaut à presque deux fois plus que la ration recommandée pour un adulte selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) (i.e. 1,75 g/semaine) (12).

 

Nathalie Jollien

Sources :

(1) Composition nutritionnelle du poisson cuit.

(2) Rapport d’évaluation, LES POLLUANTS ORGANIQUES PERSISTANTS, L. Ritter, K.R. Solomon, J. Forget, M. Stemeroff, C. O’Leary pour le Le Programme international sur la sécurité des substances chimiques (PISSC), Canada.

(3) France: le saumon bio serait plus pollué que le saumon d’élevage, Par Radio France Internationale (RFI), publié le 27/11/2016.

(4) Dossier : Les poissons d’eau douce, Futura-Sciences, publié le 13/05/2012.

(5) Définition : Bioamplification, Futura-Sciences.

(6) Hamilton, M.C., Hites, R.A., Schwager, S.J., Foran, J.A., Knuth, B.A., Carpenter, D.O.,2005. Lipid composition and contaminants in farmed and wild salmon. Environ. Sci. Technol 39 (22), 8622–8629.

(7) Nøstbakken, O.J., Hove, H.T., Duinker, A., Lundebye, A.-K., Berntssen, M.H.G., Hannisdal, R., Lunestad, B.-T., Maage, A., Madsen, L., Torstensen, B.E., Julshamn, K., 2015. Contaminant levels in Norwegian farmed Atlantic salmon (Salmo salar) in the 13-year period from 1999 to 2011. Environ. Int. 74, 274–280.

(8) Bulletin du marché de la viande 2017, Office fédéral de l’agriculture (OFAG).

(9) Hites, R.A., Foran, J.A., Carpenter, D.O., Hamilton, M.C., Knuth, B.A., Schwager, S.J., 2004. Global assessment of organic contaminants in farmed salmon. Science 303 (5655), 226–229.

(10) Le poisson d’élevage regrette-t-il la mer ?, émission ABE du 22/01/2013, Radio Télévision Suisse.

(11) Lundebyea, A.K., Locka, E.J., Rasingera, J.D., Nøstbakkena, O.J., Hannisdala, R., Karlsbakkb, E., Wennevikb, V., Madhunb, A.S., Madsena, L., Graffa, I.E., Ørnsruda R., 2017. Lower levels of Persistent Organic Pollutants, metals and the marine omega 3-fatty acid DHA in farmed compared to wild Atlantic salmon (Salmo salar). Environmental Research 155, 49–59.

(12) Sprague, M., Walton, J., Campbell, P.J., Strachan, F., Dick, J.R., Bell, J.G., 2015. Replacement of fish oil with a DHA-rich algal meal derived from Schizochytrium sp. on the fatty acid and persistent organic pollutant levels in diets and flesh of Atlantic salmon (Salmo salar, L.) post-smolts. Food Chem 185, 413–421.

(13) Friesen, E.N., Skura, B.J., Ikonomou, M.G., Oterhals, A., Higgs, D., 2015. A. Influence of terrestrial lipid and protein sources and activated carbon-treated fish oil on levels of persistent organic pollutants and fatty acids in the flesh of Atlantic salmon. Aquacult. Res 46, 358–381.

(14) Ytrestøyl, T., Aas, T.S., Åsgård, T., 2015. Utilisation of feed resources in production of Atlantic salmon (Salmo salar) in Norway. Aquacult 448, 365–374.

(15) Sissener, N.H., Julshamn, K., Espe, M., Lunestad, B.T., Hemre, G.-I., Waagbø, R., Måge, A., 2013. surveillance of selected nutrients, additives and undesirables in commercial Norwegian fish feeds in the years 2000–2010. Aquacult. Nutr 19 (4), 555–572.

(16) Fiche thématique sur les lipides, Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), 16/06/2016.

(17) Oméga-3, Passeport santé.net, juin 2015.

 

(Fact Food)

Créé: 09.06.2017, 15h28